CHAPITRE II. M
rencontreraient à l’entrée de celte carrière. M. Courier n'en fut point trop alarmé : il avait confiance dans la sagesse de son fils. Après lui avoir inculqué l’amour du travail et montré la nécessité d'attendre d’un métier ses moyens d'existence !, il était rassuré sur l’avenir du jeune homme qu’il voyait studieux au point de ne se délasser de l'algèbre et de la géométrie qu’en ouvrant ses livres grecs.
Paul-Louis reçut donc la permission d'accompagner M. Labbey à Châlons où lPAssemblée constituante venait d'établir une école d’artillerie?; dans l'intimité de son maître, pour lequel il avait une si vive affection, il put vivre pendant dix mois « au centre des mathématiques ». Mais les circonstances allaient déterminer sa vocation. N’était-il pas tout naturel qu'il essayât de se faire admettre à l'Ecole où M. Labbey était premier professeur de mathémaliques ? ‘
Le génie fut donc définitivement délaissé pour Partillerie.
Dès le mois de mars 1792, Courier vit entrer à l’École de Châlons une promotion de 47 élèves, dont faisaient partie plusieurs jeunes gens qu'il devait retrouver au cours de sa {carrière mililaire : Griois qui fut son major au 4® d'artillerie à cheval, à Plaisance, Mossel qu’il eut pour général au fond de la Calabre, et dont il reçut une chemise, présent inestimable pour un homme dépouillé par les brigands, Marmont et Duroc auxquels il dut sa nomination de chef d’escadron, enfin Aubry sous les ordres duquel il se trouva pendant quelques jours dans l’île Lobau, à la veille de Wagram.
i Pour mieux inspirer à son fils le goût de l'étude, M. Courier s'était fait pauvre; il lui avait fait croire ne ne pourrait vivre sans travailler.
? L'École était installée dans l’ancien séminaire depuis le mois d'août 1791. Elle avait été créée par décret du 16 décembre 1790.
Ces élèves ne devaient passer que six mois sur les bancs de l’école ; reçus en mars, ils subirent en août leur examen de sortie. Courier, qui s'était lié avec quelques-uns d’entre eux, aspirait à leur succéder.
Aussitôt que cette promolion eut satisfait aux épreuves de sortie, eut jieu un nouveau concours. Courier s’y présenta et fut admis en qualité d'élève sous-lieutenant d’arlillerie, à la date du 4°" septembre 1792. Sa promolion se composait de 35 élèves et il était reçu 24°'. Qu'on n’aille pas attribuer à la faveur cet honorable classement. En effet, ce n’était pas Labbey, dont il avait reçu les leçons, qui faisait subir l'examen aux candidats, mais le redoutable Laplace «grave, triste, vêtu de noir? », dont l'aspect sévère faisait trembler les plus courageux et devant lequel Marmont raconte qu'il resta interdit et muet.
L'Ecole se trouvait, au moment où Courier y fut admis, dans un état d'extrême effervescence, produite par les journées du 20 juin et du 40 août.
La plupart des élèves sortants manifestaient hautement leurs opinions royalistes; beaucoup regreltaient même de ne pouvoir, faute d'argent ou pour d’autres causes, suivre dans l'émigration ceux de leurs chefs et de leurs camarades qui venaient de quitter l’école. Le lieutenant-colonel, commandant en second, Tardy de Montravel avait émigré,
1 Voici l’« Etat des sujets agréés en qualité d'élèves de Partillerie » tel qu'a bien voulu me le communiquer M. Chuquet: 4. Michel; 2. Demanelle; 2. Zevort; 4. Blonde de la Blossière; 5. du Vauroux; 6. Pierson; 7. Corda; 8. Tamisier ; 9. Mornay; 10. Laurent; 11. Ruty; 12. Le Pin; 13. Baud; 14. Floch; 15. Riverieulx ; 16. Mengin ; 17. Pelgrin ; 148. Evain ; 19. Charbonnel 20. Lafitte; 21. Courier; 22. Robineau; 23. Hazard ; 24. Martin; 25. Valée; 26. Morio; 27. Mathieu; 28. Abraham; 29. Bolot ; 30. Haxo ; 31. Fantin; 32. Bonamy; 33. Coulommier; 34. Marcilly; 35. Mangin.
? Chuquet, Introduction aux mémoires de Griois.