CHAPITRE VII
blâmé l'épisode de Thésée!, quilui semblait dépourvu pour les modernes de l'intérêt qu'il eut au regard des Athéniens; dans l'éloge de la beauté, il avait méconnu la part ajoutée par Courier au texte d'Isocrate. Autant de motifs de mécontentement pour le jeune auteur, dont la vanité, dès ce premier début dans la liltérature, éclate et se trahit. Il s'excuse des fautes de détail qu’on lui reproche en prétextant que son ouvrage n’est qu'une « vieille composition retouchée à froid ». Mais il ajoute avec une complaisance intrépide : « c'est beaucoup qu'il se trouve là-dedans quelque chose d'agréable ». Cette réplique dut ôter à Schweighaeuser l'envie de lui donner des conseils.
Aussitôt que Courier eut vu paraître son livre, il revint à la Véronique où sa présence était indispensable.
Déjà, le 27 ventôse (18 mars), il avait dû se faire représenter devant le juge de paix de Langeais. En effet, il appelait à comparaître devant ce magistrat le sieur Jean Choisnard?, notaire à Cinq-Mars,auquel l’année précédente, peu de temps avant la mort de Mme Courier, il avait prêté une somme assez ronde. Choisnard n'avait pu payer, à la date fixée, le montant du billet par lui souscrit et son irascible créancier lui envovait l'huissier. Le juge de paix ne parvint point à concilier les parties.
Revenu en Touraine peu de jours après, Paul-Louis invita Choisnard, toujours insolvable, à se présenter, avec son épouse, devant le notaire de Luynes François Odoux;, et il fit convertir le billet impayé en une obligation avec hypothèque sur la maison de Cinq-Mars et les deux jardins que possédait Choisnard. Le débiteur s'engageait à se libérer dans un délai de six mois avec l’intérêl à 5 0/0.
1 Le bon Schweighaeuser était loin de saisir l’allusion au Premier Consul.
? Archives de la justice de paix de Langeais.
3 Obligation par le citoyen Choisnard, 46 prairial an XI.
GascHer. ai
Jusqu'alors la famille Courier avait confié presque tous ses intérêts aux notaires de Cinq-Mars. Nous voyons Paul- Louis rompre avec la tradition et choisir pour homme d’affaires ce même Odoux, qu'il retrouvera en 1815 et ne quittera plus. Ce choix d’un notaire à Luynes est significatif; en effet, Courier va briser tous les liens qui l’attachaient encore à Cinq-Mars, où s’était écoulée son enfance, et où ses parents dorimaient leur dernier sommeil.
Cette maison de la Véronique, où les deux vieillards avaient terminé leur existence, il l’habite encore pour quelques jours, mais déjà elle ne lui appartient plus. Désormais, lorsqu'il songera au « pays »,il tournera ses. pensées vers la commune de Luynes, dans laquelle il conserve le beau domaine et les futaies de la Filonnière, avec la métairie de la Houssière, qui en fait partie.
C’est à un boulanger de Luynes précisément, le citoyen Bourdon, vieille connaissance de la famille ‘,que Paul-Louis vient de céder lelogis paternel. La vente en fut faite, dans l’étude de M° Odoux”, pour la somme de 22.000 francs. Courier se réservait tout le mobilier. Il dut Le faire transporter à la Filonnière, où se trouvait une habitation pour les maîtres, petite mais agréable, dénommée le Pavillon qui subsiste encore aujourd'hui. Bourdon prenait de suite possession des terres; mais il ne devait avoir la jouissance des bâtiments que deux mois plus tard; il s’engageait, sous l'hypothèque spéciale des immeubles acquis et sous celle de ses autres biens, à payer au vendeur la somme de 6.000 francs dans quatre mois, c’est-à-dire Le 31 juillet1803, et le surplus dans huit mois. Le premier versement eut lieu très exacte-
1 Nous avons vu Bourdon figurer à la prise de possession de la Filonnière.
? Vente par le citoyen Courier des lieux de la Véronique, la Guyotterie et dépendances au citoyen Bourdon et son épouse. 10 germinal an XI.