CHAPITRE VL
cinq ans révolus. L'acte de décès fut dressé le même jour, à la mairie de Cinq-Mars, par Le maire Jacques Périer, sur la déclaration d’un voisin de la défunte Jean Chivert et de M. Lejeune. Ce vieux parisien qui avait choisi la Touraine comme résidence, pour y vivre à côté de ses bons amis Courier, les avait donc vus mourir l’un et l’autre. Dès lors, rien ne l’attachait plus à Cinq-Mars. Il se retira bientôt à Saumur pour y finir ses jours; nous verrons que Paul-Louis ne l’oublia pas au milieu de ses campagnes lointaines en Italie.
Le jeune officier ressentit certainement une grande douleur de la perte de sa mère. Plus de vingt ans après, il déclarait en souffrir comme le premier jour'. Pourtant, il n'eut pas le temps de s'y abandonner. Des occupations nombreuses et urgentes le sollicitaient; M° Courier s’était éteinte à l’époque même où, en Touraine, l’on commence les vendanges. La cueillette du raisin fut retardée, à la Véronique, de quelques jours; force fut pourtant à Paul-Louis d’embaucher des vendangeurs hommes et femmes et de surveiller leur travail. C’est au milieu de ces soins que nous le surprenous écrivant à son ami Clavier « sur un tonneau » entouré de ses « bacchantes ». Le vin fait et tiré, il restait à notre agriculteur improvisé à vendre sa récolte. Il voulait aussi se débarrasser de la Filonnière et de la Véronique; mais il ne put trouver acquéreur pour ce dernier domaine qu'au début de l’année 1803; et quant à la propriété de Luynes?, il dut bon gré, mal gré la conserver jusqu’en 1824! En attendant, il lui fallait,
Mais tous les actes dressés de son vivant donnent la date du 27 novembre ; je les ai crus plus dignes de foi.
1 Lettre inédite à Mr° Sœhnée de Paris, du 3 janvier 1822. « Dans le lieu même où je vous écris, tout me rappelle encore une mère que j'ai vue {rop peu ».
2 La Filonnière avec sa dépendance la Houssière.
avant de regagner son poste, mettre un peu d'ordre dans les affaires dont le décès de sa mère venait de lui léguer les soucis. 11 s’y employa donc, passant des baux, faisant, par devant notaire, des arrangements qui devaient être vite oubliés de ses débiteurs après son départ.
Mais si, au milieu de ces occupations nouvelles, il oubliait trop le 7° d'artillerie, le général Gassendi ne perdait point de.vue Pofficier permissionnaire et il dut enfin rejoindre à Strasbourg, où était stationnée la portion principale de ce régiment. Lorsqu'il y arriva, à la fin de novembre 1801, il y avait deux ans que Paul-Louis n'avait fait aucun service actif. Quant au 7° lui-même, il en était éloigné depuis la fin de juin 1795, c'est-à-dire depuis six ans et demi. On Pavait presque oublié après une si longue absence.