‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 80 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

littéraire sans créer le fond etla forme‘. Or, c'est une vérité que Paul-Louis a méconnue.

Venu tout à la fin de la période classique, comme pour assister à la décadence d’un art débilité par l’académisme et d'une littérature tombée dans le convenu, il aimait si peu les productions contemporaines qu’il lui semblait préférable de copier les chefs-d'&uvre antiques. Seuls, les anciens et les grands écrivains du xvi° et du xvii° siècle ont composé des ouvrages admirables : il vaut done mieux les reproduire sans cesse que de mettre au monde les enfants chétifs d’une fantaisie maladive.

De là le goût de notre auteur pour les copies bien faites et les traductions élégantes, encore que peu fidèles. Il vante et admire le talent du peintre Bossi qui, chargé par le gouvernement de reproduire la fameuse Cène de Léonard de Vinci, en donne en 1809 « comme une nouvelle édition ». Ce que fait cet artiste pour un tableau célèbre, Courier ne va pas tarder à l’imiter dans sa Chloé.

Comme Bossi a retrouvé les cartons et les études de Léonard, ainsi l’helléniste amateur va exhumer d’un manuscrit de Florence le texte même de Longus, qui lui permettra de parer de nouvelles couleurs la vieille copie qu’en avait faite Amyot.

Or, qu’il s'agisse de Longus ou d’Isocrate, le procédé est toujours le même : ce sont toujours de gracieuses broderies jetéessur le canevas fourni par un auteur ancien. Mais cela ne suffit pas pour faire œuvre originale. Courier voudrail en vain se le persuader.

A la vérité, on s'explique son erreur: un parfait styliste comme lui a pu faire‘ consister le mérite suprême de lé-

1 Nous voulons dire que l'écrivain doit inventer, sinon le sujet lui-même, du moins les crconstances et la disposition du plan comme ont fait Corneille dans le Cid, Racine, dans Phèdre, Racine dont l’Hippolyte est si différent de celui d'Euripide.

crivain dans ces développements brillants d'idées empruntées, dans ces trouvailles d'expression, dans des alliances de mots hardies ou nouvelles.

Il y a vu toute l’œuvre d'art et il a cru qu’à la condition d'innover dans la forme, on peut bien, traduisant un ouvrage antique, faire preuve de talent créateur.

Nous répondons à Courier que le peintre ou l'homme de lettres ne peut se targuer d'originalité si son invention pe s'applique qu'au détail et au style. Du moment qu’il imite, le mérite de la conception lui manque : celui de la composition, ou disposition des parties, se réduit à rien. L'œuvre qui résulle de son effort n’a qu’un prix relatif; elle ne cesse pas tout à fait d’être un emprunt pour devenir une conquête. Tel est le cas de l'Éloge d'Hélène; on y goûle le traducteur mais l'on ne peut oublier Isocrate. La Fontaine et La Bruyère ont travaillé d’une façon bien différente;, quoiqu’ils aient mis leur gloire à imiter les Anciens, ils ont été créateurs. C’est qu'ils étaient supérieurs à leurs modèles; non pas Courier au sien.

Le Ménélas et l'Éloge d'Hélène n’avaient pas seuls occupé les loisirs de notre officier en semestre, pendant cet automne de 1802 passé à la Véronique. Il entreprit d’autres composilions moins importantes, également inspirées des auteurs de l'antiquité. Parmi ces essais, on doit ranger peut-être un morceau inachevé sur le mérile des orateurs comparé à celui des athlètes", et à coup sûr une jolie page intitulée : Sur Diogène.

! Ce fragment d'opuscule qui a été publié sous ce titre: Sur le mérite des orateurs comparé à celui des athlètes, n’est autre chose qu’une traduction assez exacte du Panégyrique d'Athènes par Isocrate. On y trouve toutefois un peu de paraphrase. Par exémple, Courier développe assez longuement l'exposé des intentions

d'Isocrate; deux lignes de l’auteur grec sont rendues par sept lignes!

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