CHAPITRE VIII
de Xénophon goûtait fort l'équitation; les notes de son livre nous le montrent écuyer consommé et fort attentif à ce qui concerne l'élevage, le dressage, les soins à donner aux chevauxt. Griois lui rend d’ailleurs celte justice qu’il était excellent cavalier et qu'il « maniait fort bien ses chevaux », quoiqu'il se servit au lieu de selle et de bride d’une simple chabraque et d'un bridon. C’élait encore une facon de se comporter en vérilable disciple des Grecs, qui montaient, on le sait, sans étriers?; mais c’élait aussi, au point de vue de ses camarades, une nouvelle excentricité, aux yeux de ses chefs, une sorte d’incorrection.
On ne fut pas peu surpris, dans la garnison de Plaisance, lorsqu'on vit le nouveau chef d’escadron chevaucher ainsi au mépris de tous les règlements militaires. Ce qui déconcerta davantage ses amis et déplut fort au colonel d’Anthouard, ce fut la prétention qu'il afficha de se contenter, pour ses exercices d'équitation, des chevaux du régiment ou de ceux que ses camarades consentiraient à lui prêter. D'Anthouard le somma « d'acheter au moins un cheval* ». Il s’y refusa, et personne ne douta que ce ne fût l'effet « d’une économie qui allait jusqu'à l’avarice », d'autant plus qu'il ne se faisait pas faute de toucher, bien que privé de monture, « le prix de deux rations de fourrage auxquelles il avait droit* ».
Pour le moment d’Anthouard ne put sévir, mais il cou-
1 Du commandement de la cavalerie et de l'équitation. Paris, Eberhart, sans date (1813), page 54. On verra que pendant son séjour à Bari, dans les mois de juillet, août et septembre 1805, Courier expérimentait sur ses propres chevaux, les méthodes préconisées par Xénophon.
2 «11 montait sans étriers et courait ainsi dans les rues de Naples, sur les dalles qui forment le pavé ». Note des lettres inédites, Édit. Sautelet, tome I, page 201.
3 Griois, op. cit.
* Ibid.
cutet garda de son subordonné une impression peu favorable; cependant Courier, par sa négligence et surtout par ses imprudences, n'allait pas tarder à lui donner de nouveaux molifs de mécontentement.
Il existait une profonde rivalité entre les deux colonels d'artillerie qui commandaient les régiments de Plaisance ; un fait nouveau venait de l’aceroître au moment même où Courier arrivait au 1%. Demanelle, plus jeune que d’Anthouard et moins ancien de grade, avait obtenu du général Jourdan, chef de l’armée d'Italie ‘, le commandement de la place de Plaisance qui était devenu vacant par le départ du colonel Faultrier. Cette situation, non seulement honorifique mais fort avantageuse, était enviée par d'Anthouard?, auquel elle aurait dù revenir. Il en résulta que son collègue lui devint encore plus antipathique que par le passé; il ne put voir avec plaisir un de ses officiers faire, comme Courier, sa société intime de Demanelle, Il put peuser qu’en affichant avec lui une liaison aussi indissoluble on avait quelque intention de lui déplaire ou de le braver.
Courier, mauvais courlisan à son ordinaire, ne pensa même pas que son colonel pût prendre ombrage de ses relations si cordiales avec le chef du 2° régiment à pied. Pour l'instant, il était tout au plaisir que lui procurait cette société; la table présidée, au palais Mandelli, par le jeune colonel était en effet fort gaie. Il était rare, nous dit Griois, que quelque comte ou marquis italien ne vint pas assister à nos repas comme spectateur. «€ Ils prenaient volon- «tiers le café avec nous et payaient leur écot par les
! Jourdan devint général en chef de l’armée d'Italie le 25 janvier 1804. Il fut promu maréchal de l'Empire le 19 mai de la même année.
? Demanelle ne l'avait obtenue qu'à la condition de donner à d'Anthouard une partie de son indemnité.