‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 25 sur 264 · CHAPITRE ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE ll

sion du pouvoir royal et la réunion d’une Convention nationale. Elle était désormais incapable de combattre l’insurrection, jadis son alliée, qui régnait en maîtresse. La Commune de Paris profita de cet abaissement de l'Assemblée et de cette éclipse du pouvoir exécutif pour s'emparer de tous les pouvoirs; c’est à ce moment qu’elle déchaîne sur les prisons une foule sanguinaire, exaspérée parles prédications des démagogues et par l'approche de l’armée prussiehne. Les massacres de septembre s'étendirent jusqu’en province et Courier put voir dans la ville de Châlons des scènes de carnage analogues à celles qui ensanglantèrent l’Abbaye, le Châtelet, la Conciergerie et les autres maisons d’arrêt de la capitale.

Bientôt après, l’exécution de Louis XVI fut le signal d’une nouvelle agitation dans l’école. Moins turbulents que leurs prédécesseurs, les camarades de Courier étaient cependant, pour la plupart, attachés par traditions de famille à la royauté; au théâtre, ils saisissaient toutes les allusions au pouvoir royal et les soulignaient d’applaudissements; les murs de leur quartier se couvraient d’inscriptions de : Vive le Roi! parfois même de : Vive le comte d'Artois! Vivent les émigrés! Des jeunes gens ainsi disposés apprirent avec une vive affliction, ainsi que leurs aînés des régiments‘, la nouvelle dela mort du roi.

Toutefois, ils furent moins tentés que leurs anciens de se rendre à l’armée des Princes, parce qu’à ce moment precis la patrie courait les plus lerribles dangers. Une formidable coalition de l'Europe la menaçait de tous les côtés à la fois. À l'Autriche, à la Prusse, à la Sardaigne venaient de se joindre l'Angleterre, la Hollande, Naples, l'Espagne, le Saint-Siège.

Enfin, pour comble d'horreur, la guerre civile venait

1 Griois qui était en garnison à Grenoble, parle de lindignation qu'il ressentit ainsi que ses camarades.

d'éclater dans les provinces de l'Ouest, qui prétendaient défendre leurs vieilles croyances et venger leur roi. Au mois de juin 4793, l’armée des Chouans approchait de la Touraine, s'emparait de Chinon, de Bourgueil; le père de Courier était obligé de quitter précipitamment ses propriétés de Luynes, où il réglait quelques affaires, et fuyant devant «les brigands de la Vendée » il se replongeait dans les périls du Paris révolutionnaire.

C'est le moment où Paul-Louis termine le cours de ses études, au milieu d’une effervescence indescriptible. La date de lexamen de sortie est avancée : selon le style du temps, la patrie appelle aux armes ses jeunes défenseurs; il faut qu’en quelques semaines, ils aient terminé leur apprentissage scientifique. Aussi le régime de l’école redouble de sévérité; plus de sorties. À sa mère qui se consume de tristesse et d’ennui à Paris, en attendant le retour de son mari, Paul-Louis répond qu’elle doit bien se garder de venir l’embrasser à Châlons. Il lui conseille plutôt de se rendre en Touraine‘; mais c’est l’exposer aux dangers de la chouannerie. Lui-même forme le rêve d’être envoyé comme second lieutenant vers la frontière d’'Espagne ; cela lui permettra, songe-t-il, de se rendre à la Véronique avec son père et sa mère et d'y passer près d'eux de courtes vacances avant de rejoindre sa compagnie. En attendant, il cherche à rattraper le temps perdu et s’enfonce dans l'étude; mais hélas il est trop tard!

Ayant négligé les questions d’hydrostatique, il est interrogé.par Laplace sur cette partie précise du cours, et il lui répond avec une naïveté qui le peint tout entier: « Monsieur, je ne sais rien sur cette matière, mais si vous m'accordez quelques jours, je m’en informerai ». « Ce peu de temps passé, il se présenta de nouveau et donna à l’examinateur une si haute idée de son intelligence qu’il en

1 Édit. Sautelet, I, page 7.

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