‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 91 sur 264 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

élait plein pour « des gens en uniforme, fumeurs de pipes, traineurs de sabres! ». Il avait pitié de leur activité, tournée en temps de paix vers des objets si médiocres, et même de leurs distractions si peu relevées?, longues et copieuses beuveries, parties de cartes interminables.

On pouvait aisément deviner ces disposilions quelque peu dédaigneuses sous la jovialité d’un officier d’ailleurs bon camarade et aimable causeur; qu’on s’en aperçût, et cela suffisait pour qu’en retour on se montrât sévère à son égard sur le chapitre des aptitudes militaires.

Pour l'inexactitude, il faut avouer que personne ne l’égala jamais : et ce défaut devait choquer vivement des hommes élevés dans le métier des armes. Mais en réalité Courier n’était pas plus #w/ que nombre d'officiers de carrière* servant à côlé de lui, qui d’ailleurs ne savaient point de grec, avaient peu de littérature, et n'écrivirent ni les Pamphlets ni la Lettre à Renouard. On l’a jugé sans indulgence parce qu’avec des facullés supérieures il se mettait trop cavalièrement au-dessus des détails vulgaires, mais importants toutefois, d’un métier qui était Le sien.

Car Griois ne fut pas le seul,au 1° d'artillerie légère, qui appréciât Courier avec cette sévérité. L'adjudant-major Noël, depuis colonel, le regarde aussi comme un médiocre officier et assure qu’il n’était pas militaire du tout, qu'il s’absorbait dans ses bouquins grecs*. « D’Anthouard, dit-il, me chargea de lui apprendre la théorie des manœuvres de

1 À. M. Dansse de Villoison, Barletta, 8 mars 1805.

? À Sainte-Croix, Mileto, 12 sept. 1806. « Je ne regrette que mon Homère. C'était ma société, mon unique entretien ...; mes camarades en rient. Je voudrais bien qu'ils eussent perdu leur dernier jeu de cartes, pour voir la mine qu’ils feraient ».

3 Tous les livres de Mémoires {Marbot, Griois, Gonneville, de Ségur, etc.) citent des officiers sortis du rang, arrivés grâce à Ja Révolution, dont l’incapacité militaire était prodigieuse.

4 Souvenirs militaires d’un officier du Premier Empire, page 32.

Gascet. 12

cavalerie, et je ne pus lui faire entrer dans la tête les premiers éléments ».

On sera surpris qu’il se soit montré écolier si rétif, lui qui devait traduire et commenter les traités de Xénophon sur la cavalerie et sur l'équitation; projetiqu’il forma dès cetle époque”.

A la vérité, les manœuvres à cheval étaient choses toutes nouvelles pour un officier n’ayantjamais servi que dans l'artillerie à pied : Griois lui-même avoue qu’en arrivant à Plaisance il dut faire son apprentissage ; mais il se soumit de bonne grâce à cette nécessité et devint bon officier de cavalerie. Au contraire, Courier, incapable de se plier aux idées des autres et de revenir de ses préjugés, ne put jamais admettre que l'artillerie fût un corps de cavalerie; il ne voulut voir dans l’arlillerie à cheval, récemment organisée, qu’une arme bâtarde. Cette opinion, qu'il eut la maladresse d'affirmer un jour devant le général Sorbier, devait lui faire un ennemi de cet Inspecteur, qui le nola fort mal.

J'élait faire preuve d'une singulière élroitesse de vues et même d’un véritable esprit de routine que de ne pas comprendre les services que l'artillerie montée était appelée à rendre. Les événements ont donné tort à Courier : dans les guerres de Napoléon, et depuis, l'artillerie est

allée se rapprochant de plus en plus de la cavalerie; par”

suite, son action est devenue plus décisive en étant plus rapide. Quant à l'artillerie à pied, dès iors supplantée, rendue inutile sur le champ de bataille, elle. s’est trouvée réduite au service des places fortes.

Si Courier ne put apprendre avec le capitaine Noël la

théorie des manœuvres de cavalerie, telle qu'on l’enseignait alors, ce n’est pas qu’il eût de l’aversion pour lexercice du cheval. Bien au contraire, le traducteur des traités

1 Note des Lettres inédites. Édit. Sautelet, t. I, p. 201.

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