‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 213 sur 264 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

de la vigueur lorsqu'il le fait argumenter contre l’art moderne. Fabre en colère a une certaine brutalité qui rappelle Alceste : « Mais pour mon tableau du Poussin,

que ce soit si voulez le Ravissement de saint Paul ou la Femme adultère, têtebleu! à de tels ouvrages opposer ce que l’on fait maintenant, c’est outrager le goût, c’est blasphémer les arts ».

Le caractère emporté et combatif de cet artiste, qui

éclate ainsi, reparaît dans son grand morceau de bravoure sur le mérite des peintres et des sculpteurs opposé à celui des généraux. Il faut citer cette belle page :

« L'étude donne les talents, le hasard les commandements... En un mot, on est général sitôt qu’on a une armée; on a une armée dès qu’on est fils de Philippe, ou gendre de Pompée, ou ami de Sylla, et on gagne des batailles. Est-on peintre dès qu'on a une toile et des couleurs, et peut-on faire un tableau ? N'y va-t-il que d’être parent de David ou de Canova, pour tenir un rang dans les arts?

«— Mais aussi, dit la comtesse, est-ce tout d’avoir une armée?

« — Si ce n’est pas tout, c’est beaucoup; car après cela iln’y a plus qu'une bataille à gagner, et la fortune se charge encore de cette partie-là; mais pour qu’un homme soit peintre, il y faut plus de façon; cela ne se donne pas en dot ni ne se !ègue par succession. Jamais le pinceau du Titien ne fut un héritage; Raphaël ne dut rien au bon plaisir de Michel-Ange; il eût servi de peu à Lysippe d’épouser la sœur de Scopas ou la fille de Praxitèle

. pour parvenir au comble de la gloire de son art; ni al-

liance, niparenté, ni naissance, ni faveur ne le pouvaient dispenser d'un seul des degrés nécessaires de ce pénible apprentissage ».

Cette fougue, cette argumentation serrée, ces exemples

accumulés font penser à l’éloquence d’Aper dans le Dia-

logue des orateurs. La conversation rapportée par Courier ressemble d’ailleurs parfois à la discussion qui s'engage à Rome chez Maternus sur le mérile comparé des poètes et des orateurs *.

En somme, le personnage de Fabre a plus de relief que les deux autres; son caractère, ses idées se traduisent dans son discours, mais le style, dont ce plaidoyer est revêtu, est le plus souvent celui de Courier.

‘ Le personnage de Fabre ressemble à celui d’Aper; c’est la même conviction ardente, la thèse seule diffère. On sait qu’Aper préfère la vie des orateurs à celle des poètes; dans la seconde partie du Dialogue il attaque les Anciens et vante le génie des orateurs modernes.

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