CHAPITRE XVIU
fragment inédit. Les deux bibliothécaires lui dictaient ce qu'ils déchiffraient. Courier, qui tenait la plume, aurait voulu que le manuscrit contint telles leçons plutôt que telles autres, et quand on lui « faisait toucher du doigt les leçons réelles, il écrivait comme il lui plaisait ‘» ou laissait un blanc jusqu’à ce qu'il eûl trouvé un terme qui lui parût plus correct ou plus élégant. Del Furia a beau jeu pour réprouver ces fantaisies de Courier”, qu’il exagère peut-être, mais qui ne sont point imaginées à plaisir, ainsi que le prouve la collation rapportée plus haut.
Ainsi la confrontation opérée par Bencini et Niccol6 Teseo aboutissait à prouver les inexactitudes du texte de Courier, eten revanche elle n'établissait pas du tout que Ciampi eût adopté des variantes étrangères au texte médicéen. Les intentions de notre compatriote étaient trahies, et ce qu'il avait voulu prouver n’était rien moins que démontré.
Peu satisfait de ce résultat, il publia après son retour à Paris une feuille destinée à dénoncer de nouveau comme fausses et mensongères les leçons rapportées par Ciampi*. Ce dernier s’en émut et en référa au bibliothécaire de la Laurentienne qui, dans une longue lettre* fort circonstanciée, maintint toutes les variantes qu'il avait précédem-
1 « E quantunque noi gli facessimo toccar con mano che quelle « tali erano le lezioni, egli scriveva come più gli aggradiva ». Del Furia. Lettera al Cav. Prof. Ciampi sulle Varianti dei Pastorali di Longo. Venezia, 1830.
2 « Oa doit toujours, écrit-il, publier Le texte original, quitte à le donner en note s’il ne forme pas un sens acceptable ». Lettera al Prof. Ciampi.
3 Lettre circulaire de P.-L. Courier sur les prétendues variäntes du manuscrit de Florence communiquées à M. Ciampi par M. del Furia.
+ Celle même que nous avons citée plus haut, et qui fut imprimée à Venise en 1830.
ment communiquées. Ainsi la querelle s'éternisait, ni l’un ni l’autre des adversaires n’ayant consenti à céder.
Ilne faut point d’ailleurs s’exagérer l'importance de cette affaire qui se greffe sur le plus sérieux conflit de la tache d'encre. Nous avons conté cette nouvelle dispute des deux irréconciliables ennemis, afin de bien montrer leur acharnement. Mais au fond que subsiste-t-il de tout ce bruit? Quel préjudice résulte pour le texte de Longus des corrections de détail voulues par Courier? Aucune d’elles n'était de nature à le moditier sérieusement’.
Ce qui doit nous intéresser plus que ces misères, c'est la nouvelle altitude prise par Courier. Pendant son précédent séjour à Florence il laissait « aboyer » à ses trousses; plutôt que de se défendre, il avait fini par prendre le parti d’émigrer à Tivoli. C’estqu'il craignait qu'on ne lui fit son procès : il redoutait, plus qu’il ne voulait le laisser paraître, les suites de l’action administrative engagée contre lui. Déjà del Furia et Puccinin’annoncçaient-ils pas qu'on allait, après son grec, saisir sa personne? Quelque temps après, le ministre de la Guerre dont l'attention avait enfin été attirée, n’allait-il pas ordonner au général Sorbier de le faire arrêter comme déserteur ? On comprend certes que toutes ces menaces l’aient inlimidé. Repassant par Florence, deux ans plus tard, lorsqu'il a été mis hors de cause, lorsque son affaire est « classée », il ne craint plus de parler haut et d'attaquer, soit amour de la vérité soit vengeance bien humaine, des adversaires devant lesquels il a tremblé jadis. Del Furia et Puccini avaient eu leur heure de triomphe quand l'helléniste français s’é-
On a vu, par le tableau rapporté plus haut, qu’une des plus importantes au point de vue du sens consiste à lire y«1xà au lieu de ypvs&. On voit que le sens général du morceau n’en saurait être gravement altéré. x