CHAPITRE XVII
tait vu aux abois : aujourd'hui Courier essayait de prendre sa revanche.
Après avoir encore, pendant deux jours, fait un peu de bruit à Florence, Courier part pour Paris, où il arrive le 3 juillet. Qu'est-ce qui l’attirait dans cette capitale, ou même en France, lui qui déclarait depuis longtemps qu'il était devenu italien, et qu'il ne saurait vivre que dans le pays ove 11 si suona? A la vérité, lui-même n’en savait rien. Assurément, ce n'était point le désir de revoir sa famille.
On sait trop comment Courier s’exprimait sur le compte de ses parents. « Je n’ai guère baïllé près de vous, écrit-il « à M°° Pigalle:, si ce n’est peut-être en famille aux visites « de nos chers parents ». « Ceux que je connais de mes « parents je Les ai tous 27 saccoccia, et ils le méritent. S'ils « pensaient, comme disait Lauzun, que j’eusse de l'argent « dans les os, ils me les casseraient pour l'avoir. Je me « sers d'eux fort bien cependant; quand j’en veux tirer « quelque service, je leur mande que je vais mourir; je « fais mon testament, et aussitôt ils trottent. [ls sont tous « plus vieux que moi et plus riches; mais quoi? la rage « d’hériter. Ils ont eu bon espoir lorsque j'étais en Pouille. « Mes lettres arrivaient percées et vinaigrées; et depuis, « dans la guerre de Calabre ; alors ma succession était de « l’or en barre. Aussi m'aimait-on fort; mais toujours un « peu moins que si j'eusse été mort? ».
Ainsi, l'esprit d’avarice que nous avons signalé tant de fois chez Courier et chez son père, prenait, si on l’en croit, chez les autres membres de cette famille la forme plus laide encore de la cupidité. Voilà pourquoi Paul-Louis n’aimait pas ses parents. Maintenant, quels sont ceux qu’il vise particulièrement dans ses apprécialions si sévères?
1 Lettre écrite de Calabre, date incertaine.
? Lettre écrite de Naples à X.., Juillet 1807.
GASCHET, 30
Peut-être s'agit-il des Marchand qui habitaient Paris et des Bonneau d'Orléans.
En tout cas, les Pigalle semblent devoir être mis à part. 11 avait une très vive et très réelle amitié pour sa cousine" : ses lettres, où il la taquine en se jouant, semblent prouver que le charme de la jeune femme contribuait à la faire aimer. D'ailleurs il gardait le meilleur souvenir des moments passés auprès d’elle à Paris et à Douai. Elle rendait à Paul-Louis son affection : aussi prit-elle sa défense dans une circonstance où la famille assemblée s’accordait à dauber sur l’absent. Sa démission, le fâcheux retentissement de son affaire, ses démêlés avec l’autorité avaient été jugés sévèrement par ces bourgeois prudents. Des récits malveillants avaient encore aggravé ses torts : on insistait sur la grossièreté dont il aurait fait preuve en refusant de mettre sa Chloé sous le patronage envié de la Grande-Duchesse de Toscane. Madame Marchand se fit assez sottement l'écho de ces bruits dans une lettre à Courier, qui s'empressa de les démentir. Mais on le condamna en famille, malgré ses dénégations. Seule, Madame Pigalle eut le courage de « plaider sa cause? », ce qui lui valut la reconnaissance du « cousin qui rit ». D’ailleurs les relations de l'exilé avec les Pigalle étaient loin de se ressentir de sa longue absence, de l'éloignement qui relâche les liens des amitiés Les plus solides. Le mari et la femme se chargeaient de lui rendre différents services : ils lui faisaient parvenir l’argent dont il avait besoin, par l’intermédiaire de son banquier de Paris*; ils lui procuraient des placements pour les sommes disponibles qu’il ne vou-
1 IL Pa montré en lui dédiant quelques-unes de ses plus jolies lettres.
? Voir la lettre à M"° Pigalle, Rome 30 janvier 1812.
5 À Me Pigalle, 23 décembre 1811 (inédite) et 30 janvier