‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 67 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de leurs ouvrages. Véritable délettante de l'érudition, il n'avait jamais eu pour guides que son caprice et sa curiosité. Aucune considération de l’histoire littéraire ne l’influença jamais. Pour lui, tous les auteurs de la Grèce antique sont, pour ainsi dire, sur la même ligne, depuis Homere jusqu'à Lucien. Ils sont tous citoyens d’une cité idéale, où ils semblent avoir vécu côle à côte, travaillant en même temps au développement d’une littérature une et homogène et se servant d’une même langue prodigieu sement variée.

Cet oubli ou ce dédain absolu de l’histoire, cette ignorance volontaire des époques el des circonstances politiques, sociales, sera le reproche le plus grave que nous devrons adresser à Courier lorsque nous essaierons de porter un jugement sur ses œuvres d'helléniste. Nous verrons, en un mot, que cette inintelligence historique, naturelle ou volontaire, en le réduisant au rôle de curieux ou d’amateur, l'a empêché d’être un véritable savant.

Il avait donc lu Athénée avec autant d’intérêt qu'Hérodote et que Démosthène. Bien mieux, il avait pris, sur les trois premiers livres des Aswrvosooiorai, une grande quantité de notes relatives soit à la langue soit à l'établissement du texte. Il se trouvait dès lors fort à même de juger le savant travail de Schweighaeuser. C'est pourquoi, à l’apparition du premier volume de l'édition bipontine, il ac cepta volontiers d’en rendre compte dans le Magasin enciyclopédique*. C'était un grand honneur, pour un débutant, que d'écrire dans cette savante revue. Aussi notre sceptique ue laisse-l-il pas d'en faire paraître quelque joie*. Il accable Clavier de questions, pour savoir comment on fait par-

1 Le magasin encyclopédique était rédigé par Millin, né à Paris en 1759, mort en 1818. Cet érudit était en outre numismate et antiquaire.

2 Lettre à Clavier. :

GASCHET. 9

venir un arlicle à M Millin, par là se trahit son respect pour l’homme et le journal. Il a bonne opinion de son travail, qui contiendra des « explications ou corrections de « certains passages qui n'’ontété entendus ni de M. Schwei- « ghaeuser, ni même de Casaubon, tout Casaubon qu’il «est ». Et il avoue naïvement que, parmi les idées qu’il à eues et qui ont échappé à ces savants, il y en a dont il est « tenté d’être content ». Enfin, sa coquetterie d’auteur l’oblige à excuser la concision de ses notes en faisant observer qu'il a dû travailler « sans livres, su due piedi', comme « disent les Italiens ».

Dans l’histoire des œuvres de Courier, nous retrouverons sans cesse des explications du genre de celle-ci, que dès son premier ouvrage, {a vanité lui suggère. IL a toujours travaillé en courant, toujours les instruments, c'està-dire les livres, lui ont manqué pour amener son travail à la perfection, si bien qu’un beau jour, il en viendra à rire de lui-même et de ses excuses el reprendra pour son compte le mot de Brunet: « Tu veux de l'orthographe avec une méchante plume d’auberge »?.

L'article sur Athénée, daté du 10 prairial an X, parut, cette même année, dans le tome deuxième du Magasin encyclopédique. Il est précédé de l’annonce du livre édité

par les Bipontins :

Athenaei Naucratitae dipnosophistae Emendavit ac edidit Johannes Schweighäauser. Tom 1 Argentorati 1804.

Courier commence par déclarer qu'il appelle érudition « cette science, quelque nom qu’on veuille lui donner, qui

1 C'est le Stans pede in uno d'Horace. On ne voit pas comment il a pu manquer de livres dans un milieu aussi savant que Strasbourg.

2 A, M. Boissonnade. Rome, 22 octobre 1810.

Page 1