COURIER A PLAISANCE
Le colonel d'Anthouard. — Demanelle. — Griois. — Son jugement sévère sur Courier. — Inexactitude de Paul-Louis, sa négligence. — Son peu d'aptitude pour les manœuvres de cavalerie. — Ses critiques contre l'artillerie montée. — Il entreprend toutefois de traduire les traités de Xénophon sur la cavalerie et l'équitation, et joint la pratique à la théorie. — Rivalité de d’Anthouard et de Demanelle. — Proclamation de l'Empire. — Le lieutenant Maire. — Courier accepte le faitaccompli avec une dédaigneuse indifférence. — Il reçoit le ruban de la Légion d'honneur. — Il ne peut se faire rappeler de ses appointements depuis le jour de sa promotion au grade de chef d’escadron. — Détaché à l’armée de Naples, il part pour Barletta et Tarente. La fortune semble lui sourire. |
Décidément conquis par Paris, où il retrouvait à chaque voyage ses agréables relations, le chef d’escadron n'avait pas envisagé sans ennui la perspective d’aller vivre dans une petite garnison des bords du Pô. Certes, son court séjour dans la Péninsule, en 1799, lui avait fait aimer lTtalie. Mais c'était Rome qui Pattirait, et Plaisance en est bien éloignée.
D'ailleurs, ce retour avait quelque chose de flatteur pour un Français qui, parti de Rome en vaincu, après la capitulation du général Garnier, et rapatrié sur un vaisseau anglais, allait rentrer en Italie avec la légitime fierté d'appar-
tenir à la nation victorieuse de l’Europe. Le Piémont, que traversa Paul-Louis pour rejoindre son régiment, était, depuis 1802, annexé à la France; et Plaisance même, où il venait tenir garnison, était devenue, à la même époque, une sous-préfecture du département francais du Taro, qui avait Parme pour chef-lieu. Un Français pouvait donc habiter cette partie de l'Italie sans sortir de chez lui.
Au nord et à l’est du Taro, s’étendait l’ancienne république cisalpine qui, en prenant le titre de république italienne, avait modifié ses institutions à l’image de celles de la France consulaire, et offert la présidence à Bonaparte.
Mais ces considérations, quelque flatteuses qu’elles fussent pour l’amour-propre national, ne durent guère toucher Courier qui vit dans Plaisance une ville morte et triste, dépourvue de bibliothèques, de musées et de moauments de l'antiquité. Privé des moyens de satisfaire ses goûts d’érudit, il se résigna, pour quelques mois, à vivre en militaire désœuvré, allant chaque jour, après l’exercice, faire sa partie de billard ! avec quelque camarade et courtisant les belles tout à loisir.
La garnison de Plaisance se composait tout entière d’artillerie. Elle comptait, outre le 1° à cheval auquel appartenait Courier, le 2° régiment à pied et quelques détachements du train°. L’arsenal de cette ville avait une grande importance : c'était, en quelque sorte, le parc général de l’armée d'Italie. Le colonel de Courier était d'Anthouard?,
1 À. M. N. Plaisance, mai 1804.
2? La plupart des renseignements sur la garnison de Plaisance sont empruntés aux Mémoires du général (riois publiés récemment avec de savantes notes et une introduction de A. Chuquet.
3 D'Anthouard de Vraincourt, né à Verdun le 7 avril 1773, élève de l’École militaire de Pont-à-Mousson le 4° octobre 1787, colonel le 5 juillet 1800, fut mis à la tête du 1°" d’artillerie à cheval le 30 novembre 1801. Général de brigade le 11 février 1806, il devint aide de camp du prince Eugène (6 juin 1809) et fut promu générat