‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 9 sur 264 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Courier prirent leurs dispositions pour venir habiter la Véronique.

Comme le seigneur du Breuil allait être obligé de payer la taille, par suite de sa résidence dans un bien de roture ‘ et de s’acquitter de diverses charges de paroisse, il s’entendit, pour ne pas être taxé d’une façon arbitraire, avec le syndic de Cinq-Mars. Celui-ci provoqua, à la sortie de la messe, une assemblée des habitants de la paroisse, du moins de ceux qui formaient « la plus saine partie » de la population, et il en obtint que Courier serait « imposé à la taille moyennant 40 livres de principal, la « Capitation et accessoires à proportion », et qu'il serait « excusé de passer à la collecte ? ».

Ces précautions prises et toute crainte de fâcheuse surprise ou d’augmentation imprévue des impôts étant écartée, le père de Paul-Louis s'installa avec sa famille à la Véronique, dans l’été de 1778. Dès lors, il abandonna son domicile de la rue de la Galère à Tours, et il n‘alla plus guère au Breuil, qu'il devait revendre l’année suivante. Il vécut ainsi de longues années en Touraine se partageant entre l'éducation de son fils et les soins incessants et un peu monotones qu’entraine l’administration d'une propriété rurale.

Le principal événement qui vint troubler Pexistence si calme des époux Courier, ce fut la mort du grand-père de Paul-Louis, Jean La Borde survenue le 13 juin 1782*.

Cependant, M. Courier père ne négligeait pas les études

1 La Véronique relevait en roture de la Châtellenie de la Salle- César. |

2 Assemblée des habitants de Cinq-Mars, 2 août 1778. Extrait des minutes de Me Jean Thibault, notaire de la baronnie de Cinq- Mars-la-Pile. Et

3 Registre de la paroisse de Cinq-Mars-la-Pile pour l’année

de son fils. [l lui enseigna de bonne heure le latin. Peutêtre fut-il secondé dans sa tâche de professeur par le curé de Cinq-Mars ou son vicaire Berge. La Véronique élait assez rapprochée du bourg pour que l'enfant pâûtaller y prendre des leçons.

Mais'en admettant cette hypothèse, qui nous semble très vraisemblable, il n’en reste pas moins certain que M. Courier garda la direction des études de son fils. C’est lui qui lui inspira de bonne heure un goût si vif pour la littérature classique. Quant aux langues mortes tout prouve qu'il était en mesure de les enseigner. N'availil pas traduit de la Vulgate latine la paraphrase célèbre du Psaume Super flumina Babylonis ? L’élégance de cette version en vers français ? nous montre qu'il pouvait être un excellent professeur d’humanités.

Cependant, ce n'était pas vers la carrière des Lettres qu'il comptait diriger son fils; il avait l'esprit trop positif, trop utilitaire, pour ne pas leur préférer les sciences, qui permettent plus aisément à un jeune homme de parvenir àune situalion avantageuse.

Il forma donc de bonne heure, le dessein de diriger Paul- Louis vers la carrière du génie; il comprenait, en homme avisé, que cet art, où s'étaient illustrés les Vauban et les Gribeauval, était appelé à jouer un rôle prépondérant dans la conduite des guerres modernes.

Dès Lors, il fallait songer à faire faire au jeune homme de fortes études de physique et de mathémaliques, et pour cela le conduire à Paris. Ce projet ful mis à exécution.

Toutefois, jusqu’à l’âge de douze ans et demi, le jeune Paul-Louis put à son aise se livrer aux jeux de son âge.

‘ Armand Carrel et les autres contemporains de P.-L. Courier attestent que ce fut son père qui lui donna « ce goût si pur de l'antiquité qui respire dans ses écrits ».

2 Édition Paulin (1834), IV, 421.

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