‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 34 sur 264 · CHAPITRE IV. GG · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. GG

avail trouvé une bibliothèque abondamment pourvue de tous les ouvrages dont il avait besoin pour ses études : grande consolation pour notre érudit égaré au milieu des camps. C'est pourquoi ce séjour paraît, si l'on en juge par les notices”, lui avoir laissé des souvenirs bien agréables.

Toujours est-il qu'il ne se prolongea pas fort longtemps : car nous savons, par Courier lui-même, qu'il passa l’hiver suivant sur les bords du Rhin. C'était le terrible hiver de 1794-95, dont les rigueurs se firent sentir dans toute la France. Paul-Louis en souffrit cruellement. Il s’en souvenait encore quinze ans plus tard et il écrivait : « J'ai passé un hiver sur les bords du Rhin; j'y pensai geler à vingt ans; je ne fus jamais si près d'une cristallisation complète ? ».

Quant à l’abbaye où il avait joui d’un si grand confortable, il eut le déplaisir, en repassant par Trèves l’année suivante, de la trouver complètement dépouillée par les soins des commissaires du gouvernement. La Convention ordonnait en effet à ses agents de tirer des pays conquis toutes Les ressources dont la République indigente avait le plus pressant besoin *.

Courier éprouva un vif mécontentement à la vue de ce pillage et fut écœuré en constalant que l’héroïsme des armées républicaines aboutissait à rendre possibles ces

1 « [l serait curieux de lire les lettres qu'il a pu écrire de ce lieu, mais on n’a pu ea retrouver aucune ». L'expression de ce regret me paraît trahir l’auteur des Notices et révéler Courier lui-même.

2 À Mre de Salm Dick. Édit. Sautelet, tome II, page 36.

3 Nous savons que nulle part le système de |” « évacuation » ne fut appliqué avec plus de rigueur que dans le pays de Trèves et dans le Palatinat. Il devint pour ces contrées aussi désastreux que l'incendie l'avait été au temps de Louvois. Courier put voir des maisons « fouillées depuis le grenier jusqu’à la cave », et dont on avait « évacué » jusqu'aux serrures des portes. Rapport de Becker, 13 juin 1795.

Gascuer. 5

scènes de brigandage. Les nolices des cent Lettres inédites ne laissent aucun doute à cet égard. Ces notices nous révèlent, on le voit, la pensée intime de Courier; elles nous font deviner ses sentiments. En outre, elles donnent des détails intimes sur sa vie, que seul Courier a pu connaître. Elles paraissent donc être l’œuvre de l’auteur lui-même préparant pour l'éditeur futur le recueil d'une centaine de ses Lettres qu'il avait pu retrouver’, ou bien dont il avait gardé copie. On sait qu’il s’occupait à revoir ces Lettres, lorsqu'il fut assassiné le 10 avril 4825; peut-être composa-t-il à ce moment cette sorte de commentaire destiné à les expliquer.

Mais à l’époque de la vie de Courier que nous étudions actuellement, ce commentaire" contient une bien grave inexactitude, et cette erreur voulue est destinée à cacher au lecteur une des fautes les plus coupables qu'il ait commises contre le devoir militaire.

«A la fin de juin 1795, lisons-nous, Courier nommé « capitaine ?, se trouvait au quartier général de l’armée « campée devant Mayence, lorsqu'il reçut la nouvelle de « la mort de son père. Cet événement inattendu fit sur lui « une impression si vive, que, oubliant tout et ne pensant « qu’à la douleur de sa mère, retirée à la Véronique, près « de Luines, il résolut d’aller se réunir à elle, et partit « aussitôt sans prévenir personne et sans attendre aucun. « congé.

« Arrivé à Paris, Courier eut besoin d'employer le cré- « dit de ses amis pour faire oublier la manière brusque « dont 1l avait quitté l’armée. Ils obtinrent qu'il serait « envoyé dans le midi de la France, ce qui lui donnait le « moyen de prolonger son séjour à la Véronique ».

‘ Édit. Sautelet, II, page 70.

? Il fut en effet nommé capitaine en 9° à la date du 11 messidor an HIT.

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