DÉPART POUR L'ARMÉE DE NAPLES
Séjour à Parme. — Grave indélicatesse commise par Courier à la bibliothèque de Parme. — L'acte d'accusation du bibliothécaire Angelo Pezzana. — Départ pour Reggio. — Rencontre de Lamberti. — Sympathie de Courier pour cet érudit doublé d’un poète. — Caractère de son talent. — Arrivée à l’armée de Gouvion-Saint-Cyr. — Le royaume de Naples et l'occupation française en 1804-1805. — Opérations autour de Padoue. -- Victoire de Castelfranco, 24 novembre 1805.
Parme fut la première étape de ce charmant voyage vers Barletta. La bibliothèque de l’Académie, située dans le palais ducal, ne pouvait manquer de retenir quelques jours un lettré à la recherche de manuscrits grecs. Mais, afin d'y être mieux accueilli, Courier qui aimait à jouir au milieu des livres d’une liberlé absolue, avait eu soin de se faire recommander au directeur de ce dépôt par l’administrateur général des États de Parme et de Plaisance, un Français nominé Moreau de Saint-Méry, qu'il avait déjà rencontré à Plaisance’ et avec lequel il entra en relations.
Moreau de Saint-Méry venait souvent à Plaisance, où il recevait la visite des officiers supérieurs de la garnison. Griois, qui l’a bien connu, raille sa présomption et sa fatuité. Il avait été député
Gasener. 13
La direction de l'important «dépôtscientifique » de Parme venait d’être confiée par le gouvernement au savant bibliographe Angelo Pezzana. Celui-ci dut, bon gré, mal gré, donner libre accès auprès de ses livres à un voyageur patroné par un personnage tel que Moreau de Saint-Méry. Mais il avoua plus tard que, sans douter de son honorabilité, il ne pouvait voir d’un bon œil la liberté indiscrète avec laquelle cet étranger se permettait de fouiller dans les armoires. C'est pourquoi il recommanda à ses employés. de ne jamais le perdre de vue‘. Sur ces entrefaites, il tomba malade et Courier, débarrassé d’une surveillance importune, put à son aise compulser les merveilles typographiques de Bodoni et les manuscrits grecs, plus précieux encore à ses veux.
Il profita surtout de cette riche bibliothèque pour faire des recherches et des lectures sur Xénophon. Lorsqu'il résidait à Rome, sa curiosité d’helléniste l'avait poussé à déchiffrer deux manuscrits de cet auteur appartenant à la bibliothèque Vaticane. Plus tard, à Paris, il en avait déchiffré deux autres. Il y en avait d’autres à Florence, qu'il se proposait de collationner quelque jour. En attendant, on sait que depuis son passage dans l'artillerie à cheval, l’idée s'était précisée chez lui de traduire deux traités de Xénophon relatifs à l’art de l’équitation et au commandement de la cavalerie. Il se flattait de pouvoir expliquer à des savants ce qu'on ne saurait connaître que lorsqu'on vit comme lui dans les casernes et les écuries. Mais il s'était trouvé à Plaisance dépourvu des ressources nécessaires
de la Martinique, son pays natal, aux États généraux. C’est en 1802 qu'il était devenu administrateur général de Parme.
! Pezzana se montre d'autant plus inquiet pour ses livres que, par suite de la négligence de ses prédécesseurs, une bonne moitié n’était pas cataloguée. Lettre inédite à del Furia. Parme, 12 juillet 1810. Voir appendice VII.