‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 233 sur 264 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Voilà l'étiquette impériale remplaçant la simplicité républicaine, la seule chose que Courier regrette de la République. En revanche, l'esprit courtisanesque renaissant voilà ce qu’il abhorre, et je ne trouve pas dans son cœur une haine comparable à celle-là. Si l’on en doute, qu’on relise dans les Conseils à un Colonel la satire des nouveaux diguitaires, de ceux que « le 18 brumaire a placés au rang des Dieux mortels ».

Loin de s'atténuer, ces dispositions si violemment hostiles iront en s’accentuant de plus en plus, pour aboutir, sous la Restauration, au Simple discours, qui est avant lout un pamphlet contre les courtisans, et à ce « tableau hideux » de la noblesse qui environne le trône.

En face de cette haine foncière, en face de cette rancune violente et douloureuse, l'aversion de Courier pour les moines pourra sembler légère et, pour ainsi dire, à fleur de peau. Chez lui, je n'ai trouvé nulle part ni passion antireligieuse, ni même de cette fureur « anti-cléricale » dont l’ont injustement taxé ceux qu’anime une passion contraire.

Non seulement, le Courier d'avant la Restauration ne s'attaque jamais à la religion, mais il respecte et estime les prêtres respectables, notamment ces vieux pasteurs étrangers aux passions politiques des émigrés. Même sous Louis XVIII, alors qu'il est devenu homme de parli, voyez le portrait qu’il trace du curé de Véretz, vieillard « sensé, instruit » : « Sage pasteur, vraiment pieux, le « puissions-nous longtemps conserver pour le soulage- « ment du pauvre, l'édification du prochain et le repos de « cette commune, où sa prudence maintient la paix, le « calme, l’union, la concorde ».

Certes, ce n’est point là le langage d'un énergumène tel qu’on voudrait, dans un certain camp, représenter notre pamplétaire. Il serait aisé au contraire de prouver, textes en mains, que le Courier d’avant l'attitude et le rôle, le

Courier de Calabre par exemple, était disposé à se faire l'ami du premier moine venu à condition qu'il fût homme de savoir et de bonne compagnie. Tous les ecclésiastiques lettrés qu’il rencontre en Italie sont par lui recherchés, flattés, adulés, depuis le docte abbé Marini jusqu’à don Francesco Daniele, bibliothécaire du roi de Naples’.

Il en a vu d’autres, au fond des Calabres, bien différents de ceux-ci ; il a eu le spectacle de leur fanatisme; il les a vus, sur les ruines fumantes des villages, le crucifix au poing et le poignard à la main, exciter leurs sauvages compatriotes à massacrer des Français, ou bien à les brûler à petit feu pour l'amour de Dieu et des Bourbons. Ii à vu tous ces moines, moitié prêtres et moitié brigands, comme le cardinal Rufo, dévaster le royaume de Naples, piller les riches, rançonner les voyageurs, massacrer les honnêtes gens. Pourtant, il n’a contre eux aucune indignation : plus d’un compte rendu officiel, trouvé par nous dans les Archives de la guerre, décrit ceshorreurs d’unstyle bien différent. A dire le vrai, Courier est plus qu’impartial ; il est impassible et pencherait presque pour l’énergumène en soutane. Témoin, l’anecdote de ce capucin de San Giovanni in Flore, que fit pendre le général Revnier : « Le capucin, homme « d'esprit, parla fort bien... Reynier lui disait : Vous avez « prèché contre nous; il s’en défendit; ses raisons me « paraissaient assez bonnes. Nous voyant partis en gens qui « ne devaient pas revenir, il avait prêché pour ceux à qui « nous cédions la place ». Il excitait des brutes à massacrer les Français vaincus et fugilifs, et ses raisons paraissent assez bonnes à Paul-Louis! Chez quel peuple, ancien ou

1 «J'ai connu à Livourne le chanoine Fortini, un des savants « hommes d’ltalie, et des plus honnêtes du monde. Lié avec lui « d’abord par nos études communes, puis par une mutuelle affec- « tion, je le voyais souvent». Réponse aux anonymes, n° 2, p. 14. Il fut à Rocca di Papa l’ami du vicaire. Ibid.

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