‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 32 sur 264 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Louis prit à Thionville un nouveau maître de danse qui lui trouva « toutes les dispositions du monde ». Mais il restait à en tirer parti; et ce n’était pas encore cette fois que devaient aboutir ses efforts. Il devait quitter sa garnison sans avoir pu apprendre à danser.

Aïnsi s'achevait cet hiver de 1793-94 partagé entre l'étude et les plaisirs mondains. Si le travail était plus cher à Paul-Louis que les réunions qui trop souvent l’en détournaient, il y avait une chose qui lui semblait aussi précieuse que l’étude solitaire d’un texte grec; c’élait une lettre de Madame Courier.

Cette tendre mère, demeurée à Paris pendant les heures les plus sombres de la Révolution, n'avait d'autre joie que d'écrire à son fils et de lui raconter en détail sa vie, ses occupations. C'était « une vraie pâture » pour Paul- Louis que ces lettres où il se retrouvait; car il ne pouvait manquer, quoique absent, de tenir grande place dans la vie de ses parents‘. La sollicitude materneile ne se bornait pas à des écrits et à des protestations de tendresse; elle éclatait dans des envois d’habits, de‘riches étoftes, de rubans et d’une foule de « petits paquets » « tous accompagnés de « billets, et arrangés de manière qu'un aveugle y eût re- «connu la main maternelle ». Toules ces attentions touchaient vivement le cœur du fils qui, élevé si près de son père et de sa mère n’avait jamais regretté à Châlons et à Thionville, dans ses moments de tristesse, « que le sourire « de ses parents ? ».

Ceux qui, sans cesse, taxent Paul-Louis de sécheresse de cœur pourraient avec profit relire ces lettres écrites à Madame Courier. Il est vrai qu’à cette époque de sa vie notre auteur s'exprime, en général, avec moins de tendresse au sujet de son père. Mais la faute en est à M. Courier qui sem-

1 À sa mère. Thionville, le 10 septembre 1795 ? Ibidem.

ble s'être montré, en avançant en âge, de plus en plus dur avec son fils comme avec tous ceux qui l’entouraient*.

C'était en somme un temps bien doux que Paul-Louis venait de passer à Thionville, dans l’apprentissage du métier militaire, tandis que sur les frontières du Nord et sur celles de l'Est on se battait avec fureur. Il avait pu craindre, à plusieurs reprises, d’être arraché de cette agréable retraite et d’être envoyé à une plus rude école. La perspective de camper en plein hiver était bien faite pour effrayer un jeune homme dont l'éducation avait été douce et dont la complexion était restée délicate, à la suite d’une grave maladie, malgré les exercices qu’il avait faits pour se fortifier. Heureusement ce cauchemar fut écarté : Paul-Louis acheva de passer dans sa garnison l’hiver de 1794; ce ne fut qu’au printemps qu'il dut en partir pour être employé à l’armée de la Moselle, qu’il joignit au camp de Blies-Castel.

1 Qu'on relise la première lettre du Recueil ; on verra quel amour pour son père animait le jeune Paul-Louis, âgé de 15 ans.

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