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les événements et surtout se!on la bienveillance du Roi. Ils choisiraient plutôt la guerre, si la défiance royale ne défendait aux cadets de s’illustrer, de se montrer à l’armée et aux provinces. Plus le souverain s'éloigne de ses sujets par une étiquette asiatique, moins les princes et les grands peuvent s’approcher des soldats et des peuples, par des campagnes et des voyages. Eux aussi doivent se figer dans la représentation, simples officiants du culte royal. « Dans les monarchies, l’homme qui a de l’énergie n’a souvent d’autres ressources que les plaisirs. » Ce mot désenchanté de Sénac de Meilhan! explique le destin de la noblesse française, du jour où la monarchie toute puissante a supprimé les luttes et les troubles où se formaient les caractères, où se dépensaient les tempéraments. La pire inquiétude pour l’homme bien né est de ne pas trouver son emploi. La monarchie mourut d’avoir négligé l'énergie de sa noblesse. Les princes d’Orléans se sont livrés d’autant plus aux plaisirs que les aînés régnants multipliaient leurs ressources et leurs moyens, voulant suppléer par les richesses et les apparences de grandeur aux réalités qu’ils leur refusaient dans le gouvernement et à l’armée. :
Les femmes ont sauvé la Maison qui risquait de s’anéantir dans la mollesse. Chacune d’elles compte, soit par la santé et la vertu, soit par la force de l’esprit et la grâce. L’heureuse alternance dans les mariages de l’Allemande et de la Française servit la lignée à l’insu des calculs matrimoniaux. L'une renouvelle et rafraîchit le sang, l’autre pourvoit aux grâces du corps et de l’esprit. L’Allemande recrée le type et l’épaissit, la Française l’affine à nouveau, lui rend l’air de chez nous. La branche d'Orléans reste plus nationale que la branche aînée, trop fournie de sang étranger.
Dès la tige même de la race, les héritiers du nom d'Orléans tiennent fort de la mère. Il semble que le père n’ait plus une nature assez franche, assez vive pour l’imposer dans l’hymen et la transmettre à son rejeton.
Vis-à-vis de Monsieur, joli, féminin et vicieux, Madame, la
1 Considérations sur l'esprit et les mœurs, Londres, 1787, p. 106.
Palatine, robuste et dodue, respire la santé, l'honnêteté ; virile autant que son mari est efféminé, elle déborde de bon sens et de vertu grognonne. On respecte en elle une personne consistante, sûre, tout d’une pièce, fidèle dans l’amitié comme dans la rancune!. Trop entière, plus estimée qu'écoutée, cette rude Allemande n’agit guère sur les affaires de la Maison. Si elle transmit à son fils le Régent son embonpoint, son visage large et haut en couleur, son menton à replis, sa gaucherie à la danse, ne lui doit-il pas cette valeur franche et modeste, ce ressort qui parfois le redressait et laissait tout espérer de lui?
Avec M? de Blois, s’insinue dans le sang d'Orléans l’orgueil espagnol de Louis XIV, l’esprit et la folie des Mortemart. Du grand Roi, elle tenait quelque esprit d'ordre, des Mortemart plus de hauteur et d’esprit que de beauté, assez belle cependant au regard des autres femmes, mais laide aux yeux de sa mère et de sa tante qui lui reprochaïent sa disgrâce. Née et élevée en cachette, elle resta jusqu’à son mariage la plas délaissée et la plus maussade de ces enfants illégitimes. Elle modela à son image le visage et l’âme de son fils Louis d’Orléans, qu’elle aimait avec passion autant qu’elle négligeait ses filles. Une sympathie les unissait elle et lui, égale à l’antipathie qui les séparait l’un et l’autre du Régent. Yeux bridés, nez fin, bouche menue, les traits sans proportions de la mère se retrouvent chez le fils taciturne, frêle, mince de taille, né fatigué*.
Mais, plus haute que tendre, entêtée de sa naissance, elle se souciait moins de son fils et de la Maison où elle était entrée que de son droit de bâtarde. Son esprit si délié, qui se possédait dans les plus vifs mouvements de l’âmeÿ, servit peu à son frèrele duc du Maine qu’elle préférait aux siens, encore moins à son fils dont l'intérêt s’effaçait devant son propre orgueil#. Par sa longue vie, par l'autorité qu’elle garda jusqu’au bout
? Saint-Simon, XI, 204.
* Voy. Bibl. Nat. Est. collect. Hennin, le portrait de Mie de Blois le jour de son mariage avec le due de Chartres et, de Louis d'Orléans, le portrait peint par Ch. Coypel, gravé par P. Drevet.