‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 76 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et d’un artiste; or l’art et le rêve ont trouvé leur compte, aussi bien que les intérêts positifs, à ce séjour de la Véronique, en septembre 1802. |

A cetle époque de sa vie, Courier n’a pas perdu l'espoir d'avoir, comme tant d’autres, une brillante carrière militaire. Sans doute, le scepticisme domine‘, mais parfois l'ambition se réveille; de là cette démarche qu'il fait faire par son ancien camarade, le général Duroc, et dont il le remercie le 6 octobre*.

Courier, devenu capitaine en premier, se trouvait désormais dans les meilleures conditions pour passer chef d'’escadron. Il voulut profiter de ce que certains de ses camarades se trouvaient en faveur auprès du premier consul. Duroc fidèle aux souvenirs de Châlons s'empressa de mettre son influence au service du capitaine *. Mais les démarches qu'il fit n’aboutirent pas du premier coup.

Pendant qu’on s'employait pour lui, notre officier en semestre restait isolé à la Véronique ; ses vendanges terminées, il n’eut point le courage de se remeltre au Ménélas, qu’elles lui avaient fait abandonner. Son inspiration s’était

1 Voir les Conseils à un colonel qui furent écrits en 1803.

2 Édit. Sautelet, |, page 53.

3 On se rappelle que Duroc entré à Châlons avant Courier, mais ayant émigré, avait élé remis dans la promotion du 1°" septembre 1799. Nul n'avait fait son chemin plus brillamment. Attaché de bonne heure à Bonaparte, il se distingua en Égypte, puis prit une part active au coup d’État de brumaire. Nommé général de brigade et gouverneur des Tuileries, il remplit une mission à la cour de Berlin; nous le retrouvons à Marengo aux côtés du premier consul. Il devint général de division en 1803 et, peu après la création de l’Empire, grand officier de la Légion d'honneur el grand maréchal du palais. On sait qu'il veillait à la sûreté de l'Empereur et dirigeait une police spéciale. Duc de Frioul en 1808, il prit une part honorable à la bataille d’Essling. Il fut tué le 23 mai 1813. Néà Pont-à-Mousson le 25 octobre 1772, il était un peu plus jeune que Paul-Louis.

refroidie; si bien que l'hommage qu'il en voulait offrir à Constance Pipelet se trouvait différé. Mais le temps lui parut long dans une solitude dont l’avaient déshabitué ses joyeux séjours à Paris et à Strasbourg. « Ne sachant, dit-il, à quoi m'occuper, j’essayai de traduire quelques morceaux des auteurs de l'antiquité ». [socrate, parmi tous les écrivains grecs, était un de ceux qui l’attiraient le plus par le charme délicat et les séductions d’une manière qui constitue l’atticisme. Il est d’ailleurs un trait commun à Courier et à son modèle : c’est de tenir plus à la perfection de la phrase qu’à l'efficacité du discours, Ces affinités expliquent comment notre officier avait entrepris, pendant son séjour à Rennes, de traduire l'Éloge d'Hélène; mais, les difficultés de cette version n'ayant pas tardé à l’arrêter, ses voyages ne lui avaient jamais permis d’y revenir depuis. En cette fin d'automne de 1802, il trouvait une occasion inespérée de reprendre son manuscrit que, depuis quatre ans, il promenait en France et en Italie, dans sa valise d’officier.

Il forma dès lors le vœu d'en finir avec cet ouvrage, mais pensant « n'avoir qu'à meltre des mots pour des mots » il se trouva « bien trompé ». Il senlit de nouveau la difficulté de la traduction en général et particulièrement de celle d'un auteur aussi subtil qu'Isocrate. S'il eût trouvé quelque autre occupation, c'en était fait de l’Éloge d'Hélène, mais comme la vie était fort monotone à la Véronique pour Paul-Louis, privé de sa mère et éloigné de ses amis parisiens, il fut pris, pour ainsi dire, d’un accès de travail et de volonté. Pour mieux soutenir son courage, il eut recours à une idée singulière : il se figura qu'il travaillait pour son amie M"*° Constance Pipelet et qu'il fallait à tout prix terminer l’œuvre commencée, pour la lui offrir. 1] put ainsi se comparer aux preux chevaliers, qui se sentaient soutenus, au milieu des plus rudes épreuves, par la pensée d’une dame à laquelle ils voulaient plaire.

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