CHAPITRE VIL
a pour objet d'expliquer et de rétablir les textes anciens ». Le terme dont il se sert a donc le tort d'être beaucoup {rop vague el général. N'est-ce pas plutôt critique verbale qu'il faut appeler la science ainsi désignée?
Après ce préambule, notre critique entrant dans son sujet apprécie avec justesse la valeur des sophistes à table. « Cette immense compilation d’Athénée, où tant de matiè- « res hétérogènes se trouvent entassées sans ordre ni me- « sure, tire tout son prix de la perte des auteurs dont on y « retrouve des débris ». Puis il étudie les manuscrits qui ont servi à établir le texte‘, passe en revue les diverses éditions d'Athénée qui ont été faites depuis la Renaissance, et fait l’histoire de l'édition à laquelle Schweighaeuser a donné ses soins. Les savants, dit-il, y « trouveront une infinité de choses intéressantes et nouvelles qui jettent un grand jour sur toutes les parties de l’érudition ». Enfin il examine divers passages et exprime « ày rapéoyw » quelques idées au sujet de la correction ou du sens de ces passages ?.
L'article est suivi de 24 pages de notes’, où Courier déploie une érudition solide et sûre. Au texte de Schweighaeuser, il propose des corrections qui dénotent une profonde connaissance, non seulement d’Athénée, mais de la langue grecque en général. Il relève quelques fautes qui ont échappé à l'éditeur, donne le sens précis de certains mots mal compris’, et montre qu'il a lu des grecs jus-
1 L'un, du xive siècle, est venu de la bibliothèque de Sedan à Paris; l’autre, du x®siècle, est passé de Venise à Paris.
2 On ne peut s’empêcher de signaler le pédantisme juvénile et inconscient de Courier, auquel il arrive de commencer une phrase en français et de la finir en grec, comme celle-ci par exemple : « Voici cependant un endroit où il semble que le savant interprète dpvuhos pèv duapre, MÉYNPE YA OÙ roy” "AroAdwv,
8 Magasin encyclopédique. An X ; tome deuxième, pages 340-
5 Pac exemple du mot évaxäuba, qui signilie « retourner sur
qu'aux compilateurs et aux lexicographes, dont il invoque à l’occasion le témoignage; ce qui ne l'empêche pas de citer Platon à côté d'Hésychius, ou Sophocle après Étienne de Byzance.
C'était un début fort honorable dans l’érudition que Courier venait de faire, et il eut la salisfaction de se trouver à Paris au moment où parut le cahier du Magasin encyclopédique qui contenait son travail. Il put ainsi recueillir de vive voix les félicitations des érudits avec lesquels il élait lié. Après neuf mois de séjour dans la capitale de l'Alsace, il avait obtenu en effet un congé de semestre, qui lui permit d’aller veiller à ses intérêts en Touraine et, en passant, de visiter ses amis parisiens, les hellénistes et les lettrés.
Parmi ses intimes il commençait à ranger une femme de lettres Mme Pipelet, née Constance-Marie de Théist. Plus âgée que Paul-Louis de cinq années, elle ne lui inspira qu'un attachement pour ainsi dire intellectuel, accompagné d’un culte purement littéraire.
Il eut donc ie plaisir, pendant son séjour à Paris, de revoir cette amie dont il avait en vain de Strasbourg demandédes nouvellesà Schweighaeuser?, leur ami commun.
ses pas pour parcourir une seconde fois le chemin que l'on vient de faire ». Dans cette phrase d’Athénée : ôtt oîxouuévns Onuov thv “Poyrv onst, Courier détermine ainsi le sens : « Sos signifie proprement le chef-lieu, duos, ñ rôkis obv +7 Bout, Timée ». Schweighaeuser avait traduit: «orbis terrarum populum », ce qui est un faux-sens.
! Cette femme charmante qui avait épousé en 1789 Pipelet de Leury, membre de l'Académie de chirurgie, venait de divorcer pour s'unir au prince de Salm-Dyck. Elle avait composé l'opéra de Sapho, des poésies didactiques et des épiîtres. Elle avait des relations d'amitié avec Clavier et Schweighaeuser, c'est-à-dire avec d'austères savants.
? Schweighaeuser, qui étaitmembre correspondant de l’Institut,