‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 85 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

tout à se taquiner, à forger des sobriquets : Paul-Louis était toujours « lé cousin qui rit' ». M"° Pigalle s’entendait joyeusement appeler Mamselle Sophie. Elle avait un petit garçon de deux ou trois ans Alfred, l'aîné de la famille, que l’on surnomma le général Braillard. Toutes ces farces donnent le ton qui régnait dans les relations des deux cousins et montrent leur degré d'intimité. Elles se retrouvent d’ailleurs dans la correspondance de Courier qui devait garder de sa jeune el aimable parente le souvenir le plus affectueux et le plus gai.

Pourquoi donc quitta-t-il, au bout de deux mois, la ville de Douai où il avait trouvé tant d'agrément ? Que fit-il à Paris où il se rendit alors? Nous lignorons, cette période de sa vie n'étant éclairée par aucun document connu de nous. Une chose au moins est certaine, c’est qu’il s’employait à Paris en démarches auprès des généraux Duroc et Marmont.

Capitaine depuis plus de huit ans, il commencait à ambitionner un grade supérieur; déjà, il éprouvait de l’humeur à voir certains de ses camarades arrivés si haut lorsque lui-même en était encore aux premiers degrés de la hiérarchie militaire. Il faut tenir pour assuré que pas plus qu'un autre 1l n’était exempt d’ambition : à la vérité, il a protesté toute sa vie qu’il n’ambitionnait rien, ni la gloire littéraire, ni les honneurs du généralat, ni les grades, ni l’Académie : pourtant les faits l’ont démenti. Il est certain qu’il a fait des démarches fréquentes auprès de ceux dont dépendait son avenir”; après avoir démissionné, surtout

à-terre et de la dame empaillée ». Sautelet, I, p. 166. Ce sont des contes inventés par Courier pour divertir sa cousine.

1 M%° Pigalle avait désigné ainsi Courier, avant de savoir son nom, la première fois qu’elle l'avait rencontré dans une réunion de famille. Cela montre combien Courier fut enjoué dans sa jeunesse.

? Voir notamment sa lettre si pressante à un camarade bien

par dépit de marquer le pastrop longtemps dans son grade, il s’est intrigué pour être remis en activité, afin « d'atiraper de l'avancement » dans la campagne d'Autriche qui se dénoua à Wagram. D'autre part, il a déclaré qu'il n’avait pas plus l'ambition d'occuper un haut rang dans le monde de la science que dans l’armée; cependant il s’est présenté à l'Académie des inscriptions. Donc, il n’est pas d’une sincérité absolue ‘ lorsqu'il proclame son désintéressement et son indifférence pour les dignités que recherche la pauvre humanité.

Comment s'étonner dès lors qu'il ait éprouvé une amère déception à voir que la fortune s’obstinait à Jui refuser ses faveurs, tandis qu'elle poussait vers les hauts grades bon nombre de ses camarades, dont le mérile était loin de lui paraître supérieur? Le dépit l'amène peu à peu à dénigrer ceux qui onteu de l'avancement; sans doute, la fortune, qu’il incrimine, a eu d’indigaes favoris, mais les militaires que la Révolution avait mis au premier rang n’étaient pas tous, comme le déclare Courier, des ignorants et des sots. Pourtant, il ne veut voir dansses choix que l’injuslice et la méchanceté : « Pour moi, je crois la fortune plus maligne qu’aveugle. Car enfin, si elle n’y voit goutte, comment fait-elle pour ne jamais se rencontrer avec le mérite? »

C'est ainsi qu'il s'exprime, en cette année 1803, dansun opuscule intitulé Conseils à un Colonel, et c'est là l'opinion essentielle qu’il y développe :

« Ce n'est pasle cas de dire qu’on voit la médiocrité réus-

placé pour le servir, Sautelet, 1, p. 159. «Si cette campagne (Iéna} se fait encore sans moi, où diable veux-tu que j'attrape de l’avancement? »

! Nous employons celte formule atténuée, car il faut faire la part de la versatilité de Courier. [l pouvait se croire sincère quand il proclamait son désintéressement ; mais il était l’inconstance même.

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