CHAPITRE VI
un coup de biscayen à la jambe, après avoir, au témoignage de Championnet, fait preuve du plus rare courage, pendant toute la durée de l’action. Le général en chef devait demander pour lui aux consuls le grade de général de brigade ‘. Mais beaucoup d’autres membres de la noblesse romaine cherchaïent à obtenir « des honneurs à peu près pareils », sans les payer aussi cher. La bassesse et la flatterie étaient leurs plus sûrs moyens de parvenir.
Courier, jeté au milieu de cette étrange société francoitalienne, en a tracé un tableau à la fois humoristique et éloquent. [lsut, en peu de jours, voir, comprendre et décrire ces cercles où régnait l'intrigue et La corruption.
Mais il ne devait pas se plaire dans ce monde, qu’il trouve «trop dégoûtant » à peindre en ridicule. Les loisirs dont il jouissait lui permirent de visiter les bibliothèques et les musées. À la villa Borghèse, il découvrit.la science des inscriptions, et, au Vatican, un savant capable de le guider dans ces nouvelles études. C'était l’abbé Marini, autrefois garde des Archives de la chambre apostolique, actuel- 1ement sans emploi, depuis le départ du Pape. Admis dans son intimité, il put jouir d'une bibliothèque excellente? et d'un cabinet d’antiquités célèbre. Sous sa direction, Paul- Louis se mit à épeler des inscriptions et prit un goût très vif à ce qu’il appelle « une espèce de divination ».
Ces occupations d’érudit furent troublées par une désa-
Pa
‘ Le 9 pluviôse an VIT. Archivio.
2 [1 ne s’agit pas de la Bibliothèque du Vatican, dont Marini n’était pas le conservateur et dont les volumes avaient été transportés dans des maisons particulières. Le musée du Vatican n'avait pas été épargné. Parmi ses chefs-d'œuvre, les uns avaient été enlevés par les Français, les autres dispersés dans des maisons inconnues par le roi de Naples qui se disposait à les transporter peu à peu dans sa galerie. A. Dufourcq, Le régime Jacobin en Italie,
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gréable mission qui l'obligea à reprendre pour quelques jours son métier de soldat.
La ville de Cività-Vecchia insurgée contre les républicains, depuis l’époque de l'invasion napolitaine, avait refusé de se soumettre à l'autorité des consuls ramenés à Rome. Du quartier général de Velletri, Championnet conseillait' à ces derniers de députer aux rebelles des commissaires qui leur porteraient « des paroïes de conciliation », attendu « qu'un bon missionnaire ferait plus que les baïonnettes ». Mais toutes les tentatives échouèrent. Il fallut employer la force. Le 13 pluviôse, le général Merlin chargé de réduire la place fait part aux consuls de l'état de rébellion où elle s’obstine. « Ils se gardent militairement, dit-il, ils sont bien armés, ils ont ouvert les prisons des forçats qui, par leur grand nombre, se sont rendus maîtres de cette ville et qui ne veulent entendre aucunc proposition de paix” ». Et il ajoute que, manquant de tout, il se verra forcé « d’abandonner une place qui a plus de moyens pour se défendre » qu'il n’en a pour l'attaquer. Merlin vint à Rome activer l'envoi des renforts dont il avait besoin. Il put ainsi emmener à Cività-Vecchia toute l’arüllerie disponible, le 17 février 1799 : Courier faisait parlie de cette expédition.
Arrivé au camp français, à cause de la connaissance assez parfaite, qu'il avait acquise en deux mois, de la langue italienne, il fat désigné pour aller faire aux insurgés une dernière sommation. Un officier de dragons et un trompette l’accompagnaient. Les trois hommes à cheval étaient arrivés à peu de distance de la porte lorsque Paul-Louis
1 Le 4 nivôse an VII. Archivio 40.
? Merlin demandait en conséquence 180 échelles, 100 haches, 200 pelles, 200 pioches et un quintal de corde. Il eut beaucoup de
peine à obtenir de l'incurie du consulat ces accessoires indispensables. Archivio 40.