‹ La Jeunesse de Philippe-Égalité:Chapitre 34 sur 114 · PATES EE · texte numérisé non relu

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grâce!, la Reine et surtout le Roi étaient froidement accueillis sur les boulevards, au retour d’une visite à Mr Louise, à Saint-Denis, bien que le cortège royal traversât Paris pour la première fois (lundi 25 juillet), La raison en était l'exil du prince d'Orléans et du duc de Ghartres ; « non pas que le public prenne grand intérêt à ces deux princes du sang, mais parce que l’on croit que leur disgrâce est un effet du zèle qu'ils ont marqué pour l’ancien Parlement, auquel le peuple est plus attaché que jamais?. »

Cependant leur éloignement de la Cour ne ressemblait guère à une disgrâce. Ce même 25 juillet, et sur ces mêmes boulevards, la famille royale qui se promenait dans cinq earrosses avait salué à la rencontre avec de grandes marques d'affection les duchesses de Chartres et de Bourbon*. Le crédit du duc d'Orléans n’avait pas diminué à Versailles, puisque, après avoir libéré M" du Fossé, qui avait été embastillée sous le feu roi, il négociait et obtenait le rappel du père, Thomas du Fossé, ancien conseiller au Parlement de Rouen, qui, soupçconné auteur de la requête de la noblesse normande (1772), avait dù s’expatrier pendant 21 mois. La copie de la lettre du ministre Bertin au duc d'Orléans, en date du 10 août, courait Parist. Quand le 1" août la Cour s’installe à Compiègne, la duchesse de Chartres a permission d’y séjourner ; elle fait ordonner l'appartement de son beau-père et de son mari, les postes de la route, et ces préparatifs laissent croire qu'il s’agit des princes eux-mêmes qui auraient obtenu permission de venir saluer le Roi, dès le dimanche 7 août. Le 41, le Rai, en chassant le cerf, aurait rencontré par hasard le duc d’Orléans qui chassait aussi, aux environs de Villers-Cotterets et l’aurait ramené à Compiègne, auprès de sabruf. Ces rumeurs, dont les gens sages attendaient confirmation, n’annonçaientelles pas le discrédit de Maupeou ?

De fait, les allées et venues entre Compiègne et Villers-

.4 Journ. histor., 13 août.

# Mercy à Marie-Thérèse, Paris, 31 juill.

# Nouv, extraord., 9 août,

5 Journ. histor., 17 août; Bullet. Soc. histor. de Normandie, juin 1908. 5 Abbé BAUDEAU, 0p. cit., 4 et 12 août.

5 Nouv, extraord., 19 août,

Cotterets trahissaient dès les premiers jours d’août des pourparlers souterrains {. Le parti de Maurepas était pris : conservateur par tempérament, assagi par l’âge, il ne se souciait pas de soutenir la réforme du chancelier. Vieux courtisan, il préférait regagner les bonnes grâces d’une jeune Reine, aux yeux de qui il avait le tort d'occuper la place qu’elle destinait à Choiseul. Louis XVI, tout chagrin d’avoir puni ses cousins d'Orléans, plus chagrin encore de s’aliéner les Parisiens, était prêt à contraindre son propre sentiment pour répondre à ce que son mentor lui présentait comme le vœu de son peuple et la condition de la paix du royaume. Le premier pas et le moins difficile était le renvoi de ce Maupeou dont il risquait de partager l’impopularité, et qu'on lui désignait comme l’inspirateur des calomnies et des pamphlets abominables qui déjà salissaient Marie-Antoinette. « On tire à boulets rouges sur la Reine, notait l’abbé Baudeau dès le A juillet ; il n’y a pas d’horreurs qu'on n’en débite et les plus contradictoires sont admises par certaines gens. On lui donne M. le duc de Chartres et M. de Lamballe, le premier à son corps défendant et le second de bonne voghe ; puis M°° de Lamballe, M”° de Pecquiny, etc... » Econduit à deux reprises par le Roi, à l’heure du travail, Maupeou disait à l’un de ses intimes, le 22 août: « D'ici à quelques jours, 1l me renverra ; mais une fois moi parti, il est f...? » Pour prévenir l’ordre d’exil, l’abbé Terray envoyait sa démission à Sa Majesté le 23 ; le lendemain 24, veille de la Saint-Louis, le duc de la Vrillière venait reprendre les sceaux au chancelier et le duc d'Orléans griffonnait à Bellisle un billet triomphant:

Le chancelier est exilé à Roncherolles en Normandie ; M. de Miromesnil, garde des sceaux; M. de Sartine à la marine. Le chancelier est parti à midi de Compiègne: il a été hué en partant par la populace. Je pars demain pour Chantilly, d’où je reviendrai vendredi après souper, pour partir samedi pour Sainte-Assise. Je vous crois aussi aise que nous. Je suis ivre

de joie et ‘je ne puis. m’empècher de vous embrasser de tout mon cœur”.

J.-N. Moreau, 0p. cit., II, 98.

* Ibid;, II, 99, * Dossier précité, f° 103,

Les noms des nouveaux ministres promettaient le retour de l’ancien Parlement, mais la besogne du rétablissement n’allait pas toute seule. Il était malaisé d’accommoder d’une part le Roi, le comte de Provence, Mesdames, l’Archevèque de Paris et le haut clergé portés à défendre les opérations de Maupeou, d'autre part Conti et les magistrats, fermes dans leurs exigences. On n’eut raison de Louis XVI antiparlemen-

taire jusqu’au fond de l’âme, qu’en lui persuadant qu’il ne

rappelait pas l’ancien Parlement, mais qu’il en composait un

. nouveau, qui réconcilierait le gouvernement et le public.

L’opposant le plus âpre fut le comte d’Aranda, ambassadeur d’Espagne, qu'on ne s’attendait guère à trouver dans cette affaire intérieure. Ami de Maupeou, dont lui revenaient l’énergie et la hardiesse, il ne se gênait pas pour dire tout haut, à la veille même de la disgrâce du chancelier, qu’il serait bien fâché de voir rétablir l’ancien Parlement, car cette mesure donnerait trop d'importance au duc d'Orléans qui en apparaîtrait l’artisan‘. Lorsque, le jour de la Saint- Louis, le peuple parisien manifesta, pour fêter la disgrâce de Terray et de Maupeou, il bläma dans divers salons la timidité du gouvernement qui n’avait pas osé réprimer le tumulte. Il intervint mème directement, auprès de Maurepas, au nom de sa cour qui l’avait chargé de mettre tous obstacles à la rentrée du Parlement. « Il paraissait singulier, observe J.-N. Moreau*, que le Roi d’Espagne annonçât ses précautions de si loin; lorsqu'on faisait cette objection à M. d’Aranda, il répondait qu’il ne les datait que du jour où M. le duc d'Orléans avait fait connaître les siennes. » L’instruclion, qu'avait reçue l'ambassadeur à Sainte-fldephonse, le 9 août 1773, lui signalait l’état matrimonial du dauphin et de la dauphine. La famille royale, encore en nombre, était menacée d'extinction par l’infirmité du dauphin et du comte de Provence et cette défaillance, sans doute encore bien éloignée, provoquerait une situation bien critique pour la France et digne de toute l'attention de l'Espagne, « en raison

1 Dépêches de lord Stormont, 17 août et 7 sept. Voy. FLAMMERMONT, Rapport, p. 464 sq.

MOprett.,; #10,

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du voisinage, de la parenté et des intérêts politiques'. » Dès

le lendemain de la. mort de Louis XV, les ambassadeurs

d'Espagne et de Naples plaidaient ouvertement et à dessein, en grande compagnie, contre la renonciation de Philippe V au trône de France, tant pour lui que pour ses héritiers?.

En vain Maurepas, qui s’efforçait de rallier les anti-parlementaires notables, et en particulier d’Aranda, dont la campagne pouvait émouvoir le timide Louis XVI, essaya-t-il de convaincre l’embassadeur en de Jongs entretiens. € Ges Espagrols si froids, quand ils ont quelque chose en tête, sont des volcans ! » disait-il le mardi 4 octobre, après une de

ces entrevues?. La hauteur du ministre étranger, qui posait

comme un dogme l'impuissance de. Louis XVE, blessa le jeune Roi dans son autorité souveraine et dans son amourpropre masculin. Le seul effet de cette opposition bruyante fut de tenir éloignés de la Cour le duc d'Orléans et son fils afin de marquer aux princes étrangers de La maison de Bourbon, que le Palais-Royal ne se mêlait en rien de la besogne que poursuivaient les ministres dans le plus grand secret, à l'écart des princes et des chefs parlementaires #.

Si les princes d'Orléans y participèrent, ce fut par des mémoires. Aussi quand, à la fin de septembre, le Roi faisait demander à ses cousins les clefs des logements qu'ils occupaient à Fontainebleau pour l’usage du comte d’Artois, dont l'appartement était en proie aux ouvriers, cette nouvelle frappait les patriotes, comme le signe d’une prolongation de disgrâce, et faisait mal augurer des affaires de l’ancien Parlement qui devait être trié’. Pour sauvegarder l’inamovibilité des magistrats, principe inébranlable chez les princes et les pairs,

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les ministres avaient songé à maintenir en exil ceux dont ils

ne voulaient plus, tout en les reconnaissant pour conseillers au Parlement, mais le désir de mettre fin à tous mouvements de la compagnie les décida à rappeler tout le monde sans

FLAMMERMONT, Rapport, p. 475, ? Abbé BaAupeau, op. cit., 11 mai.

* J,-N. MoREAU, op. cut., II, 104.

* Journ. histor., 6 nov.

5 Nouv. extraord., 11 oct,

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distinction, même ceux qu'on avait liquidés, comme ne l'ayant été que par contrainte,

A la fin d'octobre, Louis XVI rappelait les exilés et ordonnait aux membres de l’ancien Parlement de se rendre à Paris pour le 9 novembre dans leur maison et d’y attendre ses ordres. S'il annonçait aux ambassadeurs sa détermination de rétablir les Parlements dans l’état d'avant 47714, il ne s’en expliquait pas avec eux. Les ministres qui avaient travaillé dans les comités quotidiens — Maurepas, Miromesnil, Turgot, Sartine — gardaient secrets les détails de l'opération que le duc d'Orléans et Le prince de Conti ignorèrent jusqu’au 11 novembre, veille du lit de justice. Ge jour, princes et pairs furent convoqués à la séance qui se devait tenir le lendemain. Miromesnil dut venir au Temple pour mettre Conti au fait de l'événement et s’assurer de sa venue : car son absence aurait pu encourager le Parlement à refuser les conditions que Louis XVI mettait à sa rentrée, Avant le lit de justice qui devait rétablir dans leur office les magistrats suspendus depuis le 21 janvier 1771, le Roi présida une assemblée particulière de princes, pairs, grands officiers de la Couronne, gouverneurs et lieutenants de province qui devaient composer la future cour plénière. Des six édits annoncés par le garde des sceaux, deux soulevèrent des protestations : l’un rétablissait le Grand Conseil, en rappelant à leurs premières fonctions les membres du parlement Maupeou, l’autre décrétait l'ordonnance de discipline.

Le prince de Conti déclara au garde des sceaux qui passait devant les bancs pour recueillir les opinions, que sa conscience lui défendait de consentir à l'enregistrement de cette dangereuse ordonnance et qu'aucun pair ne devrait siéger dans la cour plénière, instituée par elle et qui dénaturait la Cour de Paris. À son exemple, le duc de Chartres reprocha vivement au chancelier de lui proposer l'acceptation d’une loi si contraire à sa façon de penser et à sa conduite : il ajouta qu'il s'était fait exiler deux fois plutôt que de reconnaître le nouveau tribunal et qu'il se ferait exiler vingt fois, au besoin, pour la bonne cause. Dans les délibérations que poursuivit le Parlement, toutes Chambres réunies avec les princes et pairs,

sur les édits enregistrés au lit de justice, l'avis de Conti, ferme et tranchant, prévalut sur l’avis conciliant du duc d'Orléans. Des représentations furent exprimées au Roi qui

répondit sèchement (18 janvier). Le duc d'Orléans opina,

comme le président d'Ormesson, pour réserver d’itératives remontrances en temps opportun : il observait que la réponse royale limitait la cour plénière à un cas qui n’arriverait probablement jamais, qu’elle reconnaissait l'existence des lois primordiales, inchangeables et le droit du Parlement à maintenir ces lois, qu’elle respectait les droits de la pairie. Mais, à 102 voix contre 42 groupées par son cousin, Conti fit adopter un arrêté immédiat de protestation que Miromesnil feignit sagement d'ignorer. De même les magistrats, avec l’acquiescement tacite du gouvernement, tinrent pour nulle et non avenue l’ordonnance de discipline, vaine comme tous les règlements analogues dressés depuis 1718 contre les robins.

« L'avis de M. le duc d'Orléans a, dit-on, été mou, inutile et comme nul. Celui qui a prévalu, motivé fortement, plein de respect pour le Roi, d'amour pour le bien public, fort sage et tendant à la paix, à la conciliation des esprits, a fait d'autant plus de plaisir, qu’il a été ouvert par M. le prince de Conti, dont beaucoup de gens affectaient de craindre la chaleur, la franchise et la fermeté gauloise », écrivait Beaumarchais ! à Sartine qui l’avait chargé de ob les bruits publics sur Les délibérations parlementaires.

Le duc de Chartres, qui avait suivi son oncle, bénéficiait de sa popularité. Le 16 novembre, comme on jouait à la Comédie devant toute la France Le mariage fait et rompu et la Partie de Chasse d'Henri IV, il jouissait au foyer, durant l'entr’acte, des regards et des félicitations du public?. Luimème, le 8 novembre, avait donné à l'Opéra le signal des applaudissements qui saluaient l’entrée et la sortie de Maurepas. Telle était la crainte de ces manifestations que Louis XVI lui refusait la permission d'accompagner en Bretagne son beau-père Penthièvre qui devait ouvrir les Etats, le 20 décembre; les ministres se souvenaient des

‘ Œuvres complètes, éd. 1809, VI, 310, lettre du 11 déc. 2 J.-N. Moreau, op, cit., Il, 110.

De Cr

embarras qu’avaient provoqués son récent voyage à Brest. « Mon Cousin, il y a si peu de temps que nous sommes réunis, lui avait dit le Roi, est-ce que vous vous en lasseriez déjà ? Il n’est pas possible que nous nous séparions encore de sitôt. » Ce n’est qu’au lendemain du lit de justice, le dimanche 13 novembre, que les princes avaient reparu à la Cour. Le Roi avait présenté à la famille royale le vieux Conti, encore inconnu des nouvelles princesses Madame et la Comtesse d'Artois, et que fêtait tout Versailles!. Le même jour, la grande députation du Parlement avait salué le Roi ; Le mardi 15, elle se présentait à Paris chez les princes du sang, même chez le duc de Valois, fils du duc de Chartres, et chez le duc d'Enghien, fils du duc de Bourbon*.

1 Journ. histor., 9 et 15 nov,, 10 déc.

3 Nouv. extraord., 29 nov.

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