‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 58 sur 264 · CHAPITRE VI. ail · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. ail

«gands; les commis meurent de faim devant leur écritoire. « Jugez la position de la République et de l'armée ».

Toutes ces causes de malaise devaientamener un soulèvement général des populations urbaines et rurales, au moment où la retraite des Français fut un fait accompli.

Cependant les quelques troupes qui restaient à Rome, sous le commandement du général Garnier !, se soutinrent avec énergie pendant quatre mois contre tous les efforts des insurgés; la ville fut bientôt'bloquée : les Napolitains élaient à Frascati, le chef de brigands Fra diavolo régnait sur les monts Albains de son quartier général de Castel- Gandolfo. La situation était donc désespérée pour les Français, lorsque le commodore Troubridge, qui croisait devant Cività-Vecchia, offrit à Garnier une capitulation, qui fut signée le 29 septembre, et aux termes de laquelle la garnison devait être ramenée en France. Le 30 au matin, l'arinée napolilaine faisait son entrée dans Rome. Cependant Courier s'était enfermé au Vatican, où il passa la journée avec Monsignor Marini. {l n’en sortit qu’à la nuit lorsque ses compatriotes s'étaient retirés au Château Saint-Ange. Il fut reconnu « #t un misérable lui lira un coup de fusil. « La balle ne le toucha pas. ». [I put se réfugier dans son logement où il passa la nuit et le lendemain le vieux seigneur Chiaramonte « le fit monter dans sa propre voiture « et le conduisit au château Saint-Ange ».

Bien qu'il soit impossible de contrôler ce récit, emprunté aux notes des Lettres inédites, il faut avouer qu'il offre assez de vraisemblance. Cependant Courier ne donnait pas tous ces détails, et il racontait autrement son aventure, lorsque, cinq ans plus tard, Griois fut son commensal au palais Mandelli à Plaisance ?:

i Le général Garnier commandait à Rome depuis le mois de

mai 1799.

2 Grioist Mémoires, |, page 201.

D’après la version que nous venons de rapporter, Paul- Louis aurait été victime de son étourderie puisqu'il oublia l'heure à laquelle les Français devaient avoir évacué la ville. Au contraire, Griois raconte qu’il se vantait d’être resté volontairement à Rome, au milieu des bandes ennemies qui l’occupaient, afin d'y continuer ses travaux. Ainsi, il n'y aurait pas eu de sa part imprudence mais désertion *. Ce qu’on sait du caractère de Courier, de son insouciance à l'égard de tout devoir militaire, autorise à croire qu'il fût bien aise de vivre à Rome à sa guise après le départ de son armée. Toutefois, il ne put donner suite à ce projet, et les dangers auxquels il se vit exposé l'obligèrent bientôt à se rendre au château Saint-Ange où les Français s'étaient retirés. On voit par là qu'il est possible de concilier Îles deux récits et de Les corroborer l’un par l’autre.

Malgré sa bizarre tentalive de désertion au profit des études littéraires, Courier fut embarqué à Cività-Vecchia avec le reste de la garnison française et conduit au port de Marseille où il entra le 27 octobre 1799.

Cependant, il n'était pas au terme de ses aventures; atteint d'un crachement de sang dont il s'était déjà ressenti, et qui devait plus tard mettre ses jours en danger?, il se fit donner à Marseille un congé de convalescence de trois mois. Puis, on lui remit une feuille de route pour Paris; car pour se rélablir, il avait besoin, disait-il, de respirer l’air natal.

Mais la voiture publique, où il avait pris place, fut attaquée et pillée par des brigands qui lui volèrent ses effets et emportèrent son congé, si bien qu'une fois arrivé au terme du voyage, il dut se servir de sa feuille de route pour

! «Il nous racontait souvent et fort plaisamment les détails de cette désertion scientifique » Jbid.

* Un crachement de sang faillit l'emporter en 1817, etil y eut rechute en 1818.

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