CHAPITRE VIL
L'opuscule semble avoir été écrit pour aboutir à cette déclaration, par laquelle il se termine: « Je me moque des philosophes ». C’est un sage qui parle ainsi, Straton de Phalère, gendre de Cléon le corroyeur. Cet homme riche et prudent fait la leçon à deux philosophes au cynique bien connu, Diogène, et au chef de l’école cyrénaique, Aristippe. 11 leur prouve que l’un et l’autre, le cynique et le voluptueux, sont des bouffons qui se rendent malheureux pour le vain avantage de faire parler d’eux.
. Ce qui rend ce petit dialogue exquis pour un lettré, c’est la connaissance parfaite de l'antiquité grecque qu'il révèle, et aussi des mœurs athéniennes. Le style a de la verve, de l’entrain, de l'esprit. |
Courier put mener à bien ces petits travaux littéraires, car il ne fut point dérangé dans sa solitude de la Véronique. Il ne voyait guère les habitants de Cinq-Mars, qui l’avaient oublié depuis tant d'années qu'il vivait Join de la closerie paternelle. Ses parents d’ailleurs, n’avaient jamais noué de relations bien suivi®s avec jes habitants du bourg; ils craignaient trop les importuns et les emprunteurs; en outre, leur façon de vivre trop serrée et trop égoïste leur faisait peu d'amis. Voilà pourquoi Paul-Louis put travailler tout à son gré ; il fut seulement relancé, à la fin d'octobre, par le savant Oberlin, professeur et bibliothécaire de Strasbourg, qui lui écrivait pour réclamer un volume prêté à l'officier. Courier était parti si précipitamment en semestre qu'il avait oublié dans sa chambre beaucoup d'effets parmi lesquels, dans son désordre, il avait peul-être laissé le livre d'Oberlin. Comprenant combien sa négligence était coupable, il s’empressa d'écrire pour s’excuser.
Voici sa lettre’ que nous avons retrouvée au départe-
1 Cette lettre a été signalée par M. Joret dans la Revue d'Histoire dittéraire de la France (avril-juin 1906). Un épisode inconnu de la vie de P.-L. Courier. Nous avons copié la lettre sur l'original, et nous en reproduisons l'orthographe.
ment des mss. de la Bibliothèque nationale B. N. Allem. 193 :
Lettre de Courier à Oberlin.
Langeais, le 9 brumaire X[°.
Monsieur,
Je ne puis vous exprimer combien je suis surpris et en même temps affligé de ce que vous me marquez du livre que vous aviez eu la bonté de me prêter, et qui ne vous a point élé rendu, puisque vous me dites qu'il vous manque. Je ne puis savoir encore s'il a été emballé avec les miens, dont je n’ai point de nouvelles depuis que je les ai misàla Douane de Strasbourg. S'ils sont perdus, comme je le crains, et que vous ne relrouviez pas celui que vous réclamez, je m'en procurerai un autre exemplaire à Paris, el je ne manquerai pas de vous l’envoyer. Je croyais vous avoir rendu tous ceux que vous aviez bien voulu me prèter, hors le Scapula; encore comptais-je vous remeltre moimême celui-ci, si je n’élais pas parti avec tant de précipitation que je n'ai eu Le temps de rien faire. J'ai même oublié beaucoup d'effets dans la maison que j’habitais et le volume dont il s'agit pourrait y être resté. Mais ce n’est point à vous, Monsieur, de prendre ces informations. C’est à moi de prendre des mesures pour réparer promptement mon étourderie et faire en sorte que vous ne vous repentiez point de m'avoir obligé et secouru dans mes études avec une complaisance et une bonté que je n'oublierai jamais. J'attendrai si vous le trouvez bon que je sois plus certain du sort de mes livres pour vous renvoyer ou l’exemplaire qui vous appartient, ou un autre. Ceci ne peutse faire que quand je serai à Paris, où je compte me rendre dans peu.
Je vous prie d'observer que mon reçu, si vous l'avez, ne prouve pas que le livre ne vous aie point été rendu, car vous n'ignorez pas el vous pouvez encore voir, que j'ai négligé de retirer la plupart des recepisse que je vous avais