CHAPITRE VI
qu'il n'avait jamais poussées avec plus d’ardeur que depuis qu'il portait l’épaulette. Cette fois, il s’occupa principalement de Cicéron dont il traduisit les Philippiques. La connaissance qu’il avait faite du D° Bosquillon commença de lui ouvrir les portes du monde savant, pour lequel il professait, dès celte époque, bien plus d'estime et d’admiration que pour le monde militaire. Aucune relation ne lui fut plus agréable que celle d’un helléniste auquel on le présenta, en cette année 1800, et qui se lia d’amitié avec lui, longtemps avant de devenir son beau-père. De dix ans plus âgé que Courier‘, M. Clavier avait été nommé fort jeune conseiller au Châtelet, en 1788, et plus tard juge à la Cour de justice criminelle de la Seine. Ses fonctions austères ne lui firent jamais négliger les études grecques où il trouvait un repos et comme une récréation. Il encouragea le jeune officier et lui prêta des livres savants. Celuici de son côté s'intéressa dès lors à la traduction de Pausanias que Clavier avait entreprise et qui ne parut que longtemps après, en six volumes ?.
De cette même année datent sans doute les relations de Courier avec d’autres savants qui restèrent ses amis jusqu’à la fin, MM. Boissonnade et de Sainte-Croix. IL fit aussi la connaissance du savant suédois Akerblad, qu'il devait retrouver plus tard à Florence et à Rome.
Enfin ses goûts pour l’érudition furent favorisés et développés par tous les hommes avec lesquels il se lia, en ces heureuses années du Consulat. La tranquillité dont on jouissait alors, après les agitations de la guerre civile et de
1 Clavier, né à Lyon en 1762, mourut le 18 novembre 1817. Il montra une noble indépendance lors du procès de Moreau. Il fut un des sept juges qui osèrent résister aux ordres d'un pouvoir despotique.
? Les quatre deraiers volumes ont été publiés par Coraï et P.-L. Courier lui-même.
la guerre étrangère, encourageait les hommes d'étude à se livrer à leurs travaux. Dansse de Villoison, déjà célèbre par sa découverte des scholies homériques, avait ouvert un cours libre dans une dessallesde la Bibliothèque nationale”. Dès que Courier put quitter sa chambre de convalescent, il se rendit à ce cours; il ne se borna pas à faire son profit des enseignements de Villoison. Il se lia avec le docte professeur et ne cessa depuis d’entretenir avec lui une correspondance qui nous montre l'estime que Villoison avait pour ses lumières et pour sa science du grec.
La vieque Paul-Louis menait à Paris, en cette année 1800, était celle d’un homme de lettres ou d’un philologue beaucoup plus que d’un officier. Aussi bien semble-t-il avoir banni de son esprit toute préoccupation de carrière et d’avancement. Fidèle à la promesse qu'il s’était faite à Thionville, aussitôt qu’il est arrivé à se « mettre à l'abri de la misère » en touchant les appointements de capitaine, il ne pense plus qu’à « jouir agréablement » des études d’humanités classiques. Pendant que tant d'officiers s’illustrent sur les champs de bataille d'Allemagne et d'Italie avec des chefs comme Moreau et Bonaparte, Courier, loin de souffrir de son inaction forcée, profite avec plaisir des avantages que lui procurent son séjour à Paris et sa qualité de prisonnier des Autrichiens. Tandis que d’autres gagnent des grades à la pointe de l'épée, il ne rougit point de rester depuis six ans capilaine en second. Quant à son régiment, le 7° d'artillerie, il en a si peu cure qu'il néglige ‘obstinément, depuis plus de deux ans, de donner de ses nouvelles au chef de corps. On ignore s'il vit encore et l’on ne saits’il doit être maintenu sur les états de situation. Comme il n’est pas tout seul dans ce cas, l'officier qui commande par intérim ce régiment, écrit au ministre de la
4 Chardon de la Rochette, Notice sur d’Ansse de Villoison, p. 18.