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les marques les plus sincères de notre amour, de notre fidélité et de notre reconnaissance. Non, Sire, nousine vous avons pas désobéi. Daignez nous écouter : nous vous exposerons nos sentiments, avec la loyauté et la franchise des Princes de votre sang.
. Nous avons réclamé, Sire, contre l’exécution d’un projet qui nous a paru dangereux dans son principe, nuisible dans ses effets, mal conçu même dans les vues qu’il annonçait pour le maintien de votre autorité, et ne nous présentait dans son ensemble que de grands changements qui ne remédiaient à rien. Nous pouvons être dans l'erreur, mais il n’est pas en notre pouvoir de changer d'opinion. Notre façon de penser n’est pas incompatible avec l’obéissance due à votre autorité, dont nous serons toujours les plus zélés défenseurs. Nous vous devons la soumission la plus entière, non de nos opinions (nous ne pouvons en disposer), mais de nos démarches. C’est en quoi consiste la véritable obéissance à votre puissance souveraine, après celle que nous devons à Dieu.
Comme Princes de votre sang, nous devons plus que personne vous dire la vérité ; comme vos premiers sujets, nous vous devons l'exemple de la soumission: nous avons toujours cherché à vous rendre ce premier devoir et nous ne nous écarterons jamais du second.
Voilà, Sire, nos vrais sentiments ; nous les déposons avec sincérité dans le sein de notre Père, de notre Roi. Pesez-les, Sire, dans votre équité, suivez les sentiments de votre cœur et nous espérons que Votre Majesté, en nous rendant ses anciennes bontés, voudra bien nous permettre de lui présenter personnellement les hommages que nous lui devons à tant de titres‘.
27 décembre 1772,
Mais c'est moins sur cette lettre, qui scandalisait la Dauphine? sans contenter Conti, que sur le « plan de conduite » qui préciserait à l’avenir les démarches dues au Roi par les princes, que la négociation fut épineuse. Tel était le désir de d’Aiguillon de faire pièce au chancelier en ramenant les princes qu'il fit approuver par Le Roi un plan qui, ne différant en rien de ce qu'ils avaient voulu faire, consacrait leur attitude de protestataires. Invités par le Roi à venir prendre séance au Parlement ou en un lit de justice, ils restaient libres de protester en vertu de leur opinion contre leur présence même, d’abord auprès de Sa Majesté puis, durant la séance,
: Arch, Nat. K, 164, n° 4.
2 Lettre à Marie-Thérèse, 13 janv.
auprès du chancelier ; mieux encore, en cas de réception d’un pair, ils pouvaient, avec l'agrément royal, éviter la séance en quittant Paris avant l'invitation d’étiquette. Bref, sans risque de disgrâce, il leur était loisible de continuer leur désapprobation d’un tribunal qu'ils n'étaient point tenus de reconnaître. « Vous pouvez au surplus être très assuré, écrivait de Boynes à Trudaine le négociateur, qu'il ne sera question d'aucune punition contre celui qui pense différemment, mais il ne peut être rien mis par écrit à ce sujet!... »
… Dans le cas d’un lit de justice, les princes seront invités à l'ordinaire par le grand maître des cérémonies. Ils se rendront auprès du Roi et le supplieront de leur permettre de ne pas y assister. Le Roi leur répondra qu’il leur ordonne d’y venir et même d’y opiner au fond :ils diront que Sa Majesté connaît les raisons qu’ils ont de croire ne pouvoir y opiner comme princes et comme pairs, mais que, comme sujets ohéissants, ils exécuteront ses ordres et qu’ils supplient Sa Majesté de ne pas compter leurs voix.
A la séance du même lit de justice, ils diront à M. le Chancelier quand il viendra prendre leurs voix : « Monsieur, nous ne sommes ici que par obéissance ; le Roi sait les raisons qui me font croire que, comme prince et comme pair, je ne peux opiner ; mais, pour exécuter les ordres de Sa Majesté je pense etc...
Ils ne répèteront pas : « Je supplie le Roi de ne pas compter ma voix... » parce qu'ils l’auront déjà dit au Roi lui-même.
S'il est question de la réception d’un pair, le Roi les mandera et leur ordonnera d’aller au Parlement et d’y opiner sur la réception. Ils obéiront et diront au Premier Président, lorsqu'il prendra leurs voix, la même phrase qu’ils se proposent de dire au Chancelier dans le cas de lit de justice.
Si Sa Majesté aime mieux qu’ils se dispensent d’aller au Parlement, ils s’absenteront de Paris avant de pouvoir être invités.
Signé par les princes, ce plan de conduite fut remis au duc d’Aiguillon, qui en donna sans difficulté reconnaissance, par copie certifiée, au duc d'Orléans. Trudaine laissait également entre les mains du prince, sous condition de-ne la montrer à personne et comme sûreté envers le Roi seul, copie garantie par lui de la lettre que lui avait écrite de Boynes Le 27 décembre
* Dossier précité, f°* 107/109. De Boynes joignait à sa lettre le texte du
plan de conduite « qui a été mis sous les yeux du Roi et que Sa Majesté approuve, »
au nom de d’Aiguillon, clef véritable de la négociation, celleà même qui assurait l’impunité aux princes désapprobateurs.
Le lundi 27 décembre, le duc d’Aiguillon se rendait à midi chez le prince de Conti, pour une dernière tentative infructueuse de conciliation et, de là, chez Trudaine où se trouvait Bellisle avec lequel il concluait l’accord. Le soir, à neuf. heures, le secrétaire des commandements sautait au cou d’Augeard, venu au Palais-Royal : « Notre affaire est finie entièrement, lui jetait-il. Nous serons demain à dix heures à Versailles ». Dans la journée, le comte de Pons Saint-Maurice avait porté au Roi la lettre signée des deux princes auxquels Louis XV avait fait dire qu'il les verrait avec plaisir ; M°° du Barry l’avait chargé pour le duc de « choses très honnêtes ». Le lendemain mardi, Sa Majesté leur marquait le meilleur accueil, bien différent de celui qu'avait reçu Condé. Le Roi frappait sur la bedaine de Louis-Philippe le Gros, le complimentait sur sa réputation d’acteur amateur et le mettait en garde contre un certain Desessarts, acteur d’une bonhomie aussi corpulente, qui menaçait de lui « damer le pion ». La famille royale, qui voyait revenir avec le Palais-Royal une part des plaisirs de la Cour, accueillait cordialement les deux bons compagnons. Puis, selon l’article essentiel que Trudaine leur avait rappelé la veille au soir par un exprès, le père et Le fils s'étaient fait annoncer chez M°° du Barry. Le duc de Chartres, désinvolte, avait badiné avec la comtesse flattée de cette familiarité ; mais le duc d'Orléans y avait paru avec un air grave!. « Cette première démarche une fois faite, tout devient facile : on lui saura gré de tout ce qu’il fera et on suppléera à ce qu’il ne fera pas », avait certifié Trudaine à Bellisle?.
Ce premier pas, sous les yeux de la Cour, vers une favorite méprisée de tout un puissant parti, devait beaucoup coûter aux princes, amis de Choiseul ; mais, pour pallier leur rapprochement inopiné, ne fallait-il point obtenir des grâces qui témoigneraient aussitôt devant l'opinion d’un crédit efficace et de leur fidélité à la cause parlementaire? Le duc d'Orléans
1 Journ. histor., 30 déc. 1772, 6 janv. 1773. * Dossier précité, fo 112/1138, lettre exprès de Versailles, 28 déc. au soir
174 LES AFWAIRES PARLÉMENTAIRES
insista pour qu’on libérât les Normands et qu’on prolongeät une fois de plus le délai des liquidations. Hne devait obtenir la première grâce qu’à l’avènement de Louis XVI, mais l’autre trouvait d'autant plus de facilités qu'elle s’imposait au ministère: ; :
Le retour à Versailles des princés d'Orléans n'avait pas répondu, du côté parlementaire, à l'attente des ministres intéressés. À la prière de Maleshierbes, qui eût souhaité que le duc d'Orléans laissât passer, pour revenir au Roi, le délai de rigueur des liquidations, Augeard avait déjoué lé calcul de d’Aiguillon qui comptait bien que cette démarche des princes, achetée à la veille du dernier délai, déciderait x Hquider leur office les magistrats encore insoumis. Le mérité lui reviendrait auprès de Louis XV d’avoir fait situation nette là même où Maupeou avait manqué. Le fermier général fit imprimer dans la nuit chez M. de Barville, procureur général de la Cour des Aides, un avis circulaire qui fut distribué, dès le matin, dans toutes les études de notaires et chez tous les robins. « Les princes avertissent tous lés membres des Cours Souveraines de ne pas se faire liquider. Ils vont à la Cour, à l'insu du Chancelier, négocier le retour du Parlement. » Déjà le ministère avait répandu, par la police, Le bruit de la liquidation de Bamoignon et de Maiesherbes, qui devaient entraîner les autres. Il fut pris: la réconciliation du Roï et des princes d'Orléans ne détermina aucune liquidation notable. Leur léttre qui se trouvait dans les poches de tout Paris, la circulaire: d’Augeard, l’âttitude irréductible de Conti! qui semblait attendre l’effet des pourparlers déses cousins, réconfortèrent les magistrats que là nouvelle d’une défection du Palais-Royal avait pu: d’abord émouvoir. Force fut done de prolonger, une fois de plus, le terme de rigueur des liquidations, à la requête même du due d'Orléans, jusqu’au premier avril 4773. Pour sauver la forme, l’on donnerait aux repentis une quittance datée du: 31 décembre 1772.
‘ « Quant à M. le prince de Conti, on dit qu’il a répondu qu'il n’était point décidé s’il ftisait bien où mal, maïs dwil resterait come il était. Ce retour des princes ne déterminera pas, je crois, ceux qui composaient l’ancien Parlement à se presser de’ donner leur liquidation::. » Le prince de Tingry au marquis de Laurens. 30 déc, 1772. DRE
Malgré ce gage, malgré les précautions qu'avait prises le Palais-Royal à l’égard du publie, les critiques ne furent pas épargnées aux deux princes pour ce rapprochement inopiné etinopportun. Leur lettre au Roi, répandue avec commentaire comme une justification, « faisait l’objot de toutes les conversations et de toutes les disputes !. » D'une remarque les patriotes réfutaient les excuses dont on voulait colorer cette conduite, qu'ils jugeaient la défection de parjures. « Qu'est: ce qu'une lettre, écrite dans des circonstances aussi critiques, qui a.besoin d’un commentaire? ? »
Le clan des Condé, surpris de ce brusque événement, trouvait mauvais que Versailles eùt témoigné aux d'Orléans plus de. prévenances et, d’égards qu’à Condé lui-même, qui avait eu cependant le mérite du premier pas ; jalouse qu'ils n’eussent pas laissé davantage à son ami le bénéfice de la primauté, M de Monaco déprisait leur lettre au Roi « cette lettre qu'ils ont fait répandre dans Paris — écrivait-elle le 12 janvier à la marquise de la Vaupalière — pour que personne ne doute qu’ils agiront toujours autrement qu'ils ne parleront*. » Les Choiseul surtout regardaient comme une trahison la visite à M°° du: Barry que les princes avaient rendue d'eux-mêmes, sansque le Roï les y menât, « comme il eùt été plus convenable. Mais vous connaissez Fembarras du Roi, observait à son neveu l’abbé de Breteuil#, il a voulu que que cela passât. par un tiers, et de là les cris, les brocards et lesimprobations. » Si M” du Deffand défendait auprès de Craufurt, de la duchesse de Choiseul et de l'abbé Barthélemy, la. lettre des princes. qu’elle « approuvait infiniment » comme « noble, pathétique et claire», elle convenait que c'était rétracter leurs protestations et elle abandonnait leur conduite à leur sévérité: « … Jevous dis à l'oreille que je ne fais nul cas d'aucun prince ; que leur protestation, leur rétractation, leur récrimination, leur contradiction, tout cela me paraît de la bouillie pour les chats... »
1 Mve du Deffand à H. Walpole, 5 janv. 1773.
2 Journ. histor., ? janv. 1773.
s Aff. Etr. France, 319.
# Jbid., 10 janv. 1773.
176 LES AFFAÎRES PARLEMENTAIRES
En vain les amis du Palais-Royal citaient-ils avec complaisance une lettre du duc d'Orléans où le prince, rendant compte au duc de Nivernais de sa lettre au Roi et des motifs de sa démarche, ajoutait que Sa Majesté lui avait donné sa parole royale qu’Elle ne l’obligerait jamais de reconnaître le parlement actuel et les autres nouveaux tribunaux. Il ne s’opposait pas à ce que son correspondant fit connaître ses dispositions à cet égard et même sa lettre, mais le duc de Nivernais, qui témoignait de cette lettre, se gardait d’en donner copie. Le silence règne au parterre quand les princes d'Orléans paraissent au spectacle‘. Nombre de noëls satiriques, commandés par Maupeou, blâment leur retour à Versailles et entretiennent la division entre eux et les Condé, crainte d’une coalition contre le chancelier. Au bal du lundi gras, un masque déguisé en mannequin se poste sous la loge même du duc d'Orléans ; à l’aide d’une ficelle, il fait tourner tantôt à droite, tantôt à gauche, les ailes d’un moulin qui le coiffe et où s’éteint et se rallume tour à tour une petite lanterne. Le prince, qui sous les yeux des spectateurs ressent au vif l’épigramme de cette pantomime, s’approche du plaisant pour le reconnaître : alors le masque de lui reprocher vivement sa défection et tous ses efforts pour débaucher Conti, puis il s’esquive parmi l’orchestre où il abandonne son panier d’osier?.
Ces critiques échauffaient le duc de Chartres qui fréquentait les Choiseul et les Conti. En vain Trudaine suppliait-il le père et le fils de bien mesurer leur langage. « Vous pouvez être sùr, mandait-il à Bellisle le 4 janvier 17173, qu’il y a une cabale affreuse dans le pays d’où je viens* et qu’on cherche à faire parler les princes. Croyez que cela est d’une importance à peine concevable pour M. le duc d'Orléans, M. le duc de Chartres, M. d’Aiguillon, M. de Boynes, le contrôleur général et tous tant que nous sommes. » Comment un prince pétulant ne se füt-il pas cabré sous les moqueries? «... On lui a fait tenir et on tient pour lui des propos qu'il serait fort à désirer qu’on ne tint pas, écrivait l’abbé de Breteuil à son neveu,
‘ Journ. hislor.,, 24 janv.
3 Bach., 2 févr., 6 mars.
* Versailles.
mais c’est une tète ingouvernable et qui n’est pas à son dernier inconvénient. » Le duc de Chartres s’acharne à publier le plan de conduite, et comme on lui en montre les défauts, l’impossibilité de prévoir tous les cas, l’invraisemblance que ne survienne point un fait qui les oblige de prendre parti, il entre en défiance, prétend qu'on l’a trompé et s’en prend à Bellisle auquel il écrit « une lettre à cheval et pleine de reproches ».
Le comte de la Marche écrit de son côté : il se plaint au Roi de ce que Versailles eût traité si différemment à leur retour les princes d'Orléans et les Condé, il somme par une lettre hautaine le duc d’Aiguillon de lui communiquer le fameux plan de conduite et le ministre refuse au nom de Sa Majesté. Le chancelier, Condé et le comte de la Marche se liguent contre les ministres qui ont négocié avec le Palais-Royal et qui ne laissent pas d’en être embarrassés. Car ils sentent le Roi las de ces tracasseries, de ces cabales ; le retour du duc d'Orléans n’a déterminé aucune liquidation, le père et le fils sont revenus à la Cour, mais dans les mêmes dispositions où les devait maintenir la pression du public ; les affaires parlementaires restent au même point. Maupeou, un moment ébranlé, reprend audace pour exploiter la déconvenue de ses adversaires et les propos rapportés ou supposés du duc de Chartres. Si Louis XV traite bien le duc d'Orléans, il reçoit mail le fils, et le 10 janvier 1773 la duchesse de Chartres, qui venait faire à Versailles sa visite de relevailles, se morfondait une demi-heure dans le cabinet du Roi, sans que personne de la famille royale lui adressât la parolet.
Au printemps les bruits du mariage de M” de Montesson avec Louis-Philippe le Gros se renouvelèrent avec consistance et, en vertu de l’adage cu prodest is fecit, les patriotes n’hésitèrent plus à rapporter la défection du prince à l’ambition de la marquise, que les promesses du chancelier auraient séduite?. Cependant son nom ne paraît pas dans la lettre confidentielle du 10 janvier 1773, expédiée par voie sûre, où l’abbé de Breteuil explique à son neveu, notre ambas-
1 L’abbé de Breteuil à son neveu, 10 janv.
2 Journ. histor., 8-29 nov. 1772 ; 9 févr., 3 mai, 6 juin 1773.
Philippe-Egalité | 12
sadeur à Naples, tout le jeu de la négociation qui amena le rétour des princes d'Orléans. En vérité, M" de Montesson n’était pas femme à s’engager dans üne affaire qui risquait de
la diseréditer à la Ville comme au Palais -Royal. Si sage et.
si patienté, comment eüt-elle compromis, en Île voulant hâter, le dénoùment qu’elle laissait mürir? | Ses amitiés personnelles la rangeaient franchement du côté parlementaire. Un familier du Palais-Royal, le fermier généräl Augeard, dont les Mémoires sont confirmés par le dossier inédit dbité rious faisons usage, en témoigne nettement : si le due d'Orléans était maîtrisé par M” de Montesson, celle-ci l'était elle-même par la présidente de Gourgues, sœur de Lamoignon. C'était une amitié fameuse dans fa société : quelques lettres, interceptées par lé cabinet noir, nous ét attestent la chaleur et le dévoüment. Une lettre de Lamoignon à la marquise prouve qu’elle était son informatrice,. son soutien au Palais-Royal. Deux lettres de sa main ont survécu qui la déchargent de l’accusation des patriotes!. À la veille du retour des princes à la Cour, elle y fait part à Bellisle de ses craintes, lui pose des objections et, jugeant de la situation avec une rare intelligence, lui déclare sans détour qu’elle préfère l’état de disgrâce des princes, si fâcheux qu’il semble, à ce rapprochement hasardeux. La guerre entre les ministres p'omettait beaucoup aux princes, soit que le chancelier, pour se soutenir, ait eu besoin d’eux à tout prix, soit que $és adversaires, pour Île pérdré, dussent les prendre pour prétexte. La résistance du duc d'Orléans lui assurait, le jour venu, à la Cour un crédit qui l’eùt dédommagé de sa dis-
grâce présente. En se rapprochant aïnsi par transaction, les-
princes s’en remettent au hasard ou se rendent à discrétion au due d’Aiguillon. Il ne se peut qu’on leur pérmette d’ignorer indéfiniment le nouveau parlement. Vienne une écirconstance qui les oblige à prendre un parti: « s'ils résistent, c’est alors. qu'ils seront pérdus pour jamais ; s’ils cédent, ils seront déshonorés ».
Pour courir cés « horribles risques » que ne compense
! Dossier précité, fe 63 à 66,
AIRNESS CRE OUI TS PTT
LES AFFAÎRES PARLEMENTAIRES 179
aucun avantage, vaut-il done la peine de subir le blâme du public et des Parlements qui se croiront âbandonnés? Et la marquise de souhaiter qu'on exige par écrit de M. d’Aiguillon « une partie des choses qu’il à dites verbalement, afin de lé lièr au moins autant que possible » et que le duc d'Orléans convienne avec les aütres princes d’un plan de conduite, pour prévenir la désunion qui les affaiblit envers les ministres. « Je voudrais au moins que, pour souvenir de M. le Prince de Condé, M: le Düe d'Orléans proposât de signer un écrit dans lequel tout cé qu’on peut prévoir serait détaillé, avèc la conduite qu’on tiendrait dans chacun des cas. »
Le dimanche soir 27 décembre 1772, l’avant-veille du voyage à Versailles, elle revient à la charge, appréhendant les clameurs du publie contre une démarche qu’elle eùt souhaité retarder, vu la sépatation du prince de Conti. « … Je donnerais dés années de ma vie pour que cet événèment fût arrivé plus tard ou pour que M. lé Princé de Conti ne se füt pas séparé. Mais, puisque ce parti est décidé, je vous demandé en grâce de ne pas négliger ün point qui ne paraît pas à lésprit assez important pour attirer lattention : c’est la gazette. Au nom de Dieu, que ce qu'on y mettra soit pesé par vous auparavant, que vous ne puissiez être . compromis à la manière dont le Prince de Condé a été traité. On ne confondra que trop leur conduite... »
Pensera-t-on que M" de Montesson ait éctit ces deux lettres pour se justifiér par avance, alors qu’elle demandait le secret à Bellisle, trop héureux de le garder et de laisser tomber sur la favorite l’impopularité d’une négociation que lui-même avait conduite ? Aucun des conseillers du Palais-Royal n’eùt démenti le bruit qui chargeait la marquise, dont FPambition éncombranté! menaçÇait la Maison d’une scandaleuse mésalliañce, bruit qui redoublait pour élle l’aversion du duc de Chartres et disculpait envers lui les négociateurs.
Reste que, si la marquise n’a pas provoqué la soumission des princes, elle n’a point refusé. d’en tirer parti ni d’en faire solliciter le prix par le duëé d’Orléans, trop agréable à
1 Elle faisait regretter Marquise ainsi qu’en témoigne une note que Collé ajoutait en 1780 à son Journal d'août 1766.
Louis XV pour que Sa Majesté le peinât délibérément. Louis- Philippe le Gros, mis à l’aise par les bonnes grâces du Roi et de M" du Barry, les éntretient volontiers de la longue épreuve à laquelle était soumis son amour pour la vertueuse dame : au souverain, chef de famille, sans le consentement écrit duquel aucun prince du sang royal ne se peut marier!, il appartient d'y mettre fin. Mais Louis XV, intraitable sur les mésalliances etse souvenant trop des tracas qu’apporte dans les familles royales la présence de bâtards ou de légitimés, refuse obstinément, sourd aux promesses de discrétion et de modestie de la marquise qui s’engage de ne point paraître à la Cour. Que vaudraient-elles s’il survenait des enfants, puisque le consentement formel et par écrit du Roi rendrait l’union légale ? Cependant il ne s’oppose pas au mariage de conscience,;'c’està-dire au mariage clandestin qui doit rester secret. « M. l’Archevèque, écrivit-il de sa main, Vous croirez ce que vous dira dé ma part mon cousin le duc d'Orléans et vous passerez outre. » Le Roi remit ce billet laconique au prince, devant Bellisle qui l’accompagnait, avec ordre de le lui rapporter après la cérémonie. Le papier ne sortit de ses mains que pour passer dans celles de Christophe de Beaumont et c’est de celui-ci que Bellisle le reçut après la cérémonie pour le rendre au souverain?. |
M” de Montesson ne se trouvait pas satisfaite de cet acquiescement à contre-cœur ; au moins fallait-il en profiter sans délai, crainte que Sa Majesté ne se rétractât, comme Louis XIV pour M"° de Montpensier. « Gros père, épousez-la toujours, aurait conseillé M” du Barry qui ne pouvait être défavorable aux mésalliances, nous verrons à vous contenter mieux ensuite : vous sentez que je suis fortement intéressée à vous seconder, Comptez sur moi. » L'espoir d’obtenir davantage par la suite décida la marquise à abréger le délai de deux ans promis au duc de Chartres : le billet royal ne
! Voy. Guyor, Trailé des droits, éd. 1787, t. II, p. 378, le célèbre arrêt de 1635 rendu, sur les conclusions de Jérôme Bignon, avocat général, et après opinion du clergé, au sujet du mariage de Gaston, duc d'Orléans, avec Marguerite de Lorraine.
? Grimm, Corresp., XIV, 341.
* Espion anglais, I, 141 et Journ, histor., 6 juin 1773.
fournissait-il pas une excuse toute prête à cette anticipation ?
Le 18 avril 1773, l’Archevêque de Paris signa la dispense des trois bans, portant permission de fiancer et marier le même jour dans la chapelle de la marquise de Montesson, très-haut, très-puissant et excellent prince Ms' Louis-Philippe d'Orléans et haute et puissante dame Charlotte-Jeanne Béraud de la Haye de Riou. Le vendredi 23 avril, Poupart, curé de Saint-Eustache, les fiança et les maria devant le vicomte dela Tour du Pin, brigadier des Armées du Roi et Poret de Boisandré, gouverneur du Raincy, témoins du prince, et messire Jean de Pont, intendant de la généralité de Bourbonnais et messire de Mary, secrétaire général du gouvernement du Dauphiné, témoins de l’épouse. L’acte, qui n’alléguait pas l’autorisation du Roi, fut transcrit sur le registre paroissial de la main même du curé qui le dissimula dans la suite par une feuille de papier.
Le contrat de mariage avait été dressé en bonne forme. La prudente marquise avait tenu à ce qu'aucune des formalités possibles ne füt négligée : il ne lui manquait que le consentement formel de Louis XV. Pour y suppléer, elle obtiendra de Christophe de Beaumont un écrit authentique, où l’archevêque certifiait que le Roi, bel et bien consentant, l'avait autorisé à accorder toutes les dispenses nécessaires au mariage. Autant de pièces, insuffisantes sans doute pour la déclaration, mais qui constateraient de manière indéniable sa condition d’épouse. En se comparant à M** de Maintenon dont rien n’attestait les liens avec Louis XIV, sauf une simple tradition, elle devait se réjouir pour sa gloire de posséder ces preuves.
Cependant les sollicitations répétées auprès de Louis XV et de M"° du Barry avaient donné l’éveil aux courtisans qui flairaient la date du mariage. « ... On murmure d’un autre (mariage), pour les premiers jours du mois prochain, écrivait M”: du Deffand à l’abbé Barthélemy le vendredi 23 avril, le jour même de la cérémonie clandestine ; il sera plus illustre, quoique le nom soit presque semblable : il faut retrancher
1 Jal a donné cet acte dans son Dict. critiq., éd, 1872, p. 927.
une S etun T au nom du futur de M”* Boucault (M, de Bourbon-Busset), C’est une manière de logogriphe mal énoncé : c'est l'effet de l’insomnie ». Le 3 mai, la princesse de Monaco l’annonçait pour le lendemain 4! ; le 18 mai, H. Walpole mandait à M” du Deffand: « Voici Le nouvelle que votre ami le Baron vient de me dire: c’est que M. le duc d'Orléans a épousé M" de Montesson, mais que le mariage ne se déclarera point ».
Le bonheur du prince, qui par amour autant que par dignité répugnait à dissimuler, favorisait le bruit public. Son indiscrétion autorisa les témoins, qu’étouffait leur secret, à le trahir en confidence après trois semaines. Le duc de Chartres ne contint pas son indignation contre le couple qui l'avait joué. Il se brouilla avec son père qu'il bouda quinze jours durant. Il ménagea moins encore sa belle-mère dont il reçut l'explication avec plus de froideur hautaine que de colère. Repoussant les raisons d’un parjure, qui avait détruit sans retour toute confiance entre eux, il lui promit d'écrire une note historique, en marge de l'engagement spontané auquel elle avait failli?
Cette fâcheuse entrée en ménage commandait à M”° de Montesson une fausse sortie. Nia-t-elle au jeune prince que la
cérémonie füt accomplie? Et, pour prouver sa bonne foi :
autant que pour démentir les nouvellistes, s’offrit-elle à voyager Jusqu'au terme promis ? Il est invraisemblable qu’elle entreprit de détromper le duc de Chartres, que les chambellans paternels n'avaient pas manqué de renseigner en bons courtisans. Bien plutôt, sentant toute l’humiliation de cette intrusion clandestine dans la famille d'Orléans, voulut-elle exciter son mari par l'absence à obtenir du Roi davantage. Ce départ imprévu pacifiait le Palais-Royal et calmait le fils de la maison en l’assurant que le mariage garderait son mystère, tant que Sa Majesté n'aurait point permis quelque publicité. Seule en effet la permission royale rendrait à M" de Mon-
‘ À la marquise de la Vaupalière, Aff, Etr. France, 319. C’est à ce dossier déjà cité que nous empruntons la correspondance du duc d'Orléans avec M de Montesson et les diverses lettres qui commentent les nouvelies du remariug'e,
* Genis, Mém., II, 115.
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tesson La vie tolérable au Palais-Royal et lui fournirait les moyens d'affronter le dédain du jeune prince, Ce serait une ascension en deux étapes, mais dont la seconde effacerait la première, si cuisante, Elle repassait Le seuil de la petite porte qu'on avait claquée derrière elle avec insolence, bien décidée à ne rentrer que par la porte à deux battants, rien qu’entr'ouverts sans doute, mais qui lui laisseraient tête haute. Le duc d'Orléans se résigna, le cœur gros de soupirs, sur la promesse que cette séparation de convenance serait la dernière épreuve subie par son amour,
M": de Montesson partit le 17 mai pourles Pays-Bas et la Hollande. Le bruit public l'avait précédée à Bruxelles: il faut fêter la duchesse, se disait chacun à l’oreille, et c’est comme duchesse d'Orléans que le prince Charles de Lorraine, vice-roi des Pays-Bas, reçut la voyageuse. « Le prince et moi, nous parlons de vous à tout moment, écrivait-elle de la Haye
au duc le 27 mai. Il a des soins de moi inexprimables et on voit non-seulement que c’est par amitié pour moi, mais qu'il me regarde comme un dépôt qui lui a été confié ». Personne qui ne se mît en frais, car personne de cette belle société, bien informée de Paris, ne doutait que le mariage füt accompli. « M, de Stahrenberg dit qu’il sait l’époque de la noce. Elle était faite avant mon dernier voyage. Vous l’ignoriez donc ou vous n'avez pas voulu me le dire ?», mandait le 3 juillet à M" de Genlis la comtesse de Mérode. M" de Montesson savourait ces honneurs nouveaux, elle relevait à plaisir les nuances flatteuses de l'étiquette etne manquait pas de recommander au duc M" de Bentheim et le duc d’Avré «qui s'étaient mis en quatre » pour elle. Très simple, très honnète, elle avait réussi particulièrement à Bruxelles « où on l’aime à la folie. Cette vie à la longue m'’ennuierait beaucoup, écrivait-elle à l’absent, parce que je n’ai pas assez de temps à moi, mais en passant il est doux de recevoir tant d’empressement »,
La correspondance du duc et de M" de Montesson, interceptée par le cabinet noir, trahit, malgré la contrainte qu'ils s'imposent, de nouveaux époux séparés à regret. Les mots de tendresse viennent sans cesse au bout de la plume du prince qui manque parfois à La réserve con venue : « la moitié de moi-
mème que je chéris le plus. Adieu, chère... Ah! cela serait trop fort ! Adieu donc, chère amie. Je vous embrasse comme dans votre lettre du 22. » Et le lendemain il appuie sur cette note : «Adieu, ma chérie, adieu, adieu mon autre moi-même, je vous embrasse comme je vous aime. » Même de loin, il l'entoure de petits soins ; il s'inquiète de son estomac, de sa douleur au côté ou au sein:nous sommes dans lintimité conjugale, le mari n’ignore rien des incommodités de sa femme. La marquise, qui doit faire écho à ces tendresses crainte de paraître froide, reste maîtresse d'elle-même. Elle songe volontiers à son train de maison, retient à Bruxelles une berline anglaise qui la tentait infiniment, confie au prince commission sur commission ; et celui-ci, prévenant, surveille les ouvriers occupés chez sa femme, essaie les chevaux bais qu'il lui destine. Evidemment, ils sont déjà en ménage. « Je ne vous remercie pas, mon ami, de vous occuper de mes affaires, lui mande-t-elle le 28 mai. C’est tout comme si je m'avisais de vous remercier de penser aux vôtres ; cependant, cela me fait plaisir. »
Elle lui recommande M”° de Gourgues, ma sœur, notre sœur, le prie de lui rendre visite Le plus souvent possible. « Vous êtes l’un et l’autre ce que j'ai de plus cher au monde, il me serait cruel de vous voir désunis au lieu que je suis destinée à être si heureuse si, Je l’espère, vous vous aimez mutuellement ». Le duc, oubliant la rancune d’un mauvais souper, s’y rendait docilement, essuyant l’humeur maussade de la malade. Et la nouvelle de cet accueil médiocre arrachait à la marquise, plus attachée à son amie qu’à son époux, le cri du cœur: « Que lui est-il arrivé? Elle devrait jouir de me voir heureuse ». Dans ces lettres contraintes éclate l’aveu du mariage accompli.
Avant tout, M" de Montesson revient au grand objet
qu’elle poursuit, qui occupe le public depuis si longtemps et pour le succès duquel elle s’est mis une dernière fois en chemin, malgré son horreur des auberges. Il s’agit d’abord de démentir les bruits importuns, d'engager par cette diversion la Cour et la Ville à se défier de pareilles nouvelles ; il s’agit ensuite de prouver net au Roi, au duc de Chartres, à tous les
adversaires de la mésalliance, la constance du duc d'Orléans que l’absence ne guérit point et qui reste occupé à toute heure de son amie et pour son amie. Voilà le moyen d’obtenir du Roi davantage, sinon la déclaration du mariage, du moins la tolérance d’une semi-publicité qui ne réduirait pas l’'épousée au rôle ingrat de « clandestine Altesset ».
Ne suffirait-il pas au duc d'Orléans d’entretenir Louis XV de la voyageuse, comme d’une personne dont Sa Majesté savait les liens avec son cousin, de l’habituer à ce sujet et de gagner sur lui chaque jour pour l’amener à la reconnaissance tacite d’une situation de fait qu’il réprouvait de prime abord?
- La marquise n'avait pas manqué de chapitrer le duc en ce sens et, dès son second billet, connaissant sa timidité, elle lui rappelait la tactique convenue. « Je voudrais que vous trouvassiez l’occasion de dire ce que vous avez projeté (18 mai). » Le prince, encore sous l'influence d’objurgations
toutes fraîches, a obéi. « J'ai trouvé l’occasion de parler de vous dans les termes convenus. Cela a fort bien pris. » Que l’absente se rassure : le Roi a parfaitement reçu son cousin ; sa faveur est aussi grande que par le passé. « M"° du Barry est fort bien aussi et très à son aise, sans y être trop ».
Le duc de Chartres était plus malaisé à circonvenir que Louis XV. Ilimportait par dessus tout au bonheur des époux qu’il en vint à reconnaître sa belle-mère ; mais 1l tenait trop de son oncle Conti, qui ne s’était jamais résolu à épouser M": de Boufflers, si précieuse qu’elle lui füt. Cette humeur peu traitable mettait en grand souci M” de Montesson qui, parmi les hommages de la société bruxelloise, gardait une sage réserve. ;
Elle se disposait à gagner Spa quand une fâcheuse nouvelle la rappela avant l’heure à Paris. M" de Gourgues, «leur sœur », se mourait et expirait le jour même de son retour, le 43 juin 17173. Le deuil lui permit de se retirer au Raincy, à Saint-Port, puis à Marivault jusqu’au terme du délai promis ; mais plus l’échéance fixée approchait, plus les commen- taires, les plaintes et les menaces rapportées ou supposées
Marquis de Poyanne à sa femme, Villers-Cottereis, 13 août 1773,
du due de Chartres venaient l’inquiéter dans sa retraite : et s’évertuant à la rassurer, le duc d'Orléans lui jurait qu’il porterait la tête sur un échafaud plutôt que de souffrir la plus légère atteinte à sa chère amie.
Cependant l'attitude du duc de Chartres, dont l’inconsé-
quence est difficile à démêler, rassure le père. Après trois
jours passés gaiement auprès de lui à Villers-Cotterets, le jeune prince lui dit adieu, les larmes aux yeux. « Le motif de son voyage est clair et me donne beaucoup d'espérance pour la suite... » S’éloigner pour ne pas désapprouver publiquement le remariage paternel, c’est une façon de consentir. « Mon fils a laissé ici toutes ses hardes, comme comptant reyenir le mois prochain... » Il sait bien que M” de Montesson s’y trouvera à titre d’épouse : il la reconnaitrait donc | « Je vous dis, chère amie, que tout va bien! » Mais il n’osait parler net à son fils et remettait la confidence à son retour, A cette condition, le chevalier du Durfort, familier du jeune prince, l’assurait qu'ils seraient parfaitement. contents l’un de l’autre,
Le samedi 24 juillet au soir, le due de Chartres partait pour
Bruxelles, Le mercredi 28, le duc d'Orléans et M" de Montes-
son quittaient le Raincy à 3 heures pour se rendre à la Chaussée-d’Antin, « À minuit, les personnes qu’on attendait sont arrivées, et à À h. 1/2, ce qu’on devait faire a été fini. » L'acte clandestin du 23 avril les avait mariés devant l'Eglise : cette cérémonie supplémentaire du 29 au matin, verbalement autorisée par le Roi, était une manière de déclaration devant le monde qui permettrait aux époux de vivre ensemble sans contrainte, et à l’épouse de jouir d’un certain rang. La € publicité tacite » fut générale! Le j Jour même, mais on ne savait à quoi s’en tenir et les questions se pressaient dans les lettres et les conversations.
« Les uns disent que le Roi a consenti, autres que ce n’est
qu'une permission tacite ; une troisième édition prétend que le mariage n’a pas pu se faire sans un consentement de Sa
cle,
- Majesté. Jusqu’à ce que la chose soit éclaircie, vous resterez
! AT Etr, France, 319, n° 151,
dans Les mêmes incertitudes que nous, Ge qu’il y a de certain, c'est que M"*° de Montesson est la femme du due d'Orléans. Le prince a l’air du bonheurt,,. » Une visite de l’archevèque au Palais-Royal avait tout constaté?. Mais la situation ne laissait pas d’être indécise. Y avait-il eu permission et sous quelle forme? Aussi le premier abord à Villers-Cotterets futil contraint, Les hôtes du prince se tenaient sur leurs gardes, L’épousée prétendrait-elle se mettre au-dessus des dames de
qualité? Dans cette société si pre sur les questions de pré-
séance, toute prétention devait déchaîner la guerre. Le dimanche suivant, le duc déclare à ses officiers, sans attendre
leur réponse : « Je viens de jurer à M"° de Montesson un senti-
ment qui m'est bien cher, et j'espère que désormais on lui rendra autant qu'à moi*. » Et il ne manqua pas de confier à plusieurs que « la personne intéressée » ne paraïîtrait pas avoir changé d'état et ne ferait que redoubler de soins et d'attention. L’attitude de la marquise calma toutes les appréhensions, « Elle n’a point changé de nom, ni de ton, ni de manières, elle est toujours M”° de Montesson aux yeux du public. Elle a trop d’esprit pour ne point sentir la nécessité
de ne rien changer à ses formes®. » Plus le prince s’attachait
à publier ses liens, plus elle marquait de politesse et de simplicité. Stimulée par la difficulté même de la situation, elle travaillait à se faire pardonner le rang auquel elle était promue, Viendrait un temps où elle se dédommagerait ! Plus honnête et plus humble qu'auparavant, elle recevait le salaire de la sagesse en ralliant à peu près tout le monde, En quelques jours, l’aisance reprit dans son entourage «... On me paraît disposé à lui rendre beaucoup. C’est prendre le prince par son faible; il m’y paraît très attaché. La publicité qu'il a mise dans sa Maison doit l’assurer qu’elle remplira son objet. C’est un beau rève, en vérité, Je ne doute pas, par les forrnes que je vois, qu’il ne soit poussé aussi loin que possible. Personne cependant ne sait comment est faite la
4 Aff. Etr. France, n° 160.
2rLDidn0155.
Ibid, n°155 et 167, Ibid., n° 160.
permission : ce qu’il y a de sùr, c’est qu'il y en a une‘ ». Seul le comte de Pons, mentor du Palais-Royal, était trop affecté pour quitter sa froide réserve. Ce remariage, qui portait le dernier coup à la Maison, lui semblait une catastrophe. La discrétion présente de M" de Montesson, dont il convenait, ne le rassurait pas sur l’avenir. Comment ne chercherait-elle pas à gagner peu à peu? Ne serait-elle pas portée à exiger d'autant plus qu’elle prétendrait moins? Surtout, il s’effrayait des suites possibles de cette union. Ne feraitelle pas plus de princes qu’elle ne faisait la princesse? ? Quel serait Le sort des enfants ? «Ils ne seront point bâtards, puisqu’il y aurait un mariage en face d’Eglise ? ils seraient inhabiles à succéder, puisque le mariage serait illégal ; il faudrait leur donner des rangs intermédiaires. Mais alors comme alors...# »
La duchesse de Bourbon, sourde aux demi-mots de son père qui s’efforçait de lui faire entendre la situation, agissait simplement comme à son ordinaire. M”*° de Montesson la trouvait « pas mal » à son égard, bien que la jeune princesse désirât avoir l’air d'ignorer. La duchesse de Chartres avait reçu de son mari semblable consigne : faire la bête avec assurance et effronterie, feindre d'ignorer à tout prix et se conduire sans affectation, tout en s’attendant « à faire beaucoup de choses qui lui déplairont infiniment et que nous ne pourrons cependant pas nous dispenser de faire. »
Le comte de Pons comptait avec raison sur l’indocilité du duc de Chartres pour troubler le nouveau ménage et réagir sur l’indulgence des hôtes de Villers-Cotterets. De l'attitude du prince dépendrait la quiétude de M" de Montesson. Irréductible, il ne manquerait pas de grouper les envieux, les hésitants et d'empêcher, au Palais-Royal même, cette reconnaissance du mariage que le duc d'Orléans quémandait à ses entours. Viendrait-il à Villers-Cotterets ? quand et dans quelles dispositions ? tel était le grand souci de la marquise
* Aff. Etr., France, n° 167.
? Ibid., n° 156.
® Ibid., n° 159.
‘ M° du Deffand à H. Walpole, 93 mai.
qui parfois se laissait aller à l’espoir : « On dit pourtant qu'il se conduira bien ».
Dans son anxiété, elle allait jusqu’à tenter sa nièce, M”* de Genlis : si celle-ci engageait le duc de Chartres à se rapprocher de sa tante, M"* de Montesson assurerait en héritage aux enfants Genlis sa terre de Saint-Assise et sa belle maison de Paris, soit environ 70.000 à 80.000 livres de rente. Un billet du duc d'Orléans garantissait le marché que la nièce repoussa avec arrogance dans une lettre trop noble pour que l’auteur n’en fit confidence à la duchessse de Chartres !.
M" de Genlis, qui entretenait avec sa « tantâtre » des rapports aigre-doux, non sans user par son entremise du crédit du Palais-Royal auprès du Roi, jouait entre le duc de Chartres et la marquise un double jeu. Maîtresse de l'esprit du jeune prince qu’elle avait d’abord subjugué par les sens, elle faisait valoir cet ‘empire auprès du couple amoureux, les conseillant ou les renseignant à l’égard du fils, tandis qu’elle dictait au duc de Chartres la conduite à suivre envers sa belle-mère. Piquante comédie que ces deux princes, père et fils, menés par deux ennemies, la tante et la nièce, que l'intérêt social contraignait aux ménagements réciproques.
De Spa, l’une des haltes de son voyage pressé, le duc de Chartres récitait sa leçon à sa conseillère. Si son père écrivait pour s’épargner un aveu de vive voix, il lui répondrait aussi tendrement que possible, mais sans aucune allusion à l’événement annoncé. Telle était la décision formelle prise d’accord avec M°° de Genlis : ignorer obstinément, quoi qu’on écrive, quoi qu’on dise, afin de ne pas reconnaître l’union qu’on s’efforçait de rendre publique dans la Maison. « Voilà bien ce dont nous sommes convenus, n'est-ce pas ? n'ayez pas peur que j'aie oublié rien de ce que vous m'avez dit » (4* août). Cependant l’astucieuse comtesse, annonçant à sa tante le prochain retour du jeune prince, la prie d’y mettre du sien, « s’il va à Villers-Cotterets ». Avec malice, elle exprime un doute pour prolonger l'inquiétude d’une tantâtre trop heureuse. Oubliant qu’elle s'adresse à son aînée,
Genis, Mém., LE, 117,
190 LES AFFAIRES PARLÉMENTAIRES
mondaine d'expérience, cette régente-née lui fait ses fecommandations comme au duc de Chartres et né perd point l'occasion de moraliser, & Jé in’en rapporté à vous, ma chère tante, pour le mettre à son aise. Vous fixerez l’un et l’autre tous les yeux: vous ne sauriez croire combien ce moment excité de curiosité, en. général, de tout le monde et combien il est impottant peut-être au bonlieur de tant de personnes féunies qui me sont toutes bien chères... Réunir à jamais ce qui doit s’aimef est ün ouvrage digne de votre cœur ‘et säns doute il importe à la tranquillité de votre vie! » M" de Montesson répliquait qu’elle ferait en sorte d'obtenir par son maintien les bontés du jeune prince, à condition qu'il l’encourageâät un peu... « Si la manière dont il a été avec moi depuis quelque temps subsistait, je ne saurais sortir dé la réserve qu’elle semblerait m'imposer?... » L'impatience agitait les hôles de Villers- Cotterets, pareils aux spectateurs dans lattente du coup de théâtre final. Le duc de Chartres tardait à venir: le 43 août, une lettre de sa main que le marquis de Poÿanne apportait à la duchesse de Bourbon semblait indiquer qu’il avait pris le parti de ne pas venir. M" de Montesson en témoignait de l'humeur à son corps défendant, et sa cour menagçait de s’altrister: Enfin, le 22 août, elle annonçait Farrivée du prince à la comtesse de la Massay «... M. le duc de Chartres, arrive, Cela me trouble un peu. Cependant on assure qu’il sera bien... » L’entrevue de la belle-mère et du beau-ils malgré lui dura peu, puisque, le 26, la marquise avait regagné Paris.
M"° de Genlis, s’il faut l’en croire, s’unit à la duchesse de Chartres pour adoucir le jeune prince à l'égard de M" de Montesson. Quand, trois semaines après le mariage clandestin du 23 avril, le secret fut découvert au duc de Chartres par l’indiscrétion ordinaire des cours, le jeune prince avait déclaré dans son ressentiment qu’il ne paraïtrait plus chez elle. Il y retourna cependant et y soupa trois ou quatre fois chaque hiver, par convenänce mais sans aceueillir Les minau-
! Paris, 8 août.
* Villers-Cotierets, 11 aoû!
deries dont sa belle-mère cherchait parfois à l’enveloppert.
Malgré le duc de Chartres et le comte de Pons, la publicité du mariage répondait à demi au vœu de M" de Montesson qui nomme désormais Le duc d'Orléans « mon tendre mari, mon mari », quand elle éérit à des familiers. Le chroniqueur Hardy avait annoncé l'événement pour le 26 juillet, mais le faisait célébrer sans pompe ni cérémonie à Sainte-Assise, paroïsse de Saint-Port, près Melun, terre récemment achetée en l'honneür dé la dame. En août, la Ville ne doutait plus que l’union ne füt accomplie, et chacun évaluait le sort maghifique que le duc d'Orléans avait fait à lépousée: 500.000 livres de rente, dont 250.000 en viager, l’autre moitié en terres et rentes perpétuelles, selon le Journal historique, 200.000 livres seulement d’après M" de Genlis qui attribue en propre à sa {ante 40.000 livres-de rentè. Les époux ne voulaient plus de mystère. Le matin, le mari s’établissait en robe de chambre chez sa femme; celle-ci faisait monter le portrait du prince en bracelet pour le porter au bras*...Mais publicité ne valait pas déclaration. La clandestine Altesse était réduite, faute de mieux, à rejeter son titre comme M" de Maintenon, et à s’appeler M" de Montesson tout court. Comme les patriotes avaient attribué aux calculs de son ambition la défection du duc d'Orléans, de même ils rapportèrent à sa rancune contrée Maupeou qui, supposaient-ils, l’ävaient jouée, l'opposition sourde et persistante du prince contre le chancelier, après son retour à Versaïlles. Les nouvellistes du Journal historique veulent que ce soit elle qui anime lé duc contre Maupeou, contre Terray de qui elle avait lieu personnellement de se plaindre. Le soin de l'opinion, le
1 Genus, Mém., II, 121. L’autéur, pour qui les faits et les dates se brouillent souvent dans le lointain du souvenir, n’a pas distingué nettement les deux étapes de sa tante : le mariage clandestin, qu’elle ne put ignorer à sa date, et la cérémonie supplémentaire, dont elle fut presque témoin, puisqu'elle fut admise, avec deux ou trois autres pérsonnes, à complinenter l’épousée, avant et après; ce dont elle s’acquitta « avec caresses, tendresses et larmes » (Aff. Etr. France, 319, n° 151). Cette distinction ressort avec évidence de l'examen des documents sûrs : l'acte de mariage, publié par Jal, et le dossier épistolaire du cabinét noir, dont nous avons tiré parti.
* Dossier précité, n° 206.
besoin de ménager le duc de Chartres, toujours sous l'influence de Conti, la fidélité au souvenir de M" de Gourgues et à ses amitiés parlementaires expliquent la conduite du duc d'Orléans, d’autant moins difficile que Louis XV se détachait de son chancelier dont les opérations l'avaient mis dans un inextricable embarras.
Avant même que le mariage füt accompli et que Me de Montesson eùt pu constater la prétendue fourberie de Maupeou à son égard, le duc d'Orléans avait marqué son obstination à ne point reconnaître le nouveau parlement. Dès les premiers jours de janvier 1773, à fait savoir qu’il ne le recevra point, bien que le tribunal ait sollicité l'honneur de lui rendre ses devoirs pour la nouvelle année!. Le 25 mai suivant, il est désigné par le Roi pour représenter le deuil au service célébré à Notre-Dame pour l’âme du roi de Sardaigne : il devra, à l’offrande, échanger des révérences avec les Cours. S'il accepte, c’est reconnaître le nouveau tribunal avec lequel il ne saurait plus refuser de communiquer, en cas de lit de justice. S’il refuse, c’est perdre les bonnes grâces de Louis XV au moment même où il les brigue pour obtenir la semi-publicité de son remariage?. Par bonheur, la goutte, une goutte réelle, lui épargne la peine de chercher un prétexte et de mentir « chose qui me coûte infiniment ». Il écrit à Sa Majesté qu’il est prêt, si Elle l’ordonne, à se faire porter dans sa stalle de Notre-Dame, car il ne peut marcher. Le public n’en croit rien, le duc d’Aiguillon non plus qui vient, la veille de la cérémonie, menacer le prince de la colère royale. Quand Condé, qui a demandé d'accompagner avec son fils le comte d'Artois au service, s'incline devant le nouveau parlement, « une voix s’élève, assez haut pour être entendue, Consommatum est. Le prince, ajoute-t-on, est devenu cramoisi... »
Le ie d'Orléans triomphe à bon compte dans le public ; il laisse jaser sur la lettre secrète qu il a écrite au Roi, « d’autant qu’il est impossible que l’on s’en prenne à vous, » mande-
! Journ. histor., 12 janv. 1773.
* Ibid., 22 avril, 22-25 mai 1773, Aff. Etr. France, 319, n° 114.
tail à M" de Montesson, certain d’ailleurs qu’on ne la critiquerait pas moins, si on en connaissait le texte. Un courtisan avisé, le marquis d’'Entragues, lui assure que les petits nuages qu'il rencontrera à son retour à Versailles ne seront pas suivis. Maupeou et les siens chercheront bien à tirer avantage de l’échappatoire du prince, mais leurs adversaires en préviendront l'effet. Il lui revient que le Roi ne montre point de rancune. « Mais quoi qu’il en soit, cette tracasserie sera finie avant votre retour, assure-t-il du Raincy à M"° de Montesson le 25 mai 1773. Ah Dieu ! si... motus... Jugez donc, chère amie ; aussi prierai-je bien le bon Dieu tous les soirs en me mettant dans mon lit... »
Le duc de Chartres, qui n’avait pas une raison si pressante de ménager Louis XV, ne s’était même pas mis en peine d’un prétexte pour esquiver le catafalque. En vertu du fameux
.« plan de conduite », il avait prévenu l’ordre royal en quit-
tant Paris pour un voyage de curiosité!. Son opposition restait aussi tranchante qu'avant son retour à Versailles. Dès le 143 février 1773, il demandait au Roi, comme tous ceux qui cherchaient alors la considération, la permission d’aller à Chanteloup. Louis XV lui avait répondu comme à tout le monde : « Faites ce que vous voudrez ». Le prince prévint donc le duc de Ghoiseul de sa visite pour la première semaine du carème, dans une lettre gracieuse pour le duc et sa sœur M" de Grammont, mais fort malhonnèête pour la duchesse qu'il négligeait, avec une légèreté qui découvrait trop le défaut d'intérêt et de considération qu'il lui avait toujours marqué, malgré les attentions qu’elle croyait devoir à sa naissance. Le duc de Choiseul ne manqua pas dans sa réponse de rétablir à son rang le nom de la maîtresse de maison ; il éluda cet hôte gênant par la réflexion qu’il était irrespectueux au fils du premier prince du sang de communiquer par une démarche bruyante avec l’un des sujets en disgrâce?. Le duc
1 Le 22? mai, il s’en fut coucher à la maison abbatiale de la Trappe, y dina le lendemain et visita les haras près Argentan (Arch. Nail, K 142).
> Mre du Deffand à H. Walpole, 17, 24, 27 févr. 1773 ; l’abbé Barthélémy à Mre du D., 19 et 24 févr. ba marquise répondait à l'abbé, courrier par courrier « .… J'avais jugé que le grand-papa devait faire tout ce qu’il a
Philippe-Egalité 13
de Chartres ne suivait guère le conseil de l’ancien ministre qui l'avait mis en garde contre l’éclat de ses gestes princiers. Le 4% mars 1774, chez son oncle Conti, il se faisait présenter Beaumarchais, au surlendemain de sa condamnation, sans crainte de déplaire au Roi en accueillant aussi publiquement un homme diffamé.
Les patriotes comptaient encore sur les deux princes qui, ignorant toujours le nouveau parlement, semblaient n’être revenus à Versailles que pour mieux travailler contre le chancelier. En juillet, en août 1773, les nouvellistes annonçaient des tentatives du duc d'Orléans, soutenu par de Boynes, auprès de M" du Barry, à qui il soumettait un plan de réconciliation. Surpris par le Roi et menacé d’une nouvelle disgrâce, il avait répondu, disait-on, qu'il la subirait avec constance, si pénible fàt-elle, pour le bien public qu’il ne pouvait abandonner?. A la mi-octobre suivante, Hardy se laissait dire que les princes d'Orléans venaient de présenter à Louis XV un nouveau mémoire en faveur des anciens magistrats. Si l’on ne rétablissait l’ancien Parlement, au moins convenait-il de rembourser en espèces à chacun d’eux le prix de son office et de leur rendre la liberté dont ils étaient privés depuis près de trois ans.
D'ailleurs le Roi était las de soutenir Maupeou: ce mois d'octobre, il signa, contre l’avis du chancelier, pour constater la naissance du duc de Valois, le futur roi Louis- Philippe, un acte de notoriété qui contenait la clause : le Parlement absent. Manifestement il lui répugnait de contraindre ses proches à venir siéger au nouveau tribunal. Neuf dues et pairs avaient évité de se faire recevoir depuis avril 1771. Le nouveau parlement ne serait pas réellement installé, tant qu il n'aurait pas rallié les princes du sang, les dues et pairs, dont la présence ferait de iui la Cour des pairs. Maupeou résista encore au scandale Goëzmann-Beaumarchais, jugé le 26 février 1774. Mais quand Louis XV
fait; c’est un joli garçon que cette Altesse, et son oubli de la grand’maman est un joli trait... »
! Journ. histor., 26 févr. et 2 mars 1774.
* Ibid,, 18 juill. et 8 août 1773 ; Hardy I, 493.
Ê PNR TE ERP RRERE EC
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mourut (10 mai), il était décidé, selon le témoignage formel d’Augeard et de Moreau!, à renvoyer son chancelier ; déjà d’Aiguillon avait reçu mission d’épurer ie nouveau tribunal, si décrié, pour le réconcilier avec les princes et les pairs.
* Mes souvenirs, II, 89.