CHAPITRE VI
ment, comme en fait foi un reçu annexé à la minute de l’acte de vente. Le 18 pluviôse an XII, Bourdon versa six autres mille francs. Mais Courier qui, devenu chef d’es. cadron d'artillerie légère, allait rejoindre à Plaisance ne put obtenir le surplus avant son départ. L'affaire traîna de longues années, si bien que ce ne fut que le 3 novembre 1813, plus de dix ans après la vente, que Paul-Louis put donner à son débiteur mainlevée de l'inscription prise contre lui, au bureau des hypothèques de Chinon, le 29 messidor an XI.
Le congé de semestre accordé à l'officier au commencement de septembre 1802, était expiré, depuis longtemps; Courier l'avait prolongé autant qu'il lui avait été possible. Au moins, cette fois, de bonnes raisons ne lui manquaientelles pas; 1l avait bien employé ses loisirs. Surveillance des vendanges, administration de ses biens, poursuites contre ses débiteurs, vente de la Véronique, il y avait là de quoi occuper plusieurs mois un propriétaire; mais il avait joint à ces soins des travaux littéraires; la composi-
on du Ménélas et de l'Éloge d'Hélène.
Au début du mois d'août’, après avoir joui d’une permission de 41 mois, ayant enfin réglé toutes ses affaires et renouvelé en dernier lieu pour 9 ans le bail à ferme de la Houssière?, Courier ne put se dispenser de se rendre à Douai, où sa compagnie avait élé envoyée, pendant qu’il était en congé. Nous n'avons aucun renseignement sur ce séjour à Douai qui dura deux mois. Nous savons seulement qu'il retrouva dans cette ville M"° Pigalle, dont le mari occupait toujours les hautes fonctions d’administrateur général des étapes et transports militaires. Courier
1 Courier se trouvait encore à Luynes le 31 juillet 1803 (12 ther-
midor an XI). LE h 2 Etude de M° Odoux, notaire à Luynes. Bail du 2% prairial
an XI.
aimait beaucoup cette cousine. Reçu dans sa maison, à Paris, après la fugue de Toulouse, il y avait été fêté et choyé d’une manière telle qu’il s'était attaché davantage à elle. Mr° Pigalle était rieuse, enjouée, et Courier se plaisait à faire avec elle assaut de gaîté et de plaisanteries.
Elle contait avec grâce! : c'était un don de famille. Aussi appréciait-elle, de son côté, le talent avec lequel son cousin savait, lui aussi, narrer ses aventures, soit de vive voix, soit la plume à la main. Elle se montrait difficile et si Paul-Louis venait à lui écrire une lettre peu soignée ou terne, elle le raillait et lui reprochait son « style à deux liards ». Elle voulait « du style à vingt sous », c'est-à-dire du meilleur. Cette exigence d’une femme d'esprit nous a valu quelques-unes des plus jolies pages de son correspondant qui, plus d'une fois, se piqua. au jeu, et qui mettait d’ailleurs d'autant plus de coquetterie à la charmer par ses récils.qu'il espérait être mieux payé de retour. Les lettres de M"° Pigalle, quoique trop rares, lui apportaient, en effet, beaucoup d'agrément, ainsi qu’en témoignent ses réponses, surtout lorsqu'il était relégué au fond de la Calabre : « Répondez-moi bien vite, lui écrivait-il, vos lettres sont charmantes; j'aime fort à en recevoir » *.
Pendant les quelques semaines que Paul-Louis demeura à Douai, il est hors de doute que la maison de sa cousine fut son séjour favori”. Mille folies Les amusèrent : ils dansaient, jouaient aux « jeux innocents », inventaient des plaisanteries plus ou moins inédites‘; ils excellaient sur-
{ Pour être édifié sur son esprit et son entrain, relire la lettré que Courier lui adresse de Mileto, le 25 octobre 1806.
2 Hdit. Sautelet, t. Il, page 78.
* «Jeux innocents, petits bals et soirées du jardin, qu'êtes-vous devenus? » Sautelet [, p. 166.
{ « Ce n’est plus le temps de dom Bedaine, de madame Ventre-