‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 77 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le choix de M"° Pipelet comme dame de ses pensées s'explique suffisamment par ce fait qu’il l'avait rencontrée depuis peu à Paris, qu'il cherchait à lui plaire et qu'il jugeait digne de s'intéresser à la fois à isocrate et à Hélène une personne qui était lettrée et qui était femme. Poélesse elle s'est attachée à Sapho, la première des dixièmes Muses, femme, elle ne saurait, « par le même esprit de corps », être indifférente à Hélène « la plus célèbre des belles ».

La fiction’, à laquelle Courier avait recours pour tromper sa paresse, eut ce résultat immédiat qu’il vint à bout «en quatre jours », du moins il l’affirme, d’un travail qu'il avait craint d'être obligé d'abandonner.

C’est un singulier ouvrage, et, pour le mieux juger, il convient de rappeler ce qu'avant Courier avait composé Isocrale.

On sait que les sophistes de l'école de Gorgias aimaient à présenter l’éloge paradoxal d'une personne ou d’un objet peu habituellement loué par les gens sensés. Quelquefois, par un véritable tour de force, on faisait l'apologie de personnes « qu'il eût été trop facile de blâmer* ». Puis, cet usage dégénérant en abus, on en vint à louer des objets importuns. « Le vomissement, la fièvre, la mouche trouvèrent leurs panégyristes »°.

Isocraie, tout en réprouvant ce genre de discours, a essayé de l'améliorer en y introduisant du sérieux et de l'éloquence. C’est cette tentative que représentent le Busiris et l’Hélène. Dans cette dernière œuvre, la part du paradoxe est encore large ; il est clair que le sujet a été choisi non pour son intérêt mais en raison de la difficulté qu'il pré-

1 Le mot est de lui, qu’il y ait eu, en effet, fiction ou désir sincère de dédier à M"° Pipelet un opuscule tiré du grec.

3 Boissonnade, Étude sur l'Éloge d Hélène d’Isocrate dans le Journal des Débats du 7 mai 1803.

3 Ibidem.

sente; le moyen, en effet, de louer avec succès une femme qui passait pour le type de l'infidélité conjugale et qui avait mis aux prises les Grecs et les Barbares à cause’ de « ses sales amours! ».

L'ouvrage est précédé d’une sorte de proæmium où [socrate critique un autre orateur — entendons Gorgias — qui avait, avant lui, traité le même sujel. Il lui fait, pour ainsi dire, la leçon avec une bienveillance protectrice, el le blâme d’avoir, en réalité, composé une #rokeytx au lieu de l'éyxopoy qu’il se flattait d'écrire.

Courier commence aussi par une pelite préface, qui fait corpsavec l'ouvrage auquel elle sert d'introduction. Ce procédé, renouvelé d’Isocrate, étonne un peu au début du xix° siècle. Mais on est surtout surpris du peu d’exactitude avec lequel sont interprétées les intentions de l’orateur attique, qui n’a pas songé le moins du monde à se montrer galant envers Hélène, quoi qu’en dise Paul-Louis : « au milieu «des troubles de la Grèce, menacée des armes de Philippe, «et déchirée par les factions, ces orateurs, dont l’éloquence « gouvernait le peuple et l’État, suspendaient les grandes « discussions de la paix et de la guerre... pour faire l'éloge « de [a beauté ».

Oa ne saurait définir d'une manière plus vague et plus fausse le rôle d’Isocrate etson buten écrivant cet opuscule; aussi, nous vient-il dès lors un soupçon qui grandira à mesure que nous étudierons Courier helléniste, et que nous n’hésitons pas à formuler en ces termes : lecteur assidu des grecs, Paul-Louis paraît ignorer les conditions réelles de l'existence de ses auteurs préférés et le milieu où ils vécurent ; le sens historique lui fait défaut et par suite il arrive que son érudition s’égare.

Quant à l'ouvrage lui-même, qu’on nousannonce comme

1 Mot que Courier, dans le Ménélas, place dans la bouche d’Ulysse.

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