CHAPITRE VII
lil s'en trouve quelques-uns qui possèdent des qualités communes, c’est le hasard qui les a fait réussir, car si leur mérite avait été conau, on les aurait certaine mentécartés, et Courier en cite des exemples.
S'il est choquéde l'ineptie des favoris que l’on fait avancer sans discrétion et sans mesure, il n’est pas moins frappé du talent réel de ceux qui restent en arrière. Parmi ces hommes de valeur si injustement sacrifiés, précisément à cause de leur mérite, il nomme le colonel Debelle qui vivait alors ignoré, enseveli au fond de la Bretagne. Les éloges qu'on lui décerne ne sont pas immérités. Pourtant Debelle ne put jamais dépasser le grade de général de brigade', ce qui donne raison à Courier.
Mais il faut reconnaître qu’il a moins à cœur de venger le mérite méconnu dequelques officiers d'élite que de railler les hommes choisis par Bonaparte pour occuper les premières places de l’armée. Il insinue même que si le maîlre emploie « son galon et sa broderie à couvrir une si grossière incapacité », plus malheureux encore doivent être ses choix dans les autres parties de l'administration qu'il connaît moins.
On peut regarder en somme les Conseils à un Colonel comme un premier crayon de Courier s'essayant, d'une manière pour ainsi dire inconsciente, dans le genre du pamphlet. On sent qu'il est doué de Pesprit satirique et qu'il a pris un prétexte quelconque pour déverser son fiel
1 César-Alexandre Debelle, né en 1770, enrôlé au 1° chasseurs à cheval(1789), sous-lieutenant en 1791, lieutenant en 1793, lieutenant adjoint aux adjudants généraux (1794), capitaine (1796), chef de brigade (1797), général de brigade(1®* février 1805). [I commanda le département de la Drôme pendant les Cent-jours, fut à la seconde Restauration, enfermé à la citadelle de Besançon, puis gracié en 1817. Mort en 1826. Note empruntée à M. Chuquet. Mémoires du général Griois.
sur le Premier Consul à propos de ce qui le touche de plus près : l'avancement dans l’armée.
L'impression générale qui se dégage de l'opuscule, c'est que, dès 1803, l’auteur est aussi anti-bonapartiste que possible.
Le style n’est pas encore aussi caractérisé que celui des Pamphlets qui ont fait la gloire de Courier. Il n’a pas cette brièveté hardie et sans article, ‘du Simple discours; mais déjà, à quelques points de vue, il marque un progrès sur le Menélas après la fuite d'Hélène. En effet, il donne moins l'impression de l'effort et du travail d’écolier. Les phrases ne sont pas scandées d’une manière aussi méticuleuse, et l’auteur nes’est pas astreint à donner à chacune d'elles l'allure d'une strophe, sans compter qu’il n’est plus asservi à l’imilation des poètes grecs ou latins. Toutefois, dans les Conseils à un Colonel la forme est aussi élégante que soignée : Ja trame du style est solide, beaucoup de propositions prenant naturellement la mesure du vers. Mais ici, c’est le vers de huit pieds qu’on rencontre à l’exclusion de celui de douze pieds.
En voici des exemples dès Le début :
Vous avez donc changé d'idée ?
Vous voulez donc décidément
Vous enrichir à votre tour ?
Vous sentant fait pour moissonner A pleines mains aussi bien qu'eux.
Oh ! que je vous connaissais mal !
Vous me paraissiez différent,
Je ne dirai pas simplement. …
Cela fait jusqu’à cinq vers de suite ! Je trouve encore un peu plus loin cette série de quatre vers dont l’un est imparfait à dessein pour laisser l'impression de la prose :