‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 90 sur 264 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

qui joignait aux qualités d’un excellent officier de la finesse, du savoir-faire, et de l'esprit.

Un officier qui était à ce moment même placé sous ses ordres nous en a laissé ce portrait! : « Il est un peu ver- « beux et quoiqu'il s'exprime fort bien, on s'aperçoit qu'il « parle beaucoup. Il avait apporté un grand soin à rétablir « dans son régiment l’ordre et la tenue que les précédents « colonels avaient furieusement négligés ; mais il avait le « défaut de prendre assez facilement des impressions favo- « rables ou défavorables sur les militaires sous ses ordres, «et, ces impressions une fois prises, il en revenait bien « difficilement, si injustes qu'elles fussent souvent... Il « avait peu d'intimité avec le colonel Demanelle? ».

Ce Demanelle commandait l’autre régiment de la garnison, Le 2° à pied. Camarade de promotion® de Courier, il élait intimement lié avec fui. Quoique plus jeune de trois ans, il sut prendre sur lui, grâce à l’autorité du caractère, autant que par celle du grade, « un ascendant presque incroyable ». C'était d’ailleurs un excellent cœur : «il était

de division le 21 juin 1810. Successeur de Junot dans le gouvernement des provinces illyvriennes (1813), 1l fut nommé en 1814 inspecteur général d'artillerie. Sa carrière se continua brillamment sous Ja Restauration. C'était, au témoignage des contemporains, un homme distingué. Mais, suivant la remarque judicieuse de M. Chuquet, combien ne le connaissent aujourd'hui que par la lettre de Courier, citée plus haut : « Ce matin d’Anthouard nous assemble... »!

i Mémoires du général Griois.

2 De Juliard Demanelle, né le 20 octobre 1775 dans la Somme, élève sous-lieutenant (6 octobre 1792), lieutenant (1*" juin 1793), capitaine (12 décembre 1794), chef de bataillon (29 avril 1799), colonel (18 avril 1803). Mort à Plaisance au palais Mandelli (7 novembre 1805).

3 La promotion du 1° septembre 1792. Demanelle avait été reçu le second.

capable des sentiments les plus généreux » et les plus nobles.

Naturellement, il accueillit à bras ouverts son ancien condisciple de Châlons; il le logea près de lui, dans le palais Mandelli, où il habitait, et lui fit partager sa table, où Courier prit ses repas, à frais communs, tant qu'il demeura en garnison à Plaisance. Le nouveau venu trouva avec Demanelle un autre commensal. C'était Griois, major du 1°° d'artillerie à cheval. Quoique un peu plus jeune que Courier, Griois l'avait précédé sur les bancs de l’école, où il était entré comme élève sous-lieutenant au mois de mars 1792, etil se trouvait être sou supérieur, ayant été nommé major le 6 décembre 1803. Très dévoué à ses fonctions, très consciencieux, c'était un esprit net et positif autant que Paul-Louis élait rêveur et chimérique. Aussi, ces deux hommes ne devaient pas éprouver l’un pour l’autre un vif attachement. Tout en rendant justice aux facultés de Courier, à son esprit, à sa verve, à son savoir, Griois, dans ses Mémoires, s'est montré sévère pour l'officier : « Comme « militaire, écrit-il, il était absolument nul et son caractère « ni ses goûts ne pouvaient se plier à l'exaclitude du mé- «tier, non plus qu'aux études et aux occupations tant soit « peu routinières qu’il exige ».

IL est certain que les travaux d’érudition auxquels Courier se consacrail presque tout entier faisaient le plus grand tort à ses occupalions professionnelles. Chaque jour, il restait enfermé dans sa chambre jusqu’à midi, au milieu d’un désordre inextricable de papiers et de livres : pendant ce temps, il n'avait nul souci de son escadron. Quant à l'exactitude indispensable à ua soldat, nous avons trop souvent constaté qu'il en était incapable, soit qu'il demeuràt, même au milieu de la troupe, absorbé par ses réflexions et par le souvenir de ses lectures, soit plutôt qu’il dédaignât une qualilé qu'il jageait inférieure. Ajoutons qu'il faisait sentir parfois à ses camarades le mépris dont il

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