CHAPITRE VII
Ainsi votre cupidité
ne diffère de celle des autres :
Qu'en ce qu’elle est plus dédaigneuse et ne s’émeut pas pour si peu...
On voit que Courier a décidément adopté une façon d’écrire alerte et scandée qui contribue à donner du relief à l'expression. Il a découvert un des secrets de cette phrase saccadée où tout est mis en lumière et pour ainsi dire en valeur, qui fera plus tard le succès des Pamphlets. Certes, il y a autre chose encore dans le style de la Pétition pour les villageois d’Azay ou du Simple discours; je veux dire qu'on y trouve une élégance attique, une brièveté expressive, des traits courts et pénétrants, et, pour tout dire d’un mot, la maturité d'un talent que nous surprenons ici à son aurore. Mais enfin le pamphlétaire à l'apogée du succès n’a pas à rougir du jeune officier obscur de
Cette date des Conseils à un colonel nous fournit cette piquante remarque, que nous voyons Paul-Louis déblatérer contre les grands du jour, contre ceux que le 18 brumaire a faits des « Dieux mortels », au moment précis où il s'adressait à eux, pour obtenir de l’avancement grâce à leur crédit. Une note nous dit en effet que deux de ses anciens camarades s’employaient alors en sa faveur, Marmont et Duroc, ce Duroc auquel il ne reconnaît que le mérile de bien savoir « courir la poste ».
Ces deux dignitaires avaient au moins de la complaisance, car Courier leur dut d’être enfin nommé chef d’escadron, à la date du 6 brumaire an XI. Il fallait partir sans délai pour rejoindre à Plaisance le 1°" régiment d’arüllerie à cheval. Mais, fidèle à ses habitudes, Paul-Louis une fois qu’il fut en possession de son brevet ne se pressa nullement de se rendre à son poste. Il séjourna quelques mois encore à Paris, puis vint en Touraine, où le 18 pluviôse (7 février 1804) il se rencontrait à Luynes, en l'étude
de M° Odoux, avec Bourdon qui lui versait un nouvel acompte de six mille francs sur le prix de vente de la Véronique. Partienfin pour l'Italie, aussitôt après le paiement de cette somme, il joignit son corps le 1° ventôse an XIT:, c’est-à-dire quatre mois après en avoir reçu l'ordre *.
1 Le 1°" ventôse an XII équivaut au 21 février 1804. Les éditions donnent une date inexacte.
? Dépôt de la guerre. Archives historiques. Services successifs de M. Courier (Louis-Paul). chef d’escadron au {tr régiment d'artillerie à cheval. Ce document contient une erreur. Il fait remonter la nomination de Courier au 1°" vendémiaire an XII au lieu du 6 brumaire, date qui est attestée par une lettre du général Gassendi à Courier du 16 août 1804 (arch. administratives). Les éditions des œuvres de Courier donnent la date du 27 octobre, qui équivaut au 4 brumaire. Mais la date indiquée dans la lettre de Gassendi doit faire autorité.