SAINT-SIMON, I, 19; XII
princes d'Orléans, fatigués de la représentalion et de la gène, s’éprennent de la vie privée et familière. Louis le Pieux et Louis-Philippe le Gros abdiquent presque, de leur vivant, titres et honneurs : l’un se retire au couvent à Sainte-Geneviève, l’autre à la campagne, à Sainte-Assise.
Leur cour s’embourgeoise. Ils vivent en famille, plus encore: que le roi, la reine et leurs enfants séparés malgré eux et retenus par l'appareil royal, Aussi échangent-ils les embarras de la représentation pour les tracas domestiques. Les querelles de ménage, les brouilles, la petite guerre de mari à femme, de père à fils, de mère à fille, de bru à belle-mère troublent sans cesse le Palais-Royal et Saint-Cloud de cancans et d’éclats. Ils s'aiment au demeurant, se soignent dans la maladie et, quand vient la mort, ils pleurent comme de petites gens. Monsieur et son fils s’aimaient tendrement ; le Régent s’installait nuit et jour au chevet de sa fille préférée, couchée par la fièvre: quand il voit sa mère moribonde, il ne la quitte point et he dvi amèrement, bien qu'il se souvienne encore des verges qu’elle lui avait appliquées. En octobre 1732, Louis le Pieux prend la petite vérole auprès de son fils qu'il avait tenu à garder lui-même? ; en janvier 4749, sur le désir de sa mère qui vient de recevoir l’'Extrême-Onction, il cède à son entêtement et embrasse son fils en disant : « Maman le veut. » Louis-Philippe le Gros veille sa femme infidèle, attaquée de pelite vérole (février 1754) ; il ne la laisse que deux heures par jour, le temps de sa promenade hygiénique et la duchesse, touchée, le remercie de ses soins et lui demande pardon de ses fautes {, Ces tendres affections, sujettes à l'humeur et aux brouilles, rapetissent nos princes et les rapprochent du peuple qui les préfère à la branche régnante.
Pour ces princes bourgeois qui languissent dans l’inaction ou la retraite, la grande affaire est de se distraire, d'occuper le temps. Quand manque la chasse ou l'amour, ils réclament de leurs familiers la vie et l’amusement. Des goûts ornent ce
!{ SaINT-SIMON, LIL, 31 et XIX, 86.
*-BargBier, I 466.
* Luynes, IX, 302,
BaRBier, IV, 7 et D'ARGENSON, VIII, 240.