‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 38 sur 264 · LES JOYEUSES ÉQUIPÉES DE PAUL-LOUIS À TOULOUSE ET A RENNES · texte numérisé non relu

LES JOYEUSES ÉQUIPÉES DE PAUL-LOUIS À TOULOUSE ET A RENNES

Envoyé à Toulouse il'se lie intimement avec un étudiant en droit, Charles-Marie Mazars Dalayrac. — Anecdotes piquantes racontées par Dalaÿrac sur le séjour de Courier à Toulouse. — Ses aventures galantes. — Projet de traduire en français le roman de Longus Daphnis et Chloé. — Ses relations avec Chlewaski. — Son affection pour un émigré nommé Rissan. — Il favorise le départ furtif de son ami. — Courier muscadin; sa vanité. — Une plaisanterie qui va trop loin et qui finit mal. — Brusque départ de Toulouse. — Une vision de Paris sous le Directoire. — Courier visite l’armement des côtes dans le département des Côtes-du-Nord. -- Il fait les fonctions de chef d'état-major d'artillerie à Rennes. — Première ébauche de l’Éloge d'Hélène. — Courier est envoyé à l’armée de Rome.

Courier n’allait pas tarder, à Toulouse, à se créer d'agréables relations, grâce auxquelles il oublierait peu à peu ses regrets de la mort de son père. Le jour même de son arrivée, en dinant chez un traiteur, il fit la connaissance d’un jeune homme nommé Dalayrac, qui n'avait que deux ans de moins que lui. Ce Dalayrac, qui était originaire de Cordes dans le Tarn, ne tarda pas à devenir son ami intime. Il s’est chargé, dans un article du National, publié en juillet 1835, de nous donner sous ce titre : La jeunesse de

Courier, de piquants détails sur le séjour que fit à Toulouse le capitaine d'artillerie ‘.

Tout ce que raconte dans ces quelques pages le biographe de Paul-Louis est très vraisemblable, et si conforme au caractère de notre auteur et à ce que, par ailleurs, nous avons appris de ses goûts, que nous ne faisons aucune difficulté pour l'accepter.

Après lui avoir indiqué un logement, sur la place Desparadoux, dont Courier prend possession le jour même, Dalayrac va faire le lendemain une visite à son nouvel ami. {1 le trouve « occupé à déballer des livres qu'il faisait « toujours voyager avec lui. Il y en avait de grecs, de la- «tins, de français ». Parmi ces derniers, le visiteur remarque les œuvres de Pascal, celles de Montaigne, de La Fontaine et de Rabelais. Sa mémoire ne l’a certainement pas trahi; ce sont bien là, avec Molière, les auteurs de prédilection de Courier; ce sont ceux qu'il cite sans cesse, ceux dont il s’est nourri et dont les expressions se retrouvent. naturellement sous sa plume. Il s’écrie, en Les montrant : « Voilà mes vieux amis, mes compagnons, mes guides; «c’estavec eux que je me délasse des fatigues de la guerre ».

Dalayrac met alors dans sa bouche un petit discours où il se peint au vif et se rend pleine justice, en même temps qu’il avoue ses véritables goûts et déclare son intention de consacrer désormais ses loisirs à traduire Longus en prose française. Il est à noter qu'on croit entendre Courier lui-

! Feuilleton extrait du National et publié par un autre journal de Paris, au commencement de juillet 1835. Bibliothèque municipale de Tours, n° 4572 et B. Nat., n° 27, 5019. Cetextrait du National a été publié séparément avec quelques lettres de Courier, dont trois sont adressées à Dalayrac. Charles-Marie Mazars d’Alayrac, né en 1774, était étudiant en droit à Toulouse lorsqu'il se lia d'amitié avec Paul-Louis. Ses parents habitaient le château de Lestar, près de Cordes, dans le Tarn. Selon lusage du temps, il écrivait son nom Dalayrac; nous respectons cette orthographe.

Page 1