‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 62 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« pied un congé de deux mois sans appointements à comp- «ter du 1° du présent. Get officier, qui avait été employé «à Paris comme prisonnier de guerre des Autrichiens, «ayant cessé de l'être depuis la paix devra rejoindre sa «compagnie à l'expiration de son congé que je lui ai fait « remettre »',

Ainsi, le congé est accordé conformément à l'avis des médecins, mais tout traitement est refusé au permissionnaire. Par là, le ministre lui signifie indirectement qu'il a trop abusé des congés et qu'il est temps de reprendre du service actif.

! Dépôt de la guerre. Arch. administratives. Dossier de Courier. Cette pièce est précédée des deux suivantes : 1° certificat de visite délivré à Paris le 29 floréal de l’an neuf. Le cer Louis Courier, capitaine d'artillerie est atteint de faiblesse de poitrine par l’engouement des poumons. Il est traité par le médecin Portal 4, qui lui a délivré un certificat de son état grave d'indisposition. Le général d’Abauville (sic) écrit au conseil à l'appui du malade qui lui est connu.

Les soussignés, chargés de la visite des militaires près le conseil de santé des armées estiment que le citoyen dénommé ci-dessus a besoin de deux mois de repos.

(Signé) RousiLLe- LACRoIx.

2° Rapport au ministre pour un congé de convalescence, le 8 prairial an IX. On propose d’accorder à Courier un congé de deux moisavec appointements « cette proposition est motivée sur ce que cet officier qui avait été employé extraordinairement à Paris comme prisonnier de guerre des Autrichiens se trouve depuis la paix dans le cas de rejoindre sa compagnie et qu'il justifie par un certificat en règle d'officier de santé, être entre les mains du médecin Portal pour un état grave d’indisposition quiexige deux mois de repos ».

(Écrit de la main de Gassendi). Cet officier devait rejoindre il y a trois mois. Vu : Gassendi.

a) C’est le célèbre docteur Portal Antoine, né à Gaillac en 1742, auteur d'un traité sur la phtisie. [1 devint président de l'académie de médecine en

Pourtant les mois de prairial et de messidor s’écoulent et le capitaine ne reparaît pas à la tête de sa compagnie. Trois mois après le jour où il aurait dû rejoindre, c'est-àdire le 18 octobre 1801, un billet adressé à Clavier nous le montre à la Véronique écrivant sur un tonneau et entouré de « vendangeuses un peu crottées » qu'il s'amuse à nommer ses « bacchantes ». Il est parti de Paris si précipitamment qu'il n’a, dit-il, eu le temps de voir personne, et qu’il n’a pu rendre à Clavier les livres qu'il lui avait empruntés.

Nous pouvons éclaircir la cause de ce départ si soudain : il a été appelé en Touraine auprès de sa mère, qui vient, après une courte maladie, d'achever ses jours à la Véronique?. Mais qu'a-t-il fait depuis trois mois? Il est impossible de le déterminer avec précision. Il a continué sans doute à se faire oublier, en alléguant la faiblesse de ses poumons. Quoi qu'il en soit, de sursis en congés, de congés en délais voilà huit grands mois, depuis la paix de Lunéville, qu’il prolonge son oisivelé et se dispense de tout service aux armées.

Cette fois pourtant il a une excuse légitime : il est venu fermer les yeux à sa bonne femme de mère. Depuis la mort de son mari, M”*° Courier menait une vie bien retirée, dont la monotonie n'avait été rompue que par de courtes visites du jeune officier. Elle était seule à la Véronique, le vieil ami qui, du vivant de M. Courier, partageait leur existence dans cetle jolie closerie, n’ayant pu continuer à habiter sous le même toit que la veuve. Il s'était retiré dans

* Courier aurait dû reprendre son poste à Strasbourg le 18 juillet 1801 (vieux style).

* Mme Courier était morte depuisseize jours seulement, lorsque son fils adressa son billet à M. Clavier. On est profondément surpris qu'il ne s’y trouve pas un seul mot faisant allusion à la douleur qu’il éprouva certainement. Mais on peut penser ns li y eut une lettre antérieure qui n'a pas été retrouvée.

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