‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 51 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

leurs intrigues à Paris, ne tardèrent pas à obtenir sa destituüon. 11 fut remplacé par Macdonald, son lieutenant, Macdonald qui, par ses savantes manœuvres, avait battu Mack à Civitä-Castellana et fait capituler à Calvi un corps napolitain. |

Pendant ce temps le gouvernement consulaire, loin de rétablir la confiance et de faire régner l’ordre, n'arrive qu’à organiser la perséculion religieuse contre ses ennemis et le pillage au profit de ses amis et des Français, dont il faut bien faire vivre les troupes. La situation devient grave; car en même temps qu’à Rome augmentent la disette et le mécontentement, on sent que les Français, en étendant leurs conquêtes, multiplient les points vulnérables qu'ils ont à défendre et accroissent la défiance ou l'inimitié de l’Europe.

Le roi Ferdinand, poursuivi jusque dans sa capitale, avait dù se réfugier sur la flotte anglaise; son royaume fut érigé en république parthénopéenne le 23 janvier 1799. Cette bonne nouvelle, qui parvint à Rome le 28, y provoqua l'enthousiasme des républicains : on illumina, on chanta des hymnes el l'on remercia l'Étre suprême. C'était, hélas! la dernière victoire française que l’on apprenait; l'horizon allaits’assombrir de plus en plus. Mais la misère, la famine, l’'émeute même grondant aux portes de la ville, n'atténuent pas l'éclat des fêtes officielles. Le 15 février, c’est l’anniversaire de la République qu'on célèbre avec pompe au Campo vaccino, sur l'emplacement du Forum.

EL cependant les fêtes mondaines se succèdent, destinées semble-t-il, à étourdir cette société d’un jour, qui se sent menacée et ne peut sans terreur envisager le lendemain. Quelques grandes familles romaines compromises avec le gouvernement jacobin donnent le ton aux parvenus français : d'un côté, ce sont les Doria, les Borghèse, les Santa- Re de l’autre, c’est Bassal, l’ancien curé assermenté, devenu entrepreneur de révolutions démocratiques au com-

Gascaer. gl

pte du Directoire, Bassal dont la femme tient avec distinction un salon où fréquente la noblesse romaine, c’est Bertolio, ambassadeur de France auprès du Quirinal, c'est Brémond, ministre de la Guerre, bientôt convaiacu de vol et destitué, Elia Pace, ministre de l'Intérieur, tripoteur invétéré ; ce sont enfin des fonctionnaires intrigants et ambitieux flanqués de leurs femmes qui contribuent à leur fortune, M. et M"° Mangourit, Méchin, commissaire français de l’île de Malte! et son épouse, qué Courier compare l’un à Ménélas et l’autre à Hélène. « Prise à Viterbe lors de la retraite des Français et reprise avec la place », cette dame était « la plus jolie de toute l'armée » et contribuait à l’agrément des fêtes officielles ?.

Une lettre écrite de Rome à Chlewaski donne une idée de cette sociélé romaine pressée de jouir de l’heure présente. Des princes comme les Borghèse prodiguaient les flatteries aux employés du gouvernement français et aux gens du consulat et faisaient cause commune avec tous ces spoliateurs de l'État, se montrant ainsi « assez ennemis de leur propre pays pour nous aider à le déchirer ». Plus rares étaient ceux qui recherchaient les honneurs militaires et ne craignaient pas d'acquérir de la gloire en s’exposant à la mort, comme ce Santa-Croce, fils de la princesse, qui s’engagea dans les troupes françaises, fut nommé adjudant général de la légion romaine et reçut, au combat d’Otricoli,

! Sur le point de s'embarquer pour Malte, Méchin avait dû rester à Ancône, la mer n'étant pas sûre. À Viterbe, sa femme et lui, ainsi que le raconte Courier, tombèrent aux mains des insurgés. [ls furent sauvés par le gouverneur qui leur donna son palais pour prison, puis délivrés au bout de vingt-six jours par Kellermann, 27 novembre-22 décembre 179k.

? On ne peut que noter les graves imputations de Courier : « Tous deux écorchent l'italien, comme disait Mazarin, mais de différentes manières : «1lla glubit magnanimos Remi nepotes ». À Chlewaskr.

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