‹ La Jeunesse de Paul-Louis CourierChapitre 94 sur 264 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

au milieu de jeunes officiers qui s’elforçaient de jouer les Alcibiade.

On comprend dès lors qu'à part Demanelle, qui le connaissait de longue dale, il n'ait eu aucun ami intime parmi ses commensaux. Îl y rencontrait pourtant de vieux camarades, comme Tugny‘, son ancien collègue du 7° d'artillerie à pied, qu'il devait bientôt retrouver à Naples. Mais aucune sympathie particulière ne l’unissait à cet officier, non plus qu’à Griois. Ce dernier, à la vérité, fut toujours incapable de haine ou de mauvais sentiments”. Mais il a laissé sur Courier un jugement plutôt sévère ; sans compter qu'il a montré pour lui une réelle indifférence. En effet, il nous le décrit tel qu'il le vit arriver à Plaisance en 1804. Mais plus tard, en 1806 et en 1807, à l’armée de Naples, il le retrouve à chaque pas. Il fait, à côté de lui, la campagne de Calabre sous les ordres du général Reynier; il le voit à Morano, il se trouve près de lui à ce bivouac, où l’on grelotte, tandis que le général « griffonne l'histoire d'aujourd'hui », il le reacontre tous les jours à Monte-Leone, puis à Cassano. Et cependant nulle part il ne daigne le remarquer; or, dans cette armée, Courier était après Griois la plus haute personnalité de l'artillerie. Est-ce parce qu'il faisait un service d'état-major que Paul-Louis a été oublié? C’est plutôt parce que Griois avait peu de considération pour ses talents. Courier, de son côté, ne parle de lui qu’une fois dans ses lettres’, et le ton nous prouve qu'il redoutait Griois et n’était guère à l’aise avec lui.

! Gondallier de Tugny, né en 1770, chef de bataillon en 1802, était alors major du 2° à pied sous les ordres de Demanelle. Il devint général de brigade au service de Naples.

2 De tous les officiers avec lesquels il a servi, et dont il parle dans ses Mémoires, Griois n’a jamais détesté que le général La Martillière.

3 On connaît la lettre par laquelle Courier annonce à son major

C’est lorsqu'il subissait à Vérone des arrêts de rigueur qu’il écrit à Haxo : «Le colonel Faure m'a traité on ne peut pas mieux... Malheureusement, il s’en va et me laisse sous la patte du major, avec lequel je serai peut-être un peu moins à mon aise ». On voit que Courier trouvait à Griois la poigne un peu rude : et il était trop intelligent pour ne pas sentir que l’autre le jugeait un mauvais offi- Crèr:

Un matin du mois de mai, d’Anthouard assembla les officiers de son régiment el, «sans préambule ni péroraison », il leur demanda, suivant les ordres qu'il avait reçus, de faire connaître s'ils désiraient un empereur ou la république. Courier, qui raconte cette scène, en rend la physionomie exacte, selon le témoignage de Noël. Le colonel exposa la situation sans essayer aucune pression sur ses subordonnés. Sa «harangue » se ramenait donc à peu près à ceci : «un empereur ou la république, lequel est le plus de votre goût? Comme on dit rôti ou bouilli, potage ou soupe, que voulez-vous? »

* Les paroles de d’Anthouard furent suivies d’un silence général, chacun comprenant la gravité de ce qu'il allait dire ou faire, et beaucoup craignant surtout de se compromettre. Enfin, un lieutenant nommé Maire! eut le courage de se lever et de déclarer qu'il ne voulait pas d'empereur.

qu'il a donné sa démission (Éd. Sautelet, t. [, p. 289); un certain ton de camaraderie, mais rien de particulièrement cordial dans cette lettre d'adieu.

1 Nous avons trouvé la signature du lieutenant Maire parmi celles des membres du conseil d'administration du 1° à cheval, dans un document du 11 mars 1806. Dépôt de la guerre. Sect. Hist. Né en 1773, lieutenant en 1800, capitaine en 1806, Maire avait été détaché à l'École d'équitation de Versailles, dont les élèves étaient hostiles au gouvernement consulaire. Cet officier donna d’ailleurs sa démission en 1810. Voir la belle introduction des Mémoires de Griois par M. Chuquet, page xxx.

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