‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 36 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

il se considéra comme lié au service par un fil des plus lâches et enfin il déserta une seconde fois après Wagram.

Présentons maintenant les événements tels qu'ils se sont passés. Impatient de la discipline et désireux de revoir ses parents qu'il avait quittés depuis deux ans, Paul-Louis profita de ce que, la paix de Bâle signée, les opérations devant Mayence traînaient en longueur et languissaient pour opérer cette étrange retraite. Il comprit en route l’imprudence de sa conduite et vit sans doute sa carrière brisée, son avenir compromis: il profita donc de son passage à Paris pour tenter des démarches destinées à le faire maintenir dans les cadres de l’armée. Quelle excuse put-il fournir? Eut-il recours dès ce moment au mensonge que nous trouvons dans sa correspondance? Nous n’osons croire que, M. Courier vivant, il ait eu l’indécence de le faire passer pour mort. Le jeu d’ailleurs eût été dangereux. il invoqua sans doute des raisons de famille, ou de santé. Bref, il oblint, grâce à ses amis, d'être détaché dans les départements de l'Ariège et du Tarn en qualité d’inspecteur des forges. Cette nomination lui fut adressée à Paris, où il avait élu domicile pour quelques jours, ainsi qu’en fait foi la suscription. 1L partit alors pour la Véronique sa situation régularisée et sa nomination en poche.

La lettre de service est datée du 26 prairial (13 juin). Courier avait dû rester à Paris quelques semaines pour y faire des démarches. Son départ de Mayence devait donc remonter au 45 mai environ. Ainsi il a commis une nouvelle inexactitude — celle-ci peut-être involontaire — en écrivant qu’à la fin de juin 1795 il était au quartier général de l’armée de la Moselle.

li arriva vers le 20 juin à la Véronique et se rendit le 23 devant le conseil municipal, auquel il présenta sa nomination qui fut transcrile séance lenante sur le registre des

délibérations‘. C'était, en l'absence d’un congé régulier, une facon de justifier, aux yeux des aulorités, sa présence dans la commune de Cinq-Mars, et de détourner les soupcons. .

Ces formalités accomplies, Paul-Louis ne songea plus qu’à jouir, dans le plus beau mois de l’année, des plaisirs de la campagne; il reprit ses promenades au bord de la Loire et revit les sites forestiers de lä Filonnière où il avait tant de fois rêvé assis sous un gros chêne * et tenant un livre à la main. Quand il rentrait au logis, il retrouvait ce sourire de ses parents qui lui causait une si douce joie et dont il s'était senti trop longtemps privé. La présence de l’aimable M. Lejeune, vieil ami parisien, contribuait à rendre plus attrayant le foyer des Courier. C'était une ancienne connaissance de la famille. Il s’intitulait homme de loi. Autrefois domicilié à Paris, en la section de Ja Butte-aux-moulins, il est hors de doute qu’il voyait fréquemment les Courier lorsque ceux-ci habitaient la montagne Sainte-Geneviève. Après leur départ, il ne putsupporter son isolement et vint ies retrouver sur les bords de la Loire. Né à Sens en 1735, il éprouvait d'ailleurs le besoin de se reposer des agitations et des alertes du Paris révolutionnaire. C’est pourquoi la diligence « de la messagerie nationale » le déposa, le 22 prairial an [IT, au bout du jardiu de ses vieux amis.

A peine arrivé dans la commune, il eut soin d’exhiber son passeport et de faire enregistrer par le conseil municipal son installation chez les Courier, où désormais il entendait faire sa résidence *. Il vécut dans la petite maison

1 Voir cette pièce à l’appendice.

? À la Filonnière, on montre un chêne plus que séculaire sous lequel la tradition rapporte que Paul-Louis s’asseyait sur un bloc de pierre qui subsiste encore aujourd’hui. C'est là, dit-on, qu’il écrivit ses pamphlets.

* Registre des délibérations du conseil municipal de Cinq-Mars.

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