CHAPITRE IV
de la Véronique avec ses hôtes jusqu’à leur mort. Après le décès de Madame Courier, Paul-Louis ayant vendu la maison, il se retira à Saumur. C'était un homme instruit avec lequel Paul-Louis pouvait échanger des idées : il l’entretenait de son goût pour la science des inscriptions et pour les belles-lettres, que peut-être partageait le vieil homme de loi.
Enfin, il fallut bien s’arracher aux charmes de ceite vie de famille et aux séductions de la nature : ce fut sans entrain que le capitaine se rendit à son poste. IL n’arriva qu'au mois de septembre à Alby, où il était chargé de recevoir et de contrôler les boulets fournis aux magasins de l’artillerie par les forges des environs. À peine installé dans cette ville, il reprit ses études favorites et s’occupa spécialement de Cicéron dont il traduisit le Pro Ligario. Ses nouvelles occupations n’en souffrirent pas trop.
La vie monotone d’Alby fut propice à ses travaux; Toulouse où il vint ensuite, lui offrit au contraire de nombreuses distractions, des relations pleines d'agrément, et des amis sympathiques qui le détournèrent un peu, sinon de la science, du moins du commerce assidu des livres et des textes anciens.
Ce fut dans le mois de floréal an IV qu’il arriva à Toulouse; environ trois mois avant, un grave événement était survenu dans son existence : il avait perdu son père. Ainsi, lorsque en quittant la Touraine, vers la fin d’août 1795, il prenait congé du vieillard, c'était à son insu un dernier adieu qu’il lui adressait.
C’est donc à Alby qu'il apprit le malheur qui le frappait : certes sa douleur dut être vive. Mais rien n’indique qu'il soit venu à Cinq-Mars, soit pour assister aux derniers moments du vieillard, soit pour consoler sa mère. Sans doute, il ne put abandonner ses fonctions d’inspecteur des forges qu’il était seul à remplir pour les départements du Tarn et de l'Ariège. 11 affirmait, douze ans plus tard, qu'il
ressentait sa douleur « comme le premier jour »'. Pourtant, en cette année 1796 ses regrets semblent avoir été de courte durée : il était jeune, peu disposé aux mortifications, et la France tout entière commençait à ressentir cette fièvre des plaisirs qui s’empara d'elle, « à la suite des jours sombres de la Révolution » ?. Courier à son tour, au sortir d'une jeunesse austère, allait être emporté par le tourbillon d’une vie de fêtes, dans la société brillante de Tou-
louse.
4 Ed. Sautelet, I, 280.