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des magistrats par le bruit de négociations supposées avec la Cour. | |
En province, la plupart des magistrats, se sentant isolés ou se rappelant, d’après l’histoire du règne de Louis XIIL, « Les tristes exemples de la faible ressource qu’on trouve dans le crédit des princes brouillés avec la Cour‘, » s'étaient démis ; à Paris, soutenus par l’opinion et le voisinage des princes, ils avaient tenu bon. À la veille du premier délai qui expirait le 15 octobre 1771, Maupeou, pour décider les hésitants, publiait la liste des magistrats liquidés et insérait dans les gazettes un avis inquiétant pour les insoumis : « Tous les membres de l’ancien Parlement faisant liquider leurs offices, les princes du sang négocient afin de rentrer en grâce auprès de Sa Majesté, puisque leurs protestations et réclamations deviennent sans objet ». Le premier octobre, le duc d'Orléans chargeait Augeard de se rendre à Bâville pour recommander à MM. de Lamoignon et de Malesherbes d’empêcher toute liquidation. « Les avocats, lui dit le duc d’Orléans, trouvent déjà la fermeture de leur cabinet nuisible à : leur appétit: ils disent mème que si l’ancien Parlement se fait liquider, ils regarderont cet acte équivalent à une démission qui rendrait légale la besogne de Maupeou ». Mais, par un malentendu créé à dessein par Lamoignon qui, selon Augeard, finassa avec ses confrères pour rester seul l’homme des princés et de la France, tous les présidents à mortier, sauf Lamoignon, se firent liquider. Leur soumission, qui fut déclarée le jour même de l’échéance, resta sans effet. Sur le conseil de Lepaige, bailli du Temple, le président d’Ormesson fit valoir dans une belle lettre au Roi la distinc-
‘tion de l'office et de la finance qui embarrassa fort le chan-
celier. La liquidation ne visait qu’à éteindre la vénalité et à rembourser la finance : elle n’atteignait pas l'office qui demeurait inamovible (2 mai 1772). Le délai, déjà renouvelé
jusqu’à avril 1772, fut prolongé derechef par arrêt du Conseil
jusqu’au 1° janvier 1773. Passé ce terme, les insoumis ne seraient plus admis à la liquidation et perdraient leur droit
4 L'abbé Térisse au comte de Houdelot, Rouen, 12 déc. 1772,
au remboursement. Gette dernière sommation ne semblait guère réduire les obstinés dont le dur exil se prolongeait cependant avec leur résistance. Le terme de rigueur ayançait et, à chaque séance du Conseil, Louis XV s’informait par malice auprès de son chancelier du nombre des nouveaux liquidés.
Maupeou se retourna du côté des princes, dont le caractère n’égalait pas celui des magistrats. Puisque le Roi refusait de contraindre ses proches par un lit de justice, qui les eût obligés de venir siéger au nouveau parlement, force lui était de négocier un accommodement. Au début de décembre 1772, le chancelier se vit près d'aboutir en entreprenant le prince de Condé, par l'intermédiaire du comte de [a Marche et d'accord avec l’abbé Terray, mais à l'insu des autres ministres et des autres princes. Le jeudi 3 décembre, les fins courtisans eurent vent de quelque intrigue ; le vendredi,
ils furent instruits. Maupeou présenta le projet qu'il avait .
arrangé avec Condé comme tout neuf et dans l’idée qu'il devait ramener l’ensemble des princes. Le Roi l’approuva comme tel, et le comte de la Marche s’en fut le soumettre à ses cousins comme un projet personnel à lui et sur lequel il n’avait aucune mission. Les princes, assemblés au Palais-Royal le samedi 5 décembre, examinèrent la lettre qu'il proposait à leur signature. Le duc d'Orléans, et plus encore le duc de Chartres et le prince de Conti, demandèrent le temps de la réflexion. Le prince de Condé, tout décidé puisqu'il se trouvait dans le secret et impatient de gagner de primauté aux yeux de Louis XV, déclara que son parti était pris, qu'il écrirait la lettre dès le lendemain matin au
plus tard : c'était, selon son ambitieux désir, la séparation qui :
lui permettait de deyancer ses parents à la Cour. Mais cette soumission unique ne satisfaisait ni Maupeou, qui avait compté ramener avec Condé les princes d'Orléans au moins, ni le Roi qui attendait tous ses proches, Condé fut traité en quantité négligeable et perdit le bénéfice de son empressement, Le lundi 7, accompagné de son fils, il reçut à Versailles un accueil sérieux, et, comme il avait été obligé par Maupeou à retrancher de sa lettre la phrase la plus agréable à son hon-
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üeur et qui colorait le mieux son retour, il subit dans le publie tout le démérite de sa défection. Chansons et épigrammes assailhrent le vilain personnage qu'il avait joué. Sa soumission n’ébranla en rien l’opiniâtreté des magistrats, et il parut clairement que seul l'exemple du duc d'Orléans les pourrait fléchir {.
La faveur du Roi, las de cette brouille de famille et de cette guerre intestine, appartiendrait à celui ou à ceux des ministres qui rallieraient le premier prince du sang, chef des pairs. Cette circonstance n'échappait point au due d’Aiguillon, fort intéressé d'autre part à se concilier en le rapprochant du Roi le duc d'Orléans, qu'il opposerait avec avantage au nouvel adversaire que Maupeou lui suscitait dans la pers sonne de Condé.
Le soir même de son retour à Versailles, ce prince soupait chez M°° de Montesson avec le duc d'Orléans qui, par respect pour le Roi autant que par courtoisie, « n’avait pas cru devoir rompre » ce souper arrangé depuis huit jours. Le publie, qui depuis la soumission de Condé guettait Les princes d'Orléans et cherchait à surprendre leurs sentiments, les faisait parler. D’après les nouvellistes, le duc de Chartres, présent à ce souper, aurait éclaté contre son cousin que trahissait l'embarras. « Voilà la dernière fois que j'entre avec vous en pareille explication, aurait conclu l’ardent patriote. La politique exige que nous nous voyons, mais ne prétendez jamais à d’autres sentiments de ma part ».
Il sembla sur Le moment que la piteuse posture de Condé, qui n'avait recueilli jusqu’à présent à la Cour et à la Ville que brocards et désagréments, n'engageait pas ses cousins à l'imiter. Au 414 décembre, le duc d'Orléans se disait plus ferme que jamais. « Annoncez partout que la conduite du prince de Condé ne me fait point changer et que je suis toujours ie même », avait-il recommandé à l’un de ses gentilshommes qui partait pour affaires en province *.
Or, dans l’entourage du prince et surtout parmi les Choï-
1 Le marquis d'Entragues au baron de Breteuil, 9 déc. 1772 ; l'abbé de
Breteuil au baron de Breteuil, 13 déc. 1772 et 10 janv. 1793. ? Journ, histor., 12 et 14 déc. 1772,
seul, personne ne doutait qu’il n’eùt le plus grand désir de rentrer en grâce comme son cousin. Pour l’en dissuader, l'on comptait beaucoup sur la princesse de Beauvau, revenue fort à propos de Lorraine à Paris, le jeudi 10 décembre ; car, à ce que l’on pensait, seul le duc de Chartres, aussi entêté que son oncle Conti, retenait encore son père‘, ce dont le public le remerciait par une nouvelle ovation à la Comédie-Française, où l'entrée de M" de Bourbon excitait le même soir un brouhaha réprobateur*.
Cependant, dès le jeudi 17 lécombe, se nouaïit au Palais- Royal une négociation que tout conspirait à pousser : la lassitude du Roi, l’intérêt pressant du duc d’Aiguillon et des ministres adversaires de Maupeou, le jaloux cousinage du duc d'Orléans et de Condé, enfin le sentiment du. conseil du Palais-Royal qui jugeait avec la même désillusion que M°° du Deffand l’opposition des princes « cette prétendue faction qui n’a produit ni ne produira jamais d’autre effet que de n'être bonne à rien et de ne pouvoir procurer du bien à leurs amis, à leurs domestiques, à la chose publique et à ue propres affaires ».
Le duc d'Orléans avait supporté sa disgrâce qui le laissait dépourvu de tout crédit pour sa personne et sa Maison, tant que les autres princes, sauf le comte de la Marche dont il n'avait cure, était logés à la mème enseigne. Mais, du jour où il sentit les Condé à la Cour, lui à l’écart, la jalousie qui se perpétuait entre les deux branches le rongea et les raisons que lui représentaient les partisans du rapprochement s’imposèrent davantage à son esprit : les sacrifices que l’exil coùtait à la Maison servaient moins la cause parlementaire que ne l’eût fait sa présence à Versailles où, plus fort contre Maupeou, il aurait pu obtenir des délais pour les liquidations et modifier la composition actuelle du parlement®. Seuls faisaient obstacle à la réconciliation, Conti, dont l’obstination promeltait l'affaire interminable, le duc de Chartres, son élève, et Bellisle dont l'esprit robin multipliait les objec-
‘ M du Deffand à H. Walpole, 13 déc. 1772.
? Harpy, I, 369.
* Le marquis d'Entragues au baron de Breteuil, 9 déc. 1772.
tions. Il ne s’agissait plus cependant que de convenir des termes d’une lettre qui sauvât l'honneur des princes d’une part, l'autorité royale de l’autre!.
Le mutuel désir des deux parties aplanit ces difficultés de pure forme. Précisément alors le duc d’Aiguillon, qui voulait ramener le duc d'Orléans coùte que coûte, était disposé aux concessions. L'affaire fut enlevée en dix jours, du 17 au 27 décembre, dans un moment de discrédit de Maupeou, en moins de temps qu’on ne l’eùt attendu de princes aussi déli-
bérants, et fort inopinément, puisqu'il n’y avait guère appa-
rence qu'après cette longue opposition les princes d'Orléans choisissent pour leur accommodement la veille même du délai de rigueur imposé aux magistrats insoumis, comme s’ils eussent voulu décider toutes les liquidations, à la pleine satisfaction du chancelier.
La négociation se noua par l’intermédiaire d’Augeard, d’Aiguillon passant la main à de Boynes et à Trudaine, intendant des finances. Elle s’ouvrit sans tarder dans l’après-dîner du jeudi 17 décembre entre Trudaine et Bellisle, chez M. d’Invault, le voisin de M"° de Montesson à la Chaussée-d’Antin. Les négociateurs, notamment Bellisle, par déliance de l’indiscrétion ordinaire aux princes, avaient exigé Le secret du duc d'Orléans, qui le cacha même à son chancelier, l’abbé de Breteuil. Celui-ci, sollicité dès l’abord par de Boynes, de la part
de d’Aiguillon, tenait en poche sa lettre toute prête à
l'adresse du Roï, mais il se souciait trop de rester bien en cour et de pousser son neveu, le baron de Breteuil, alors ambassadeur à Naples, pour que le duc d'Orléans s’en remît à lui ; piqué de cette moindre confiance, l’abbé se consolait en songeant que, si Bellisle se réservait tout le mérite de l’affaire, il en supporterait les suites. Dès le lendemain, les négociateurs semblaient d'accord. L’attitude inconciliable de Conti troubla quelque peu dans le moment les princes d’Orléans, mais Louis XV, passant outre à cette défection, approuva qu'on continuât les pourparlers. Contre promesse d’une visite des princes à M”° du Barry, clause essentielle et
4 L'abbé de Breteuil à son neveu, 13 déc. 1772.
sur laquelle Trudaine revint avec insistance la veille mème
de leur retour à Versailles, les agents de d’Aiguillon transigèrent avec Bellisle qui voulait épargner à ses maîtres tout démérite devant l'opinion. D'ailleurs, plus honorables seraient les conditions de ce retour, plus il serait cuisant pour Maupeou et annonciateur de sa disgrâce... Aussi la coalition d’Aiguillon laissa-t-elle les princes € dégueniller »! dans leur lettre à Louis XV la besogne du chancelier, sans égard pour le souverain au nom duquel Maupeou avait agi. H leur fut loisible d’alléguer la distinction des opinions dont üls ne pouvaient disposer devant Dieu et des démarches extérieures qu'ils devaient au Roi.
Cette lettre, distribuée publiquement dans les cafés dès le 30 décembre, parut imprimée avec couverture dès le 2 janvier ; et le Palais-Royal ne manqua point à la faire imprimer dans les feuilles étrangères à la suite de la note trop sèche, dont les princes avaient accepté l'insertion dans la Gazette de France.