CHAPITRE XVIII
rium, placé à la base du Capitole, on avait exhumé les restes des temples de Vespasien, de Castor et Pollux, fait apparaître le rude et grossier pavage de la Voie Sacrée!, L'on dégageait enfin l’Arc de Titus et les trois énormes nefs de la basilique de Constantin.
Courier avait la passion des antiquités; dès sa première arrivée en Italie, il s'était improvisé archéologue, numismate, épigraphiste, à l'école de l’abbé Marini : depuis, à Barletta, à Brindisi, à Tarente, à Canosa il avait satisfait son amour des inscriptions et des recherches archéologiques, voyant ici « les ruines d’une ville immense, des tombeaux des anciens Étrusques, avec des vases bien conservés » parcourant là « un rivage composé des mêmes élé- « ments que le Monte Testaccio, un terrain fort étendu « sous lequel er fouillant on rencontre, au lieu de tuf, des « fragments de poteries, dont la plage est toute rouge ». Il s'était lié partout avec des antiquaires, la Dionigi, Millingen qu'il venait d'accompagner à Naples, Piranesi? qui lui apporlait de Paris Les compliments de Clavier.
Suffisait-il donc que les sciences qu’il aimait tant fussent encouragées par le Gouvernement pour qu'on le vit s’en dégoûüter? On pourrait le penser en lisant sa correspondance, où l’amour de la nature remplace le goût de l’Antique, à l’heure même où le passé de Rome surgissait du sol bouleversé du campo vaccino. Bref, Courier ne s’intéressait guère aux fouilles*.
C'est qu'on trouve chez notre auteur, outre l'esprit de
! Journal du Capitole, 20 avril 1811, n° 47.
? Piranesi le fils, né en 1748, dessinateur et graveur comme son père. Compromis dans la révolution romaine, il vint se fixer à Paris et y publia sa belle collection des Antiquités romaines. Il fonda aussiune manufacture de terres cuites.
$ Quand il eut quitté Rome pour Paris, Akerblad lui écrivait : « Vous parlerai-je des fouilles? mais elles ne vous intéressent que faiblement ». 22 décembre 1812.
contradiction, l'indépendance un peu grincheuse d’un bohéme'. J'en vois la preuve dans les sentiments que lui “inspire le monde officiel de Rome. Lui qui avait toujours défendu si jalousement les droits de la Science et des Lettres n’aurait-il pas dû apprécier le gouvernement éclairé des Miollis, des Tournon et des Gérando? Grâce à ce triumvirat, le pouvoir exécutif présentait, derrière une sévère facade à la Napoléon, « toute l'apparence d’une réunion de beaux esprits, classiques, amateurs de toute beauté »*°. Mais Courier affectait d'ignorer Miollis; jamais il n'allait le voir à cette villa Aldobrandini, où il aurait reçu si bon accueil en l'honneur des Muses; il fuyait de Tournon depuis la publication illicite de son Pamphlet, en dépit de Pautorité. Quant à de Gérando, qu’il avait connu à Florence membre de la Junte de Toscane, avant qu'il fit partie de la Consulta romaine, notre original avait négligé, au mépris de la politesse la plus élémentaire, d’aller lui faire visite. La raison qu'il en donne est bien simple : « Il m’eût fallu pour cela une culotte et un chapeau d’une certaine facon »°. Ne soyons pas surpris de cet aveu. L’ancien officier avait toujours eu, même dans le service, une tenue trop négligée.
Griois, qui le vit débuter à Plaisance comme chef d’escadron, nous a laissé le souvenir de sa « malpropreté ». Plus tard, ayant pendu l'épée au croc, il poussa au dernier point le mépris du costume. Rappelons-nous son arrivée à Vienne presque sans vêtements de rechange‘. Quelques
1 Selon le mot de Sainte-Beuve, on trouve chez lui non seulement le caprice, mais un peu la prétention et le travers.
* Madelin, La Rome de Napoléon. Lire particulièrement dans ce beau livre le chapitre intitulé : un Gouvernement athénien.
* A M. et Mme Clavier, Tivoli, le 4 juin 1810.
“A M.et Mme Clavier, Strasbourg, le 2 juin 1809. En parlant de son bagage, il écrit : « Il faut dire la vérité, il n’y en eut jamais de plus mince ».