‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 24 sur 264 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

moment de son admission. Beaucoup d'élèves entraient à l'école à dix-huit ans; c'était l'âge de Ruty, de Haxo ; Demanelle avait à peine dix-sept ans, Valée moins de dixneuf’. Le retard de Paul-Louis tenait à l'extrême indépendance qui avait présidé à ses études. Sans jamais suivre les cours d'aucun collège, il avait travaillé un peu capricieusement, dérobant sans cesse quelques heures aux mathématiques pour lire des auteurs grecs, apprenant peu, réfléchissant davantage; or, une telle éducation sielle est propre à former des esprits originaux ne saurait convenir aux candidats à une école spéciale.

Non seulement Paul-Louis se trouvait, par l’âge, en retard sur ses camarades, mais ilne chercha pas à rattraper le temps perdu. Fatigué des sciences qu'il n'avait jamais aimées, il les abandonna presque totalement dès qu’elles l’eurent conduit au succès ; toutefois, il conserva son rang d'admission, ce qui prouve que ses rivaux ne {ravaillèrent pas plus que lui.

Les circonstances d’ailleursétaient critiques, l'époque peu propice aux études; l’armée du roi de Prusse commandée par Brunswick était parvenue jusque dans la Marne, aux portes de Châlons. Le trouble régnait dans la ville, et les cours de l’école avaient été suspendus, les élèves furent employés à la garde des bastions, où l’on avait placé quelques pièces de canon.

La courageuse résistance de l’armée républicaine à Valmy, le 20 septembre, fit reculer l'ennemi qui évaçua la Champagne; l’école de Châlons put alors reprendre son régime habituel, à partir du mois d'octobre. La discipline y était dure et Les études d'autant plus sévères qu’il fallait initier en peu de mois ces jeunes gens aux hautes mathémaliques, à la mécanique et à l’hydrostatique. Labbey

1 Hazard, en revanche, avait quelques mois de plus que Courier, étant né en 1771:

avait pour collègue, comme « second professeur », un certain Allaize dont les leçons, d'ailleurs savantes, étaient données, nous dit Griois, « avec la malhonnèteté la plus grossière ». Deux autres maîtres enseignaient le dessin. Quant au régime de l’école, c'était l’internat. Le prix de la nourriture des élèves était retenu sur leurs appointements qui s’élevaient à la somme fort honorable de 1.000 francs par an”.

Quant à la direction, elle était aux mains d'officiers d'artillerie : le colonel Bouchel de Merenvue commandait en premier. Tardy de Montravelavait été remplacé par le lieutenant-colonel de Saint-Vincent, qui commandait en second. Enfin deux capitaines complétaient l’état-major *. La discipline qu’ils faisaient régner semblait bien dure à Paul- Louis. D'un naturel vif et passionné, élevé au milieu de sa famille, habitué à travailler librement et à suivre sa fantaisie en toutes choses, il eut du mal à se plier à la règle. Les sorties d’ailleurs étaient d’une durée limitée. Courier en profitait pour faire des promenades et quelques visites à des amis. Mais, le soir venu, il oubliait souvent l'heure à laquelle se fermaient les portes de l’école et il était forcé d'y rentrer en escaladant les murs, Ainsi, dès les débuts de sa vie militaire, nous voyons apparaître chez lui cet incroyable défaut d’exactitude qui nous surprend chez un officier et qui serait tout à fait incompatible avec les exigences de la discipline dans une armée contemporaine.

Cependant les événements les plus graves et les plus décisifs de la Révolution s'étaient accomplis depuis que Paul- Louis était entré à l’école de Châlons. Après la journée du 10 août, l’Assemblée Législative avait voté la suspen-

! Griois, Mémoires, 1, page 19.

* Etat militaire de France pour l’année 1793, publié par Léon

Hennet (Collection de la Société de l’histoirede la Révoluticn française).

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