‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 56 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dat aussi bien ou mieux qu’à tout autre. Il entre enfin dans son sujet par une transition maladroite et forcée, une pure transilion de mots. Il a nommé Buffon, comme par hasard, et cela lui rappelle en même temps et son « entreprise » et sa « faiblesse » dont il s'excuse encore une fois.

Après avoir dit quelques mots du traité des Fluxions de Newton que Buffon traduisit dans sa jeunesse, Courier regrette de ne pouvoir étudier les ouvrages par lesquels le grand naturaliste préludait à sa gloire future.

« Séparé de tous les monuments de la littératuret et du « pelit nombre d'hommes qui ayant vécu avec ces héros « de l’âge passé en gardent encore quelque souvenir, dans « ce que j'ai à dire de Buffon, je ne puis consulter que ma « mémoire, pleine de ses chefs-d'œuvre mais muette sur sa « vie. L’aurore de sa gloire m'est à peine connue; et tel « est enfin le désavantage de ma position qu'ayant à célé- « brer un homme dont le nom n’est déjà que trop grand « pour une voix telle que la mienne, je me trouve encore «réduit à ne pouvoir louer en lui que ce qui est préci- « sément au-dessus de tout éloge ps

On trouvera que ce sont bien des précautions oratoires pour arriver à parler de Buffon et que le style de ce débutant est aussi maniéré que sa pensée est subtile et incerlaine. Pourtant il ne se décide pas encore à traiter le sujet annoncé sans implorer une troisième fois l'indulgence de ses juges.

« Plus j’avance dans mon sujet?, plus je sens que mon « cœur se trouble. On ne puise pas sans pâlir à des sources «si profondes. Je fais de vains efforts pour me rassurer ; «et malgré la loi que je m'étais imposée, pres de commen- «cer un travail dont la pensée m'épouvante je ne puis

1 Courier exagère. N'avait-il pas à sa disposition la bibliothèque de l'abbé Marini ?

2 [1 faut noter qu'il y est à peine entré.

« m'empêcher de vous faire encore souvenir de ma faiblesse «et d’implorer votre indulgence ».

Tant d'ambages fatiguent, et quant à cette modestie exagérée, on peut penser qu'elle n'est qu'orgueil.

Eafin, entrant en matière, il déclare qu’il étudiera Buffon pour ainsi dire en bloc, « sans vouloir décomposer tous les rayons de sa gloire », c’est-à-dire sans séparer l'écrivain du naturaliste, l’orateur, si on le veut, Le poète du philosophe « observateur ». Notons ici au passage que Courier a entrevu la poésie de l’ouvrage dont il parle. Ce n’est qu'un mot jeté en courant, maisil suffit à nous prouver l’intelligence et le sens littéraire de Paul-Louis, qui découvre un des premiers ce que n'a pas vu le xvin siècle, trop peu doué d'imagination pour sentir la poésie des Époques de la nature, ou encore de la Minéralogie et de l'Embryologe.

Le style si artificiel au début, devient plus chaud, plus vivant, à mesure que Courier avance; il semble soutenu par l'écrivain qu'il étudie, lorsqu’après avoir parlé des immenses lectures du naturaliste, il essaye de crayonner le plan grandiose que Buffon s'était proposé, dans le dessein qu'il eut de faire l’histoire intégrale de la nature.

« Un génie tel que le sien se serait-il asservi à rassem- « bler péniblement ce que les autres avaient su si ce n’eût « élé pour y joindre loul ce qu’ils avaient ignoré ? C’est à cet « égard qu'on peut dire que son ambition fut sans bor- «nes. [l voulut connaître tout ce que la terre enveloppe « dans son sein, scruter les abîmes de la mer, et porter sa « vue où ne va jamais la lumière ; il voulut décrire tout ce « que la surface du globe offre dans l’année aux regards du « soleil, et, son œil perçant les espaces du ciel, partici- « per aux conseils de l'intelligence suprême. Mais que dis- « je ? il ne se fût pas contenté de dévoiler aux hommes les « secrets de la terre, les beautés de la nature, l’ordre de « l'univers; il aspirait même à nous enseigner comment ces

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