DERNIER SÉJOUR A ROME
Courier se désintéresse des fouilles du Forum, parce qu’elles sont dirigées par le Préfet et le Gouvernement. Son indépendance et sa haine du monde officiel. Il s’irrite de l'étiquette et du luxe de la société impériale. Contraste de sa tenue débraillée et de la correction officielle. Sa haine des salons et des antichambres. — Courier rentre en France. Son passage à Florence. I s'efforce de discréditer la traduction du fragment de Longus par l’abbé Ciampi. La revanche de Courier. — Revenu à Paris, sans but certain, Courier ne tarde pas à s’y ennuyer. — Il songe à partir pour la Grèce. — Son projet contrarié par les graves événements de 1813 et de 1814. — Le désæuvrement le conduit enfin au mariage. — Fatale conséquerice du mariage de Courier.
Naples était sans doute après Rome la ville du monde qui plaisait le plus à Courier. Il se jugeait dans « le paradis » lorsqu'il vivait à Albano ou Frascati, mais pour lui Naples était « Le véritable Eden ». Pourtant il ne se contentait pas d’y vivre livré au doux /arniente, mais il s’y intéressait à tout. Il voulut donc mettre à profit son séjour de 1812 pour visiter les papyri découverts à Herculanum, grâce aux fouilles que Le roi Joseph avait ordonnées et qui se continuaient sous le règne de Murat. Hélas! notre érudit ne trouva qu'un sujet de mécontentement : non seulement il ne fut point admis à manier et à déchiffrer les précieux manuscrits, mais on ne lui permit que de
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les voir de loin! Certes, la consigne était rigoureuse pour tout le monde : mais si l’on avait dû l’enfreindre ce n’aurait point été en faveur de ce visiteur suspect : la détestable réputation qu'il s'était acquise par sa trop fameuse tache d'encre faisait de lui la terreur des bibliothécaires d'Italie, qui le jugeaient à bon droit, depuis ses démêlés avec del Furia, érudit sans délicatesse et même sans honnêteté. Force lui fut donc de quitter Naples sans avoir pu rien obtenir des fonctionnaires chargés de dérouler les papyrtet de les copier. À peine rentré à Frascati, il s’en plaignit amerement dans une lettre à Boissonnade :
« Ne me parlez point des papyri, c'est le sujet de mes « pleurs. Ils étaientbien mieux sous terre que dansles mains « barbares où le sort les a mis. Il y a là force scribes et aca- « démiciens payés pour les dérouler, déchiffrer, copier, pu- « blier. Ce sont autant de dragons qui en défendent l'ap- « proche à tout homme sachant lire et qui n’en font, eux, « nul usage... Si vous y allezjamais, on vous les montrera, « mais de loin, comme la Sainte Ampoule ou l'épée de « Charlemagne ‘ ».
Le ton est d’un mécontent. C’est que Courier débarrassé du harnais, désormais libre et indépendant, mais d’autre part aigri par les ennuis que lui suseita son affaire, a rompu avec tout ce qui est officiel. Il est devenu l'ennemi des préfets, des chambellans, des académiciens, des ministres, aon moins que des généraux. Il ne saurait s'intéresser à rien de ce que protègent ou patronent ces Excellences. Les fouilles même qui s'exécutaient au Forum, sous la direction de M. de Tournon, semblent l'avoir laissé assez indifférent; il n’en parle dans aucune de ses lettres, bien que les découvertes déjà faites fussent de nature à ravir en exlase ses doctes correspondants. Depuis la fin de l’année 1810, on avait mis à jour la vénérable façade du Tabula-
1 Lettre du 23 mars 1812.