‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 30 sur 264 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

raît pas émouvoir le jeune officier : il appartenait, il est vrai, à l’artillerie, où il savait que l’avancement serait plus lent que dans le reste de l'armée. A cette époque, Bonaparte marquait le pas dans le grade de capitaine : Pichegru, ancien officier d'artillerie, n’était devenu général en chef que parce qu'il avait quitté son régiment et son emploi de capitaine pour prendre le commandement d’un bataillon de volontaires du Gard, qui, passant par Besancon, l’avaient élu lieutenant-colonel.

Dans les bataillons de volontaires, commandés trop sou: vent par des officiers qui n’avaient jamais vu un camp, il élait aisé à un soldat expérimenté de se tirer de pair et d'arriver rapidement aux plus hauts grades. Moins rapide, l’avancement restait toutefois accessible aux hommes de mérile dans les régiments d’infanterie et de cavalerie, où les sous-officiers et soldats de l’ancien régime avaient en partie remplacé leurs officiers émigrés. Quant à l'artillerie, elle restait un corps d'élite, la plupart des officiers ayant reçu une forte instruction dans des écoles spéciales, telles que Brienne et Châlons. Il en résultait que ces hommes d’une valeur égale avançaient d’une manière égale. C'était en outre un corps fort restreint !.

Ces rapides observations sur l’état de l'artillerie en 1793 aident à comprendre que les camarades de Paul-Louis aient été moins agitée que d’autres officiers par la fièvre de

1 À la fin de 1793 et au commencement de 1794, l'artillerie compte : 1° 7 régiments à pied formant un effectif de 8.442 hommes ; 2° 10 compagnies d'ouvriers; 30 9 compagnies d'artillerie légère ou volante formées en avril 1792 (leur nombre fut porté à 20 par un décret de 1793, mais le décret ne fut pas exécuté). Il était convenu que ces 9 compagnies formeraient le noyau d’un futur régiment d'artillerie à cheval; 4° les compagnies hétérogènes qui servaient les deux pièces de chaque bataillon d'infanterie ; 50 les compagnies de canonniers volontaires. Note communiquée

par M. Chuquet.

l'avancement. Ils étaient assurés d’être promus à leur tour aux grades supérieurs, mais ils n’avaient que peu de chances dans l'exercice de leur métier de dépasser ceux qui les avaient précédés dans la carrière.

La fiédeur de Paul-Louis avait d’autres causes plus honorables que le défaut d’émulation ou que le manque d'espoir. Son insouciance pour la profession militaire à pour cause l'estime singulière qu'il accorde à l’étude des lettres. Ce jeune officier a les mœurs et les goûts d’un savant. Comme tel il aime la solitude : « mes livres font « presque ma seule société », dit-il. En leur compagnie il goûte un bonheur parfait; voilà pourquoi il regrette la vie de famille qu’il a pu mener avec ses parents pendant toute sa jeunesse. C’est que cette vie élait singulièrement favorable à l'étude, à cause de sa tranquillité; et il déclare qué c'est la seule qui lui convienne.

Retirés à Paris dans leur maison de la rue de la Vieille- Estrapade, Monsieur et Madame Courier, vivaient par la pensée auprès de leur fils. Ses lettres étaient leur plus grande joie. Aussi quand elles faisaient défaut, les deux vieillards étaient affligés et se plaignaient. C’est ainsi qu’au mois de février de l’année 1794, alarmée de rester sans nouvelles, la mère de Paul-Louis lui adressa des reproches au sujet de son silence.

L’explication qu'ils en reçurent dut vivement les surprendre : « depuis assez longtemps » ce qui l’empêchait d'écrire « c’élaient les coferies » auxquelles il se trouvait livré, « sans savoir comment », beaucoup plus qu'il n’aurait voulu.

Ainsi, Courier, malgré son éducation austère, avait subi l'entrainement du monde. Il perdait presque toutes ses soirées à courir les bals, et ses veilles naguère si laborieuses élaient consacrées aux frivolités des « assemblées ».

! Lettre à sa mère, le 10 septembre 1798.

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