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naîtront ni grands ni nobles, ne lui refuseront-ils pas le respect qu’il marquait aux misérables.
Le duc d'Orléans et le duc de Penthièvre se ressemblaient par l’âge, la bonhomie et la tendresse. Mais le duc de Penthièvre avait su occuper son veuvage par la continuité des petits devoirs exactement remplis: amiral, grand veneur, gouverneur et lieutenant-général de Bretagne, il s’acquittait avec soin de ses hautes charges. Le souci de la ponctualité l'avait mème conduit à la passion de l'horlogerie ; il possédait une belle collection de montres et de pendules‘ qu’il travaillait à mettre d'accord, symbole des diverses occupations qu'il menait de pair. La dignité de sa personne et de sa vie, nette, ordonnée, minutieuse, commandait des égards. Toutefois ce prince légitimé, d’un autre âge et d’autres mœurs, ne pouvait prendre autorité sur un gendre fier de sa naissance, livré au monde et intraitable sur ses caprices. Le duc de Chartres respectera et ménagera son beau-père, dont il espère
recueillir les charges et les biens : il ne le consultera point.
Les vertus des :Penthièvre, inutiles au gendre, le laisseront abandonné à lui-mème, surtout à d’autres, plus enjôleurs et plus agissants. L’estimable dot morale que M"° de Penthièvre apportait au duc de Chartres, — et qui pouvait conjurer les maléfices cachés dans sa dot solide, aliment d’intrigues et de convoitises, — reste inefficace. Faible et timide autant que son père est neutre et réservé, elle ne pourvoit son mari que d'argent.
Une femme de tête eùt convenu plus qu’une enfant sensible à ce duc de Chartres que la cérémonie et les réceptions du mariage venaient de livrer aux commentaires du public. Il avait reçu les grâces du corps et de l’esprit : grand, bien tourné, la jambe belle, il était fait pour plaire. D'une prestance singulière aux heures de représentation, il se montrait d'ordinaire simple et leste de manières?. Des yeux noirs’, bien fendus sous l’arc du sourcil, égayaient d’une lueur d’espièglerie son visage aimable et plein. Le front uni, un
1 H. Bonuxomme, Le duc de Penthievre, p, 107.
# Monrote, 0p. cit., I, 71 sq.; Genus, Mém., II, 180. 5 RouzerT DE FOLMON, op. cit., I, 40.
peu fuyant, sans pli de réflexion ni ride de volonté, le nez charnu, prêt à bouffir sur la bouche épanouie que relevait aux coins la malice du sourire, le menton gras et plissé, tous les traits mous, comme détendus, indiquaient l’oisif de grand air. Alors ses vingt-deux ans trépignent: il ne songe qu’à s’ébattre, comme un poulain lâché. Il excelle à tous les exercicés : adroit et gracieux cavalier, vigoureux escrimeur, danseur charmant et le seul homme qu’on regardât volontiers! aux quadrilles de la Dauphine et de la Reine, tandis qu’on riait de la gaucherie du marquis de La Fayette. « Tout ce qui reste de l’ancienne cour de France, écrivait plus tard Talleyrand, regrette dé l’y avoir applaudi, dansant des béarnaises dans le costume d'Henri IV ou faisant des pas nobles avec les habits de fête que les jeunes gens portaient à la cour de Louis XIV. » Hardi chasseur, il garde son sang-froid et son agilité dans les pires dangers : tombé sous le boutoir d’un sanglier, il s'échappe prestement comme un toréador. Il aime le mouvement, le bruit, les chiens, les chevaux, les traîneaux, les voitures, les courses imprévues, les randonnées de chasse qui dévorent le temps et l’espace.
Cette agitation inlassable annonce un esprit inquiet, impatient de se dissiper. « M. le duc de Chartres .... est comme le mercure qu’on ne peut fixer?. » Sa pétulance le mène de l’enfantillage à la gaminerie, du badinage à la facétie, de la désinvolture à l’effronterie. Il ne supporte qu'avec dépit toute obligation, toute contrainte ; il peste contre les programmes tracés d'avance, qui ajournent ou exelüent le caprice, 1! chérit l’aventure, le désordre qui surprend ou embarrasse autrui et charme la monotonie des jours désœuvrés. Volontiers il choquera les usages reçus, non par mal-
4 Me du Déffand à H. Walpole, 25 janvier 1767. 2 Cozré, Journal, juin 1767.
* «. Car vous ne vous plaisez que dans le désordre. Si cela est, ne revenez pas ici car, je vous le répète, c’est une paix profondé, une douceur charmante et des attentions continuelles... » lui écrivait de Forges M": de Genlis, le 23 juillet 1772, Et le duc de Chartres mandait de Chantilly à son amie, le 4 août 1772 : « .… D'ailleurs, la vie qu’on mène ici est beaucoup plus agréable, dépuis que ma sœur est accouchée, qu'elle ne l'était auparavant, On n'est point obligé de se proméner: on fait ce qu’on veut, »
EN MÉNAGE aa
Veillance, mais par goùt du changemeït qui l’amuse. Rien ne lui plaît tant que de festoyer le vendredi saint ou d'organiser une partie bruyante pour le premier jeüdi de carème‘. Ne faut-il pas trouver des plaisirs nouveaux, varier ja vie à tout prix ? De là ce mélange d’espiègleries et de farces, de paris püérils et de folles gageures, de fantaisies baroques ou intelligentes qui composent la vie émiettée de Louis-Philippe- Joseph et fournissent de riens badauds et nouvellistes.
Les facéties du jeune prince font anecdote; on les conte à plaisir dans les cafés et sur les promenades. A la fin de décembre 1768, le comte de Fitz-James, viveur des plus fringants, épousait Marie-Claudine-Sylvie de Thiard et déclarait au duc dé Chartres qu'il tenait à se ranger. Le prince l’invita à enterrer sa vie de garçon pour dire adieu à leurs « coquines » el il lui offrit le souper des veuves dans un appartement tendu de noir, où le fiancé rencontra trois demoiselles voilées de crêpe et dans le-plus grand deuil. — En juin 177,4, la duchesse de Bourbon, qui devait recevoir dans sa maison de Vanves la duchesse de Chartres et la princesse de Lamballe, refusa d'admettre aucun homme à la partie, malgré l’insistance de son frère. Au jour dit, l’on annonça aux trois princesses réunies le passage d’un dompteur avec son tigre ét son ours. Elles consentirent à les voir: les animaux commencèrent par quelques gentillesses puis, soudain, pris de fureur, brisèrent leur chaîne et montèrent au château. Les spectatrices s’enfuirent, épouvantées. La valetaille avait le mot : c'était l’heuré du diner. Les fauves s’attablèrent et firent avertir les princesses qu'ils dévoreraient tout Le repas, si elles n’arrivaient aussitôt. Après maintes singeries, le duc de Chartres dépouilla la peau d'ours, le comte de Fitz-James la robe de tigre ; leur conducteur, M. de Thiard, posa son fouet et les mystifiées rirent tout de bon.
Cette espièglerie faisait attribuer au jeune prince les farces anonymes. Le jour de la Purification de 1712 (2 février), le Roi avait laissé espérer jusqu’au dernier instant qu’il nommerait dix cordons bleus. Il n’en fut rien: il s’amusait des
1 Bach., 24 février 1776.
brigueurs. A minuit sonnant, l’on vit entrer au bal de l'Opéra une troupe de dix masques, dont le nez s’allongeait démesurément. À chaque trompe pendait un ruban bleu et sur les larges narines l’on pouvait lire : chevalier des Ordres du Roi. Cette mascarade narguait les ambitieux déçus, l’on en rechercha l’auteur et l’on désigna généralement, en désespoir de cause, le duc de Chartres, dans la pensée que lui seul ou quelqu'un de son rang avait pu braver la rancune des vanités ainsi écorchées.
Les passe-temps les plus futiles retenaient le prince, embarrassé de ses loisirs. Il se prend de goût pour Comus, le joueur de gobelets, et suit ses leçons. La chronique rapporte que, le mardi 21 juin 1773 de neuf heures du matin à trois heures
de l’après-midi, il est resté chez l’escamoteur à répéter des.
tours. L'on saisit Le parti que la malignité pouvait tirer de ce caprice contre un joueur assidu. Le jeu sévissait alors plus que jamais dans la haute société, commeune industrie secrète que cachait mal la politesse. Hommes et femmes de qualité en attendaient des ressources, comme naguère du parfilage. La vie de Versailles et de Paris délabrait les fortunes ; il fallait soutenir son rang, vaille que vaille. Le besoin, aggravant les risques, excitait d’âpres convoitises, talonnait la passion des mondains. Le duc de Chartres jouait comme un démon, attirait à sa table les plus gros joueurs. Le lansquenet, le cavagnole lassaient nos joueurs blasés ; ils demandèrent des émotions plus violentes à un jeu anglais, le Æreps, sorte de passe-dix à deux dés, qui enrichissait ou ruinait les gens en un clin d'œil. Le kreps fit fureur au Palais-Royal durant le carnaval de 1777 : les enjeux s’accrurent follement. Ne pouvant manier les piles d’or qu'ils risquaient, les joueurs imaginèrent d'employer des jetons ou des fiches à leur nom de 10, 15, 20, 100 louis, véritables lettres de change qu’ils tenaient
en boîte et qu’il fallait acquitter le lendemain sans délai. Le
nouveau jeu reprit de plus belle, l’automne suivant, au
voyage de Fontainebleau. Un Anglais, Smith, ex-colonel
dans l’Inde, qui avait annoncé 200.000 louis à perdre, fut présenté à L. L. M. M. Les princes se disputèrent ce beau Joueur, ainsi qu’une proie à dépouiller ; on le vit attablé sans
ENPNPENNS
façon, les coudes sur la nappe, entre le comte d’Artois et le duc de Chartres. Le 7 décembre, on prétendait que Smith avait déjà gagné 1.500.000 livres! ; par contre, le duc de Chartres, dès la fin de novembre, avait perdu 30.000 louis d’or.
Ces pertes le dépitaient sans vider sa bourse. Le perdant semble toujours dupe : il aimait à gagner, plutôt par amourpropre que par avidité. Aussi recherchait-il paris et gageures, où l'esprit intervient plus qu'aux jeux de hasard.
Comme les modes d’écuries et d’équipages, comme les
paniers, la manie du pari nous était venue d’Outre-Manche, vers la fin du règne de Louis XIV. Les Anglais pariaient à propos de tout et de rien, sur les chevaux, sur les événements, sur la mort éventuelle du Grand Roi, sur la durée du système de Law, sur la fin prochaine du Régent. Depuis lors, les goùts de Londres avaient conquis Paris. Nos anglomanes pariaient.à l’envi, par désœuvrement autant que par bel air. Ces gageures étaient raisonnables ou baroques, suivant qu’on topait le matin ou après souper. En novembre 4776, le duc de Chartres, le duc de Lauzun et le marquis de Fitz-James pariaient 200 louis à qui irait le plus vite à pied de Paris à Versailles. Lauzun renonçait à mi-chemin, Chartres aux deux tiers, Fitz-James arrivait gagnant, sain et sauf, chez le comte d’Artois qui, ravi de cette course, le faisait saigner et coucher, crainte d’une fluxion de poitrine. L'année suivante, le comte de Genlis gageait qu’il ferait le chemin de Fontainebleau, aller et retour, avant que le duc de Chartres n’eùt piqué 500.000 points sur du papier, l’un après l’autre. Le duc de Chartres s’y exerça d'avance, comme il paraît dans le sixième tableau de la lanterne magique qu’on montrait au Palais-Royal#. Il piquait, piquait jusqu’à 5.000 fois d’abord, puis au-delà. Cependant il perdit. Ces gageures, fameuses à la Cour et à la Ville, amusaient les petits-maîtres qui discutaient sur l'issue et pariaient à leur tour.
1 Bach., 7 février 1772, 21 juin 1773, 6 juin 1774, 21 février et T déc. 1777. ? Corresp. secrète, 21 nov. 1777,
# Métra, Bach., 30 nov. 1776. ,
4 Institut, Fonds d'Orléans, XLVIII, 336,
Les courses hippiques, qui flattaient à la fois le goût du jeu et des gageures, l'amour du cheval et l’anglomanie, ras-
semblaient maints plaisirs pour le duc de Chartres. À la
suite du comte de Lauraguais et de Lauzun, déjà familiers du turf anglais et propriétaires d’écuries à Newmarket!, il s’y donna avec passion, entraînant le comte d'Artois et la Reine, si bien que cette fantaisie, réglée chaque année davantage, prit pour la première fois en France un semblant d’institution?. Les deux princes s’empressaient d’ organiser aux Sablons une première course, avec jockeys et paris: parmi les badauds venus à cheval, en croupe et. à pied, la Reine et ses dames, juchées sur une estrade découverte où s’accrochait une mauvaise échelle, regardèrent le combat, debout le plus souvent, malgré la pluie et le vent qui dérangeait leurs plumeset s’engouffrait dans leurs jupes. Le ae de Lauzun mourut de sa victoire. Cet essai enchanta tout le monde et, dès juillet, le comte d'Artois faisait annoncer, pour le premier octobre suivant, des courses où ne seraient admis que des chevaux français, d’origine vérifiée. Ainsi en convint-il avec son Cousin le due de Chartres qui subvenait comme lui aux premiers frais de l’établissementt. Le 4 oc-
tobre 175, par un Jour charmant, les quatre coureurs des
deux princes, du duc de Lauzun et du marquis de Conflans se mesuraient aux Sablons « le nouveau Newmarket français » et le cheval bas-normand de Lauzun, monté par un petit Anglais, gagnait vivement la poule: 25 louis par tête de coureur déposés à l’avance chez un notaire. La Reine, tou- ‘jours présente, félicilait le jeune vainqueur et consolait gracieusement les vaincus*.
Quelques jours après cette réunion engageante, l’accord conclu entre le comte d'Artois et le duc de Chartres s’élargit pour admettre d’autres seigneurs. Le 30 octobre était passé
! R. Bracx, Horse racing in France, London, 1886, &æ, p. 8, sq
? Voy. mon étude : Les courses de chevaux sous Louis XVI (Le Correspondant, ?5 juin 1914).
‘ Bach., 11 et 17 mars 1775; J.-N. Morrau, Mes Souvenirs, II, 236. 4 Nour, extraord., 18 juillet 1775.
5 Métra, 5 octobre 1775,
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à Fontainebleau un acte secret! par lequel Les stipulants s’engageaient pour dix ans à verser une rente de 600 livres, afin d'avoir le droit de faire courir un cheval à deux saisons différentes, au 45 avril et au 4 octobre de chaque année. Ne seraient inscrits que les chevaux français, reconnus par trois experts désignés. Il semblait moins question, maintenant, d'imiter par plaisir les courses anglaises que d’ennoblir la race chevaline du royaume, qu’on voulait égaler à celle d'Outre-Manche. Mais cette bonne intention, digne de princes du sang, ne se soutient pas. La fièvre du jeu l’emporte; on ne se soucie plus guère que de gagner poules ou paris et c’est à qui découvrira en Angleterre le coureur fabuleux qui rapportera à son maitre gloriole et profit. Les deux épreuves réservées aux chevaux français sont perdues, sinon oubliées parmi les autres courses qui se répètent, se multiplient aux Sablons, à Neuilly, à Vincennes comme dans un salon de jeu les parties de cartes. Sur les programmes d'importance ne figurent que des chevaux anglais; entre eux se livrent les luttes Le plus regardées de 1776 et 17717, les deux années par excellence d’hippomanie.
Le duc de Chartres s’occupe avec sollicitude de ses écuries. Les 12, 17, 22 février 1716, ses chevaux l’emportent sur ceux du comte d'Artois et le 27 mars, sur ceux de Lauzun qui jusque là gardaient l’avantage. Malgré sa dignité de prmce du sang qui le retient au rivage, le jeune prince parle de se rendre -à Newmarket, afin de s’instruire par ses yeux?. Assidu aux exercices d'entraînement, il est payé de ses soins, Son champiou, Glow-Worm, fils de l’immortel Eclipse, triomphe de King-Pépin, devant les Anglais venus en foule* à la fameuse course du 43 novembre. Le comte d'Artois, vaincu, ne se tient pas de fureur. Au printemps suivant (1777) l’écurie de Chartres l’emporte encore par les beaux jours qui favorisent les courses des Sablons. En janvier 1718, des courses quotidiennes se terminent à la Muette, au Temple ou à Monceau ; tour à tour la
1 Journ. de Paris, 15 avril 1777.
. ? Mre du Deffand à H. Walpole, 31 mars 17%. # Bach., 11, 12, 14 nov.; Nouv. exträord., 22 nov.; Marie-Antoinette à Marie-Thérèse, 12fnov, 1776, N
Reine, le comte d'Artois et le duc de Chartres donnent à diner!. Toutes ces réunions sont prétexte à la badauderie et aux divertissemeñts de tout genre ; la rage de la mode et la fureur de la spéculation cachent l'intention utile. Les nouvellistes rechignent à consigner l’annonce et le résultat de ces spectacles, 1 couleurs des jockeys, l’âge et le poids des coursiers ; ils jugent futiles et prétentieux les programme mes que be fidèlement le Journal de Paris. Ils n’en croient pas encore Bourgelat et le Boucher du Crosco? qui, invoquant l’exemple des Anglais, avaient, dès 17170, recommandé ces épreuves qui devaient transformer à la longue le cheval français.
Si, comme son aïeul le Régent, le duc de Chartres raffole du séjour de Paris et de ses plaisirs d’hiver, il Le quitte volontiers dès le printemps et l’abandonne l’été durant. Rien n’égale sa passion des voyages, dont la dissipation est le meilleur remède à l’ennui. « Je m'aperçois que tous les jours mon goût pour les voyages augmente, mandait de Bruxelles le jeune prince à M” de Genlis le 29 juillet 1773, car mon plaisir en partant d’un lieu pour aller dans un autre augmente à chaque fois. Malgré cela, je suis persuadé que je m’en dégoùterai et que d’ici à douze ou treize jours, cela sera absolument passé... » En effet, il fallait que la marche füt prompte, varié l'itinéraire et prochain le retour à Paris. C’étaient moins des voyages que des courses en poste, qui brûülaient maints relais, dont on citait la rapidité et l’incognito expressément gardé. Il n’annonçait son passage, que pour recommander le silence et l’abstention d’honneurs*. Le titre neutre de comte de Joinville, qui le déguisait presque toujours en chemin, lui
épargnait les charges de l’étiquette et les lenteurs du cérémonial.
Son premier voyage fut une tournée militaire dont on
{ Bibl. Maz, Nouv. à la main, 25 février, 4 mars 1777 et 11 janvier
? Mémoire sur les haras par M. L. B. Utrecht et Paris, Lacombe, 1770, 8°.
# « Vous n’oublierez pas, Monsieur le Maréchal, notait-il de sa main au bas d'un itinéraire qu’il communiquait à Ségur, que vous m'avez promis d'écrire pour défendre les honneurs » (21 août 1784).
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attendait l’occasiont. Le duc de Chartres n'avait assisté jusqu'alors qu’à des revues ou des manœuvres de parade, près de Compiègne ou de Villers-Cotterets ; il désirait visiter les provinces-frontière, examiner les forteresses et connaître par lui-mème le service des places. Les conseillers du Palais- Royal attachaient une grande importance à ce premier voyage de l’héritier de la Maison. Tandis que les itinéraires du Roi et du Dauphin ne dépassaient point Rambouillet, la Muette, Ghoisy ou Compiègne, le duc de Chartres devait voyager. Au temps où le cardinal Fleury traversait les projets de mariage de Louis-Philippe le Gros, le jeune prince pour préluder à son établissement s’était rendu de la mer à la Meuse; tout le long des Flandres, en compagnie du maréchal de Puységur, avec une cavalcade de deux cents personnes (juin 1741). On voulait qu’il y reçùt des troupes et des peuples conquis tous honneurs et respects, qu’il se montrât « bel homme de cheval et populaire » et qu'il entrât dans les villes de guerre « avec un grand fracas » suivi du gouverneur de la province.
Le mariage opulent qui venait de s’accomplir avait étendu dans les provinces le nom du présent duc de Chartres. Au mois de septembre 1769, une cavalerie nombreuse se trouvait rassemblée à Metz et à Strasbourg. Le régiment de Chartresinfanterie tenait garnison dans la citadelle strasbourgeoise ; Cbartres-cavalerie appartenait au corps de Nancy. Metz, - Nancy, Strasbourg, c'étaient là trois places dont la forte garnison, les fortifications modèle, les arsenaux, les écoles d'artillerie et d'équitation serviraient l'instruction militaire du prince. Afin que le fils du premier prince du sang fût en état de paraître avec magnificence, cent mille livres furent destinées à ces quinze jours de voyage, dont le comte de Thiard, lieutenant général des armées du Roi et premier écuyer du duc d'Orléans, devait régler la marche et la dépense. Le duc de Chartres, qui voyageait cette fois en qualité de prince du sang, recevrait tous les honneurs dus à son rang et au delà.
1 Le détail de cette première tournée est consigné sous le n° 23 des Principales époques. qui relatent, pour chaque année, les divers voyages du prince.
* D'ARGENSON, Op. cit., 23 et 29 janv. 1741.
d'18 EN MÉNAGE
Choiséal qui mandait aux maréchaux de Gontades et d’Armentières et au comte de Stainville l'itinéraire princier, ajoutait, toujours en coquetterie avec les princes du sang, que les honneurs prescrits sur le passage du duc de Chartres « pouvaient être oùtre-passés dans les choses qui paraîtraient lui . plaire. »
De la part du jeune prince, il n’ÿ avait point d’exigences à redouter. Le fils du premier prince du sang désirait Voyager « lestement », sans encombre, et réduisit au strict sa suite et ses équipages. Point d'officiers de bouche ni de valetaille. Trois seigneurs de bon conseil l’accompagnäient dans sa voiture à quatre places : Le ‘comte de Thiard, le comte de Blot et le marquis de Barbantane. M. de Foïssy, l'écuyer, et Fontaine, Le secrétaire ‘des cofnmandements, suivaient avec deux pages dans ün second carrosse. Deux valets de chambre, Maublanc et Mogé, les précédaïent en cabriolet pour æssurer d'avance les relais. Il Y avait loin de ce modeste équipage aû cortège fastuëux qui avait suivi par les Flandres en 4741 Louis-Philippe le Gros, duc de Ghartres.
Parti du Palais-Royal le 17 septembre à une hoate: ‘du matin, le prinve fait halte à onze heures près Dormans, sous un bouquet d'arbres, évite Châlons où l’intendant lui préparait une fète et couche à Vitry-le-rançois, maïs hors la ville, à l’aubèrge du Soleil d'Or : il refuse l’étendard ‘ét Ja garde d'honneur qui doit veiller sur sa personne, come ïl congédiera, chemin faisant, les escortes qui ne peuvent ‘que ralentir Sa marche. Le lendemain äl ne descend point de voiture à Bar-le-Duc où la légion royale, commandée par ‘te comte de Coigny, est rangée en bataïlle ; il traverse Toul, salué ‘par l'artillerie et gagne Nancy, à ‘six ‘heures ‘et demie | du jour. Accueilli à la porte de Stanislas par l’étatimajor de la ‘place, ‘il traverse Îla ville à pied jnsqu’au gouvernement, entre deux ‘haïes de grenadiers, au (bruit du canon. La: pré sentation, les compliments et les harartguwes des divers corps de la ville, la parade et les belles manœuvres des grenadiers de France, la comédie, un Souper « servi en café » chez M. de la Galaizière, intendant de Lorraine, et suivi d’une agréable fète, remplirent la ïpremière-journée (19:septembre)
qui fut suivie d’autres pareilles. Le même programme se répéta à Metz et à Strasbourg.
L'entrée à Metz (22 septembre) fut plus, militaire et t'iomphante encore que celle de Nancy. Le régiment de Salis bordait de files rouges les hautes lignes de la forteresse ; le prince chevauchait entre des tits 5 ou housards. Au RNCS M. de Gribeauval, lieutenant général d’artillerie, explique lui-même au due la mécanique de toutes les pièces. Grosses pièces el pièces de campagne, pierriers et obusiers tirèrent à la butte ; le prix fut gagné plusieurs fois. On lança des bombes qui toutes touchèrent ou frôlèrent le but. Conduit ensuite au fort de Guise, le prince -vit les étonnantes fortifications de Bellecroix. Le lendemain 23, après la manœuvre de la cavalerie et des dragons assemblés, il examina la citadelle dans toutes ses parties : les différents ouvrages, la salle d'armes, les ateliers où les ouvriers travaillèrent devant lui. Le 24, il quittait le bal du Gouvernement à 3 h. 1/2 du matin et à 10 heures se rendait sur les bords de la Moselle pour voir jeter un pont de bateaux, tandis qu’un corps ennemi s’opposait au passage de la rivière. Ce fut un beau simulacre, avec mousqueterie soutenue, où l'artillerie fut maniée avec une légèreté et une célérité incroyables.
Le duc de Chartres traversa de nouveau Nancy pour gagner Strasbourg, par la nuit la plus noire. [l entra dans la place au jour tombant (25 septembre) par la porte de Saverne, à pied et en grand cortège, au fracas de toute l’artillerie. Le corps de ville lui offrit un tonneau de vin du Rhin peint sur les deux fonds aux armes d'Orléans ; peint aussi le haquet sur lequel il fut présenté au prince et amené à Paris, au Palais-Royal, aux frais de la ville de Strasbourg. Le 26, il passa le Rhin sur le pont de bois, entra dans le fort de Kehi qui commande le.pont sur le territoire de l’Empire, se rendit à la comédie et soupa chez le maréchal de Contades, où la danse le retint jusqu’à trois heures du matin. Le 27, dès 9 heures, il visita l’arsenal où l’on coula en sa présence quatre pièces de canon de 24 — puis les remparts, les forts et la citadelle, enfin l'hôtel des haras « où 1l vit dans le plus
grand détail tous les chevaux que l'on ÿ élève et que l’on y forme ». Après diner, manœuvres de cavalerie dans la plaine dite des Bouchers, redoute, c’est-à-dire bal de jour, dans la salle de comédie illuminée: vingt-quatre couples assortis par le prèteur royal et vêtus en paysans dansèrent à la mode allemande. Après avoir soupé chez l’intendant, le duc les retrouva à la Tribu desMarchands, au Poële des Miroirs, où le corps de ville lui offrit bal et souper. « Le Prince y dansa comme à la redoute avec de jeunes Allemandes et prit part à ces fêtes publiques avec cette gaieté et cette bonté qui le caractérisent particulièrement et qui lui attachent tous les cœurs. »
Le lendemain 28, il courut toute la journée, de T heures du matin à 8 heures du soir, pour regagner Nancy illuminé. Il y soupa au gouvernement avec le duc de Choiseul, arrivé dans l'après-midi et prit soin, le lendemain, de s’écarter pour lui laisser rendre les honneurs par la troupe. Le 30 au matin, à 4 heures, au sortir de la fête que lui offrait le comte de Stainville, il repartait pour Paris par Toul, Bar-le-Duc; Vitryle-François, Epernay, où il logeait à l’auberge, et le premier octobre, après une journée de course, coupée d’une simple halte d’un quart d’heure entre Château-Thierry et Vivrai, il arrivait au Palais-Royal x sept heures du soir, après avoir prodigué à propos sur sa route de magnifiques gratifications à la maréchaussée, aux escortes d'honneur, aux troupes, aux ouvriers, aux mendiants. Ainsi s’accomplit cette première tournée militaire qu’on Jugeait de si grande importance, — débauche d’honneurs, de parades, de manœuvres, entrecoupés de diners et de soupers, suivis de fètes ou de bals, à lasser les plus endurants. Cette visile rapide qui mettait en branle-bas les villes-frontière et où tout lui était présenté en spectacle, ne pouvait guère instruire le jeune prince. Il examinait tout au débotté, avec la hâte d’en finir, comme si, descendu dans une ville, il brülait déjà de gagner l’autre.
Dans les: premiers jours de mai 1772, il se rend à Rennes, puis à Brest, où il reste six jours. Roquefeüil, le commandant de la marine, s'efforce de le retenir par le détail des objets intéressants du port ; très affable, le duc ne paraît pas s’en-
nuyer, cependant il ne tient pas en place. En juillet suivant, il accompagne à Forges la duchesse qui va prendre les eaux. M. de Crosne, l’intendant de Rouen, espère que le prince l'honorera d’une visite. Mais le duc traverse la ville à sept heures du matin, voit le port et sort sans avoir élé reconnu. Déjà las des honneurs de son rang, il préfère voyager désormais à sa guise en simple gentilhomme. Si les villes y perdent des fêtes et des réjouissances, le gouverneur et les intendants du royaume, et surtout à l'étranger nos ministres, se félicitent de cet incognito, car la venue d’un prince du sang,
. qui affirme sa qualité, cause force embarras et contestes.
Le 24 juillet 1773, un peu avant onze heures du soir, il quitte le Palais-Royal, en compagnie du marquis de Füiz- James, du chevalier de Durfort et de Foissy, son écuyer. Cette fois il court à treize chevaux sous le nom de comte de Joinville, son nom de voyage ; un seul carrosse, que précèdent un piqueur et la chaise de |poste de ses quatre valets, compose l'équipage. Il recoit Les honneurs militaires à Cambrai et à Bouchain, évite Valenciennes et s’en va coucher à Belœil chez le prince de Ligne, qui l’hébergera aussi à Antonin et à Bruxelles. C’est en compagnie de son hôte et du chevalier de Coigny qu’il visite la Flandre autrichienne : les potagers et.les serres chaudes de Belœæil, la machine à feu de Mons qui protège contre l'invasion des eaux une mine de charbon, le champ de bataille de Fontenoy, la manufacture de porcelaine de Tournai; à Bruxelles, le palais du prince Charles et divers cabinets d'histoire naturelle et de curiosités ; à Malines, les magasins d'artillerie de l’Impératrice « en assez mauvais ôrdre » ; à Liège, la belle verrerie où il fit emplette. Anvers le retient deux heures ; Spa, ville de plaisirs, le garde trois Jours (1-3 août). Il est charmé de l’imprévu qu'y produit « l’assemblage prodigieux » des différentes nations. [l y danse à cœur-joie au Vauxhall, dès l’arrivée, après trente et une heures de marche. « …. Je croyais que je serais mort de fatigue écrit-il le soir même à M" de Cambis, mais huit heures de sommeil en carrosse m'ont fait le même
effet que si je les avais passées dans mon lit. J'ai dîné
comme un ogre et al été de là à l’assemblée où J'ai vu danser
pendanit trois heures des Anglaises... » Lui-mème y danse beaucoup et le lendemain mande à la duchesse: « Je suis arrivé à Spa hier à quatre heures après-midi. J'ai déjà fait connaissance avec tout le monde. J'ai été à toutes les fontaines et déjeùné au salon où tout le monde se rassemble après. Il y a beaucoup de personnes aïmables, peu de femmes jolies; en tout, il me semble qu’on ÿ mène une ‘vie fort agréable... »
Le 3 août, il enfourche un cheval du paÿs pour traverser les Ardennes, couche à Voisins sur une botte de paille ét, le lendemain, entre en carrosse à Luxembourg à six heures du soir. Sans tarder, il visite le fameux ouvrage fortifié, appelé le Bouc, avec tous ses souterrains. Le voyage finit en tournée militaire. À Luxembourg, le 5 au matin, ïl assiste à la manœuvre du régiment d'infanterie du prince de Liège,
l'après-midi, à celle des grenadiérs de l’Impératrice. Le 6,
avant le départ, le prince de Ligne lui montre un essai de sà fantaisie : il avait armé les fusils de quelques soldats d’un long sabre pour remplacer la baïonnette. L’arme parut impräticablé au duc de Chartres qui s’en fut coucher à Metz par Thionville. Les manœuvres au polygone, la parade, lés exercices d'artillerie, la comédie remplirent deux journées. Le 8, il partait à minuit de Frescaty, maison de l’évêque de Metz chez qui il soupaîit, passait le 9 à Verdun, vers 5 h. du matin, S’arrêtait une seule fois en route, pour manger, à Dormans à 6 h. du soir, et arrivait au Palais-Royal le lendemain 10 août, à 6 heures dû matin.
C'était une gageure de vitesse qu'il avait gagnée ; dans la rélation de chaque voyage, Fontaine, le secrétaire des commandements, ne manque point d'indiquer l'horaire exact qui fut tenu de point en point. Il semble que le prince voyage montre en main, comme s’il poursuivait des paris répétés. Evidemment le plaisir étourdissant de la course à fond de train dépasse pour lui tous les autres. Chaque année presque amène un grand voyage, une tournée, si coùteuse qu'elle soit, car l’incognito ne suffit pas à le préserver des honneurs qu’on
* Aff, Etr, France, 319, n° 152 et 152 bis.
rend au prince du sang dans l'espoir de gratifications. Le 29 juin 1775, à neuf heures du soir, il part pour Rochefort faire sa prémière campagne de mer et revient le 42 septembre à quatre heures du matin. Le 8 avril 1776, il émmène la duchesse à Toulon ‘où il doit s’embarquer et passe par Bordeaux où l’attentlent des fêtes. Débarquéà Brest et parti d’Auray le 20 août, il rentre au Palais-Royal le 21 à deux heures du matin. Le 45 mai 4777, le comte de Joinville quitte Paris à 6 heures du soir pour la Hollandeët revient leT juin à 8 heures et demie du matin. À fa fin d'août il songe à repartir en Lorraine quand la naissance prématurée de deux jumelles loblige à contremander son voyage. L'année suivante, le 42 février 1718, ilse met'en route pour Brest d’où il revient le 3 mars.
Entre chacune de ces tournées il y à les randonnées de chasse, les petits voyages à Ghanteloup, à Villers-Cotterets, au Raïincy, à Fontainebleau, à Compiègne, dans toutes les démeures princières de l’Ile-de-France où l’on chasse, où l’on joue, où l’on s'amuse. Sans doute chacun de ces voyages, ainsi que nous le verrons, relève dans son principe, sinon d’une intention politique, au moins d’une curiosité, mais le plaisir de changer de lieux, de brüler l'étape, de courir sans répit fait oublier bientôt la raison ou le ‘prétexte du départ. Cette manière de voyager péint son homme.
Dans ces zigzags ”’impatients il apprit sans doute plus que dans les livres ; il se donna aïnsi une Seconde éducation, plus profitable que lapremière, parce qu’elle convenait mieux à sa pétulance. Au repos, ce voyageur trépignant ne s’attarde guère dans sa bibliothèque où figurent en bonne place le fameux ouvrage de Ph. Et. 'Lafosse, Cours complet d’hippratrique ou traité complet de la médecine des chevaux, grand in-folio aux belles planches en couleurs, plusieurs brochures sur les haras ‘ét le Calendrier des Courses de James Wea-
therby, secrétaire-archiviste du Jockey-Club anglais de Newmarket. Le prince n’est m liseur ni bibliophile!. Dix armoires jui suffisent contenant cinq cents ouvrages environ, auxquels 1 « Vous qui ne lisez guère », lui écrit M*° de Genlis le 8 août 1772. On
rapporte qu’il ne lut pas dix volumes depuis son émancipation jusqu'à sa mort, MONTIOIE, op. cit, I, 78.
se joignent maintes cartes en boîtes ou montées sur grandes feuilles. Le catalogue tient en peu de pages, sous quelques rubriquest. C’est une bibliothèque toute personnelle, qui trahit les goûts d’un maître presque indifférent aux plaisirs de l'esprit. Elle n’a pas été composée ni fournie en bloc par le libraire pour meubler une salle, elle s’est formée, au fur et à mesure des fantaisies du. prince. Hors de rares classiques, quelques romans, quelques volumes de théâtre ou de poésie à lui dédiés ou offerts en hommage, qu’il serait malséant de ne pas posséder ou d’ignorer dans la conversation, on n’y trouve guère que deslivres pratiques, traités, manuels, dictionnaires, atlas, tous ouvrages qu’on consulte et qu’on feuillette, mais qu’on ne lit point. L’art militaire et l’histoire de France sont représentés décemment, chacun paï une cinquantaine d’ouvrages, comme il convient chez un prince. Les 45 numéros de la rubrique Marine témoignent de son goût le moins inconstant et de son intention la plus suivie. Les langues étrangères (l’anglais d’abord, l’allemand et l'italien ensuite), la géographie et l’hydrographie, les guides et Les relations de voyage, les cartes des comtés anglais, des Pays-Bas autrichiens et de la Hollande, même de la partie septentrionale de l'Empire Ottoman, disent les projets du voyageur. Treize ouvrages de médecine et de chirurgie, vingt sur les arts mécaniques, trente-sept de physique et d'histoire naturelle rappellent divers caprices scientifiques.
Il s'intéresse avec le prince de Condé aux expériences de Guibert de Préval, médecin de la faculté de Paris qui prétend avoir perfectionné un remède écossais, spécifique sùr contre les maladies secrètes*. En 1775, il lui plaît d’étudier le mouvement des planètes et il commande à l'architecte Piètre les devis d’un observatoire #. Trois ans plus tard, sur l’idée de M"* de Genlis, ilorganise dans les galeries du deuxième étage du Palais- Royal un musée miniature d’arts et métiers sous la direction des célèbres mécaniciens Périer qui font exécuter les modèles
1 Catalogue de la Biblioth. de Mr° le duc de Chartres, Bibl. Maz. Mss. 4240.
» Bach., 6 mai 1771.
.* Arch. Nat., Plans Seine, 3° classe, 548, n° 3.
réduits de tous Les outils nécessaires au menuisier, à l’ébéniste, au carrossier, au serrurier, au lamineur. On y joint même des fourneaux de laboratoire pour la chimie, la céramique, la fonte des métaux‘. La mode est aux récréations scientifiques et aux cours particuliers. M"* de Genlis, dame pour accompagner la duchesse de Chartres et qui ne perd pas l’occasion d'ajouter à ses talents ou à son savoir, engage la princesse à donner au Palais-Royal trois fois la semaine après-diîner, la récréation d’un cours complet d'histoire naturelle par Bomare. Suivent un cours de physique par Sigault de la Fond, et un cours de chimie appliquée aux arts par Mittouart ; la duchesse se prête à ce programme encyclopédique dans l’idée d'occuper son mari. Le prince y paraît quelquefois ; Le duc de Croy le rencontre à la fin de mars 1172 aux leçons de récapitulation du cours mondain de Valmont de Bomare.
Le catalogue de cette bibliothèque, qui vise non à l’ornement de l'esprit, mais à l’utilité, parle comme un aveu. Le duc de Chartres se fùt contenté d’une encyclopédie courte et claire qui lui eût fourni en un clin d’œil les éléments des sciences appliquées, les notions indispensables sur les inventions qui rendent la vie plus variée, plus facile, plus confortable. Esprit curieux et touche-à-tout dans l’ordre pratique, il lui suffit de voir plutôt que de savoir, d’effleurer tout sans rien pénétrer.
A la réflexion et à l'étude il préfèrerait sans doute les arts d'agrément : le dessin, la peinture, la gravure, et surtout la musique. Mais aucun ne l’attache, il ne s’y livre que par caprice. Il lui arrive de partager les menus travaux de la duchesse qui s’essaie à peindre ou à graver des pierres que des flatteurs prennent « pour de superbes antiques?. » À la fin de juillet 1772, il travaille du matin au soir à un pelit dessin, mais c’est à l'intention de M”° de Genlis, la maîtresse de l'heure, qui le lui a commandé ainsi qu'on donne un devoir à un écolier, pour retenir sa pensée’. Au moins
1 Les restes de ce musée bijou se trouvent au Conservatoire des Arts et Métiers.
? Rouzer pe Fozmon, op. cit., I, 152.
# Aff. Etr, France 319, 24 juillet 1772.
l'élève de Carmontelle se connaît-il en dessins et tableaux mieux que l'ordinaire des amateurs et ces essais ne lui en font pas accroire : il se défend de toute prétention au talent. Malgré sa connaissance de la musique, il se refuse à chanter par amour-propre, parce qu’il croit avoir La voix fausse. Dès 1764, il protège Mozart qui donne ses premiers concerts. Assidu à la séance de musique qui se tient chaque lundi chez son oncle Gonti, il suit volontiers les premières d’opéras, dont il prédit la carrière. Dans les premiers jours de janvier 1768, il gage qu'Ernelinde ne dépassera pas vingt représenlalions el il gagne. En novembre 1769, 1l assiste au concert organisé par Gariniès au profit de l’école gratuite de dessin, que semble négliger le grand. monde. Le 5 septembre 4777, à peine relevé d’une fluxion de poitrine, il se rend avec tous les partisans du chevalier Glück à la répétition générale d’Armide, sans danses, décoration, ni accessoires, et on l’applaudit. Cependant, il ne raffole pas autant que l’entourage de son père du théâtre de société ; car le rôle de spectateur lui convient mieux que celui d'acteur. Encore faut-il que la pièce évite les longueurs, qu’elle s’entremêle d’ariettes et de duos accompagnés d’un orchestre nombreux. Quand le due de Chartres ne « désempare pas » comme à la première de l’1le sonnante, le succès est assuré’. Al n’est pas d'humeur à apprendre des rôles ni à les répéter. Passe pour la parade ou le proverbe qu’on peut jouer au pied levé et relever de gaîtés. Dans une fête à huis-clos (le 2 mai 1768), il tient ainsi le rôle du père dans lImpromptu de campagne, un acte de
to Fo
. Poisson et amuse fort sa sœur par ses bouffonneries. Il avait .
débuté en juin 1766 dans le rôle de Lucas, du Henr: 1V de Collé et aprèsla répétition, l’auteur frappé de son indifférence,
écrivait: « M. le duc de Chartres n’a aucune sorte de talent
pour jouer la comédie... Il ne la jouera jamais et Fon doit même présumer qu'il n'aura aucun goùt pour le théâtre. » Mais il court les spectacles singuliers et burlesques. Il se rend à six chevaux chez un cordonnier qui joue Zaïre dans sa boutique et lui fait un sort. Le 8 décembre 1772, il inaugure
? Couré, Journal, juin 1761,
avec le comte de la Marche le spectacle de M" Guimard qui s’ouvrait, malgré la défense de l’archevêque, sur une salle pleine de jolies filles. Là du moins, il retrouvait ses maitres, l’imprévu et le désordre.
Espiègleries, gageures, jeu, courses de chevaux, voyages, fantaisies scientifiques ou artistiques, intentions de mécénat, forment un pêle-mèle inconsistant, où l’on ne discerne aucun goût véritable, aucune direction. Cette dissipation trahit moins de jeunesse que de lassitude, moins de curiosité que . d’ennui, le dégoût précoce de ceux qui, habitués à voir leurs désirs aussitôt satisfaits, ne souffrent point de limites à Leur plaisir et fuient de caprice en caprice le néant d’une vie désœuvrée. Le besoin d'échapper à soi-mème, la peur de l'ennui poursuivent ce grand seigneur inquiet, ainsi que Marie-Antoinette et les siens. La première chose qu'ils attendent de leurs entours, c’est le talent d’amuseur, l’agrément plutôt que le mérite, ce que les souverains d’autrefois réclamaient de leurs bouffons. Tronchin, observant les hôtes de Villers-Cotterets aux fêtes qui suivirent ke mariage du due de Chartres, écrivait à sa fille : « Ces gens-là sont sans ressources, un plaisir manqué les désespère. IL est vrai que toutes Les afflictions de leur âme sont on ne peut plus courtes. Un rien les afflige, mais un rien aussi les distrait. C’est l’onde qui chasse l'onde. » |
Cependant la fille du vertueux Penthièvre se met auton du Palais-Royal ; la petite pensionnaire se débrouille, elle s’atfine dans la conversation quotidienne où pétille le meilleur esprit de Paris, elle s’essaie même à discuter. Elle y prendra le goùt de l’espièglerie jusqu’à se déguiser dans le jardin du Palais-Royal pour mystifier un gentilhomme*, jusqu’à singer les ridicules des députés de l’Assemblée Nationale’. À peine
tiendra-t-elle son sérieux à la chapelle devant les gamineries du vicomte de Ségur*.
Plaire à son mari, partager ses fantaisies pour le retenir
1 MoriozLes, Mém., p. 5.
? Vie secrèle de L. M. À, de Bourbon-Penthièvre, duchesse d'Orléans. Londres 1790, . # Gouverneur Morris, Mémorial, éd, Pariset,
près d’elle ou le suivre le plus souvent possible, voilà son unique soin. Pour lui témoigner son approbation et sa soumission de chaque heure, elle ne saurait mieux faire que de limiter. À son exemple, elle voyage incognito en Italie, sous prétexte d’aller voir son grand-père le duc de Modène (maijuillet 4776)! ; pendant un voyage de Marly et en l’absence du duc, elle s'échappe en Hollande jusqu’à Amsterdam avec M": de Lamballe, toutes deux cachées sous les noms de comtesses de Joinville et de Lisigny (24 mai-2 juin 17178)°. L’Espion anglais prétend que « dans les commencements de son mariage, instruite du goùt de son mari pour les voluptés clandestines, elle voulut aller en bonne fortune à sa petite maison-et faire avec lui une orgie d’autant plus délicieuse qu'aucun remords, que nul repentir funeste ne pouvait la suivre. » Ilest vrai qu’un beau jour, elle se rend à la folie de Mousseaux, en compagnie de la princesse de Lamballe et de la comtesse d’Hunolstein. Après le diner, le duc alors en deuil et en habit de visite, monte en postillon à la tête de huit chevaux, sa belle-sœur en cocher sur Le siège, sa femme dans la voiture et la comtesse derrière en laquais. Le fringant équipage parcourt ventre-à-terre le faubourg Saint- Honoré, remonte vers la barrière de Chaillot et rentre à Mousseaux, laissant les passants persuadés que le prince est en partie de filles,
Comment la duchesse ne se serait-elle pas prêtée de bonne grâce à cette escapade ? Son amour n’admet point de bornes à la complaisance. Un trait des Souvenirs de Félicie en mesure toute la profondeur. Le duc de Chartres, malgré le serment qu'il a tenu à sa réception de chevalier du Saint-Esprit, ne se soucie pas de lire chaque jour l'office du Saint-Esprit. Et, pour expier cette négligence, sa femme a fait vœu de dire régulièrement, à sa place, cet office qui dure deux heures. Elle porte en secret le livre dans son sac à parfiler. € Remplir avec tant de constance le devoir d’un autre ! se faire une
Genis, Mém., t. III, abbé Galiani, Lettres, éd. Asse, t. 2; EF. Masson, Le cardinal de Bernis depuis son ministère, 1884, p. 376,
? Nouv. extraord., 19 mai 1778, sq.
* Rouzer DE FoLMoN, op, cit., I, 28.
obligation sacrée de le remplacer chaque jour et cela à son insu ! et avec cet éclat de Jen tie dans un tel rang, au milieu de tant de dissipation ! »
Tant de soins et de ee importunent parfois le prince qui laisse percer par boutades l’impatience des égards qu'il doit à sa femme, aux dépens de sa liberté. Il s’irrite à Forges, où ayant mené la duchesse, dans les premiers jours de juillet 1772, il reste quelques jours, pour les beaux yeux de M”: de Genlis. Puis, dans la fièvre amoureuse qu’excite la séparation et au souvenir de cette contrainte, il donne au diable la tendre épouse qui, soignant à l’éther un mal de dents, incommodait alors l’amante jusqu’à la nausée.
. Quoique vous me mandiez que votre mal tient à deux dents qui seront bientôt arrachées, écrit-il à la favorite, cependant comme il y ena une qui n’est pas dans votre chère bouche, bien au contraire, elle pourrait bien la garder toujours contre vous et jecrois qu'à la longue cette odeur-là vous ferait véritablement mal. — Je voudrais bien que le chevalier (de Durfort) m’apprit demain qu'on lui a arraché toute la mâchoire. Je ne serais mème pas fàché que la langue fût partie avec‘
D'où il paraît que les naïvetés proverbiales de l’innocente duchesse agaçaient parfois le mari blasé. Quelque temps après son mariage, comme elle se tenait à la fenêtre, un de ses gentilshommes, voyant passer quelques demoiselles dans le Jardin du Palais-Royal, dit : « Voilà des filles. » — « Comment pouvez-vous savoir qu’elles ne sont pas mariées? » lui demande candidement la princesse?.
Mais le charme de sa douceur, de sa sensibilité, de son honnêteté, agit même sur sa rivale qui se prend à plaider la cause de l’épouse auprès du mari. Le duc de Chartres écrit à l’amante, point à sa femme : « On est, comme toujours, très éloignée de se plaindre, lui observe M" de Genlis, mais moi, mon enfant, je ne vous approuve pas et je m'attends à vous voir réparer cette négligence qui m'afflige. Vous êtes mon bien, vous êtes à moi, j'en dispose et je suis toujours sûre
4 Aff. Etr. France, 319, Paris, 24 juillet 1772. 2 Vraée-LeBrun, Souvenirs, I, 20; Genus, Mém., IIT, 26. Philippe-Egalité 9
d'avance que vous ferez tout ce que je désire’. » Et quelques jours plus tard, elle ne se tient pas de démontrer au duc la beauté d'âme de sa victime.
M*° la duchesse de Chartres a une très belle âme! Qu'elle est pure, honnête et sensible ! Ecoulez-là dessus un détail qui m'a frappée et qui vous touchera. C’est au sujet de M®* la duchesse de Bourbon; d’abord, en apprenant qu’elle était heureusement accouchée d'un garçon, elle s’est livrée à une joie aussi vive que franche et rien ne l’a ramenée à une comparaison affligeante ; ensuite, en lisant votre lettre où vous paraissiez inquiet de la santé de l’enfant, elle a fait alors un retour sur elle-même et s'est mise à pleurer en se rappelant combien il est cruel de perdre son énfant. Ce trait dit tout. Il peint un cœur aussi noble, aussi généreux que tendre. Je vous prie d’y réfléchir”.
Sans douté se mêle à cette compassion la gratitude de institutrice (toujours présente chez M" de Genlis) pour celle qui fournit un joli trait moral et l’occasion d’une leçon, mais enfin la duchesse force la bienveillance, presque l'admiration d’une rivale,
Comment n’attendrirait-elle pas l’homme qu’elle enveloppe de tendresse? Au fond, il est touché, pénétré sinon d’amour au moins d’une estime, d’un respecl qui Iüi commandent de ménager ses illusions. Il paie sés dettes sans barguigner”, contre l'ordinaire des maris, et lui multiplie les égards que Lauzun refuse à sa femme. « Le duc de Penthièvre aimait M. le duc d'Orléans, déclara plus tard le prince de Ligne, à cause des égards qu’il à eus pour sa femme pendant dix ans qu’il fut excellent mari 5. À
Au reste, elle ne l’embarrassait pas de soupçons ni d’exigences. L’innocence lui tint d’abord les yeux fermés sur les infidélités du prince : puis, quand l’expériente l’eût rendue plus clairvoyante, sa tendresse, prête à toutes les concessions, S’accoutuma aux fantaisies du libertin. Elle accepta pour lui être agréable, S’appliquant à devenir sa meilleure amie, la camarade, avec laquelle il se gènât point, rassurée :
‘ Aff, Etr. France, 319, Forges, 29 juillet 1772,
? Jbid,, 4 août,
* Genzis, Mém., IIT, 95.
! Pensées el Lettres, Paris, Didot, 1859, in-16, p. 134,
par Son inconslance même sur chacun de ses caprices, Marié, le duc de Chartres continue donc sa vie de garçon, selon les mœurs de son temps et de son rang’, « Les filles un peu brillantes de Paris purent quitter, au bout de quelques jours, le costume de veuve avec lequel elles s'étaient plu à paraître à l'Opéra, la première fois que M. Le duc et M"°la duchesse de Chartres y étaient venus ensemble? ». Cependant, si le nom du prince figure encore dans les rapports de police qui amusaient Louis XV, il s’en faut qu'il soit le plus souvent cité. Les trois Coigny, le marquis de Conflans, le prince de Conti, le comte d'Osmond, le marquis de Duras, le comte des Cars, le marquis de Fitz-James, le duc de Fronsac, le prince de Guéménée, le duc de Lauzun, le comte de Lauraguais, le prince de Monaco, le marquis de Romey, le prince de Soubise prennent le pas sur lui, dans la chronique galante. Sa petite maison se trouve, non plus rue Saint-Lazare, n° 40, mais rue Blanche, n° 2, Le 2 août 1771, le policier Marais mentionne pour la première fois sa nouvelle maison de la barrière de Mousseaux, « vrai séjour de volupté », En novembre 4772, en juillet 1773, les nouvellistes rapportent des sorties de souper qui font scandale dans les rues de Fontainebleau et dons les jardins du Palais-Royal. Mais, quoique la fable de ses crgies n’ait pas encore cours, il ne lui déplaît pas d’en faire accroire. Fanfaron de vices par goût du désordre et de la facétie, déjà il donne le change sur ses mœurs, en accréditant des bruits qu’il dédaigne de démentir, témoin cette course effrontée à travers le faubourg Saint-Honoré, où àl fait passer pour des filles sa femme et sa belle-sœur. Aux courtisanes, il n’accorde guère qu’un souper et qu’une nuit. I ne s'attache — pour un temps — qu'aux dames de qualité. Les rapports de police nous ont désigné l’une d'elles, la première peut-être, M°° de Cambis ; le Cabinet noir a trahi Le secret de M"*° de Genlis. Talleyrand nous en cite trois autres : la princesse de Bouillon, la marquise de Fleury, la princesse de Lamballe lui prouvèrent leur amour et souffrirent de son
1 I] faut retenir le mot de Collé. « Quoiqu'il soit homme de grande qualité, écrivait-il du vicomte de Polignac le 28 avril 1763, il a des mœurs. »
3 TALLEYRAND, Mém., I, 152.
inconstance. M” de Genlis, seule, sut s'installer dans la vie du prince. L'amour paternel ancra cependant cette âme inconsistante dont l’extrème mobilité ressemblait à un défaut de cœur. La première grossesse de sa femme lui inspire une satisfaction qui paraît € excessive ». La pensée de cet enfant à venir le retient jusque dans ses plaisirs! : il redouble d’attentions auprès de la duchesse qui ne met au monde qu'un enfantmort et ce sont maints sublerfuges pour atténuer la douleur de la jeune mère?. Quand naît leur fils aîné, le duc de Valois, (6 octobre 1773), ils se disputent « le poupon chéri » ; « c’est à qui jouera le mieux avec lui et, à cet égard, on dit que c’est M. le duc de Chartres qui l'emporte. » Il lui écrivait gaiement, pendant un de ses fréquents voyages, en 47179 : À M"° la duchesse de Chartres, grosse d’un cinquième enfant au moins, et c'est beaucoup*. À l'automne suivant, Paris citait le mot bourgeois dont il avait accueilli la naissance du comte de Beaujolais (7 octobre): « Quoi, dit-il à l’accouchée en soupesant le nouveau-né, vous ne me donnez qu’un enfant à moi qui ai travaillé pour quatre’ ? » Il est plus père que mari, tandis que la duchesse semble plus épouse que mère. Le 4‘ septembre 1777, neuf jours après la naissance de ses jumelles, lorsqu'elle apprend la fièvre inflammatoire qui compromet la vie du prince, la fragile accouchée n’y tient plus et se fait porter dans la chambre du malade. Sur le seuil, comme on posait son fauteuil pour ouvrir les portes, elle part comme un trait et va se jeter dans les bras de son mari. Et chaque jour, jusqu’à leur mutuelle convalescence, elle répéta cette visitef.
1 Rapport de police, 29 mars 1771 ; Bach., 29 juillet 1771. :
* La princesse ignora qu’elle eût mis au monde une fille mort-née; 1 Roi fit complimenter la famille comme si la petite princesse ne fût morte qu'après sa naissance ; on montra à la jeune mère, dès le premier instant, un enfant qui était né dans la nuit et qu’elle embrassa comme sien, L'on fit même imprimer une gazette exprès, qu'on substitua à la véritable, et dans laquelle elle ne trouva que ce qu'on voulait qu’elle sût. » Principales époques…., n° 24. :
% Espion anglais, I, 144.
‘ Rouzer DE FoLmon, op. cit., I, 153. <
5 Bach,, 15 oct. 1779.
5 Principales époques.…., me 1.