CHAPITRE VII
n'est pas douteux que Courier n’àit voulu donner à sa prose le rythme poélique, en y mélangeant un grand nombre de vers de 6, de 7, de 8 et de 12 piedst, groupés entre eux d'une manière savante,
Mais si les combinaisons étudiées plus haut révèlent surtout chez lui une oreille délicate de versificateur, il en est une plus commune qui vient sous sa plume sans cesse et pour ainsi dire spontanément, nous voulons parler du groupe formé d'un alexandrin suivi d’un vers de six pieds. Pour ce système, s’il est permis de l'appeler ainsi, l’on peut concéder à Sainte-Beuve et à l’atrabilaire Vitu * qu'il revient avec une monotonie un peu fatigante.
On l’a trouvé dans nos cilalions :
Tous les autres viendraient en armes au secours De l'époux outragé.
En voici de nouveaux exemples:
Hors de là ce n’était que projets de départ Et de débarquement.
Depuis que son aïeul avait instruit ses peuples A parcourir les mers.
On sera très frappé de l'influence exercée sur l'esprit de Paul-Louis par son père quand on se rappellera que M. Courier avait fait la paraphrase du psaume Super flu-
aussi avec des vers de 7 syllabes. Nous avons signalé dans le Ménélas des combinaisons analogues. 11 n'y manque que la rime pour que la ressemblance soit complète. Cf, aussi le Remerciement au roi de Molière.
1 Le vers de 10 pieds est beaucoup plusrare, on le voit cependant apparaître :
Sautelet II, page 393. — Au lieu que maintenant il faut partir.
Ibid. page 394. — Crains, malheureux, que je ne t'abandonne.
? A. Vitu. Ombreset vieux murs.
GascHer, 10
mina Babylonis en strophes du même genre, dont voici la première :
Au sein de cette ville insolente et perfide Qu’habitent nos vainqueurs 1...
Nous connaissons ces vers de Jean-Paul Courier, grâce à son fils qui les avait appris par cœur et en a transcril de mémoire un bon nombre, en regrettant-de n'avoir pu les retenir tous. Nous savons qu'il les admirait beaucoup. et se les récitait souvent. Ainsi, son esprit en était occupé ; il Les a médités et digérés, au point de modeler souvent sur leur rythme l'expression de ses pensées. C'est une preuve de plus de sa docilité envers l'homme qui l'avait élevé et instruit, et qui lui avait imposé la carrière militaire pour laquelle il n'était point fait.
C'est par la savante composition du Ménéias que Courier charmail ses loisirs à la Véronique. On peut penser d'ailleurs que cet aimable séjour contribuait à lui inspirer les gracieuses peintures dont se revêt l'ouvrage. Mais pourquoi ne l’acheva-t-il pas? La réponse, hélas, est aisée; d'autres soins vinrent, à celte date du 26 septembre, le rappeler de ses rêves homériques à la réalité des occupations rurales qui exigeaient l’œil du maître. Pour la dernière fois, le capilaine allait, dans sa closerie, présider aux travaux des vendanges qui avaient si souvent diverli son enfance. Pour la dernière fois, on allait, sous ses veux, verser à pleines hottes les grappes dans le pressoir, fouler le. raisin et en exprimer le jus, dans cette antique « cave en: roc », dont l'horreur l'avait jadis fait frissonner.
Ce sont en réalité ces importantes opérations de vendémiaire qui l'avaient rappelé de Strasbourg et l'avaient poussé à prendre un congé de semestre. N'oublions jamais qu’il y a en lui un homme pratique doublé d’un rêveur
! Voir la suite dans l'édition Paulin (1834), tome IV, 421.