I. — L’Helléniste
Courier aimait à dire que « les gens qui savent du grec sont cinq ou six en Europe » et il se mettait de ce nombre. Sa prétention certes était bien fondée. L'étude sur Athénée de Schweighaeuser, la traduction du Périclès et surtout
celle des deux traités de Xénophon sur la cavalerie et l'équitation nous prouvent qu’il avait fait de la langue grecque une étude très approfondie; et il ne se bornait pas à connaître le vocabulaire : il était au courant des particularités de la syntaxe; il connaissait sinon suffisamment l’histoire littéraire du moins assez la rhétorique grecque, les mœurs, les usages, les institutions, l’organisation de l’armée.
IL avait surtout beaucoup de lectures. Il à lu dans le texte et étudié de très près non seulement les grands écrivains grecs, non seulement toutes les œuvres qui s’imposent par la valeur des idées ou le mérite de la forme, mais à peu près, sans doute, tous les auteurs qui, depuis Homère jusqu'à l’époque byzantine,se sont servis de la langue grecque, qu’ils aient écrit sur la grammaire, sur l’histoire ou sur les mathématiques, qu’ils aient traité de la chasse, de la pêche ou de l’art vétérinaire.
Il connaît et cite Athénée, Elien, Dion Chrysostome, Pollux, Apsyrte, Oppien, et bien d’autres.
Tous ces auteurs, il est capable de les lire non seulement dans les livres, mais aussi dans les manuscrits. Pour son Xénophon, il a collationné avec soin toutes Les leçons des manuscrits du Vatican, de Paris et de Florence. Pour Longus, il a comparé au manuscrit de la Laurentienne celui de Rome; il a déterminé leur parenté et déclare que « lorsqu'ils sont d'accord on ne peut les récuser ».
C'est ce qui lui permet de montrer quelque vanité et de railler les savants « qui ne savent pas lire ». |
Il excelle donc à éplucher les manuscrits grecs et à choisir parmi leurs leçons; il a toute la science nécessaire pour établir le texte d’un ouvrage de l'antiquité, c’est-à-dire pour nous donner une œuvre « fort mutilée comme tous «les monuments antiques, mais non refaite, ni restaurée, « telle en un mot que nous l'ont transmiseles siècles passés ». Les notes critiques qui accompagnent son Xénophon nous prouvent la conscience et l'autorité avec lesquelles il exé-