CHAPITRE VII
d’une nouvelle répartition des compagnies du T°: notre officier entrevit même l'espoir de faire à Paris un petit voyage’, à l’occasion de ce changement de garnison. Mais l'événement espéré ne se produisit pas.
Il n’eut point d’ailleurs à se plaindre de son séjour à Strasbourg qui ne dura que neuf mois. Le jeune officier, passionné pour l'étude des auteurs anciens, allait se trouver en contact, dans cette docte ville, avec l'Allemagne, c'est-à-dire avec la patrie des grands philologues des Heyne, des Wolf et des Weigel.
A Strasbourg même, il put connaître l’illustre Brunck, qui, né en 1729, y avait publié ses savantes édilions de l’Anthologie, d’Anacréon, d’Aristophane, et, en dernier lieu, de Sophocle et qui ne s’éteignit qu’en 1803. Un autre érudit, moins célèbre que Brunck, maisdigne de lui être comparé par l’étendue du savoir et la hardiesse de la pensée, Schweighaeuser, devint l’ami de Courier, dont il aurait pu être le père?. C'était à Strasbourg un homme considé-
major, avec la désignation de leurs compagnies au 1er pluviôse an X.
19° à Strasbourg.
1 capitaine : Boucher.
2° — Courrier (sic).
4° lieutenant : vacant.
2 — Pescheur.
3° — Charpentier.
Les compagnies en garnison à Strasbourg étaient les 7°, &°, 11*, 13°, 18°, 19, avec partie de la 2° et de la 26°.
1 Lettre à Clavier, du 2 mai 4802.
2 Né à Strasbourg le 26 juin 1749, Schweighaeuser avait professé dans sa ville natale depuis l’année 1770. Banni à la Révolution il y revint en 1794 et fut bibliothécaire du séminaire, puis professeur et doyen de la Faculté des Lettres (1809-1823). Il publia des éditions d'Appien, de Polybe, d’Athénée (Argentorati 1801-07, 14 vol.) d'Hérodote, et enfin divers opuscules académiques.
rable et un véritable oracle dans le monde de la science et des lettres.
Une ville, qui avait la gloire de posséder de tels érudils, pouvait être considérée comme un cénacle de philologie classique‘. L’importante société typographique de Deux- Ponts y était établie et multipliait les éditions d’auteurs grecs; les Bipontins étaient alors tout occupés de la fameuse édition d’Athénée, qui est restée le principal titre de gloire de Schweighaeuser et dont le premier tome parut cette année même. À l’Athénée devait succéder un Stobée que Schweighaeuser et l'allemand Jacobs se disputaient l'honneur de présenter au monde savant. « Ces deux champions » pouvaient en effet, selon Courier, tenir en haleine tout ce qu'il y avait d'imprimeurs et de lecteurs de grec en France et en Allemagne.
On comprend la joie que dut éprouver notre jeune officier en se voyant à la source des études grecques. Resté en relations avec Clavier et les autres hellénistes parisiens, il se chargea d’être leur intermédiaire auprès de la Société bipontine et s’efforça de leur rendre de bons offices. Pour faire accepter le Pausanias de son ami Ciavier, il n'eut qu'à invoquer l'autorité de Schweighaeuser qui inspiraitles choix du directeur. On promit donc d'éditer Pausanias ; mais l’oracle de la Bipontine fut moins favorable à Erosien dont Chardon de la Rochette aurait voulu publier le roman. En conséquence, celte impression fut ajournée.
Stimulé par l'exemple et encouragé sans doute par les conseils du docte strasbourgeois, Paul-Louis s'était remis au travail avec ardeur. Le texte d'Athénée lui était déjà familier, car dans son étude passionnée du grec il était loin de procéder avec méthode et de s'attacher aux écrivains soit en raison de leur talent, soit à cause de l'intérêt
* Outre Brunck et Schweighaeuser, Strasbourg comptait encore, parmi ses érudits, Koch et Oberlin.