‹ La Jeunesse de Philippe-Égalité:Chapitre 35 sur 114 · . LA SOCIÉTÉ DU PALAIS-ROYAL LE GRAND MAITRE DES FRANCS-MAÇONS · texte numérisé non relu

. LA SOCIÉTÉ DU PALAIS-ROYAL LE GRAND MAITRE DES FRANCS-MAÇONS

En avril 4774, le curé de Saint-Eustache avait, au dire des nouvellistes, réconcilié le duc d'Orléans avec Dieu et avec son fils. Le prince, qui n'avait pas communié depuis longtemps, faisait ses pâques à l'édification du public qui ne doutait plus que son union avec M” de Montesson ne füt légitime devant l'Eglise‘. La paix semblait d'autant mieux promise au Palais-Royal que le père avait cédé la place au fils. Épouse sans titre, dans une condition intermédiaire qui l’exposait également au ridicule et à l'envie, M” de Montesson ne pouvait s'installer au foyer mème de la Maison, où l’attendait la guerre impitoyable d’étiquètte. Elle prit le sage parti de rester à la Chaussée d’Antin où son mari la suivit. Selon le mot du marquis de Caraccioli, ambassadeur de Naples, le duc d'Orléans ne pouvant faire M" de Montesson princesse, se fera lui-même M. de Montesson?.

La marquise habitait dans ce nouveau quartier un hôtel dessiné par Brongniart, qu’elle tenait de la munificence amoureuse du prince. Lui-même en avait surveillé le dernier aménagement durant le voyage de sa femme aux Pays-Basÿ.

1 Journ. histor., 27 avril.

? Grimm, Corresp,, XIL, 588.

AfT. Etr. France, 319, f* 112 et 124. Dès 1769, le prince s'était chargé des intérêts de la marquise. Il avait souscrit à son profit : 1° par acte du 24 octobre 1769, une rente viagère de 12.000 livres contre cession de plusieurs parties de rentes, droits et portions de domaines près Sedan,

C’est dans la chapelle de cette demeure que le couple avait été fiancé et marié le vendredi 23 avril 1773.

Dès le 16 novembre 1772, le duc d'Orléans avait loué à bail emphytéotique, par l'intermédiaire du sieur de Mauvillain, régisseur des droits du Roi, mille toises de terrain sur la Chaussée d’Antin, près la rue de Provence, qu'il accroissait de dix-huit perches, par contrat-du 7 mars 1773. Là s'élevait bientôt l'hôtel d'Orléans qui tenait l’angle sud-ouest des rues de Provence et Faitbout, à peine ouvertes. Le 19 juillet 17171, te prince cédait au sieur Armand son entrepreneur, 90 toises du terrain attenant à sa maison sur la Chaussée d’Antin, à charge d’y construire une maison de deux étages au moins (dont S. À. S. pourrait louer partie pour loger ses officiers), et de bâtir à ses frais les murs de la salle de spectacle de l'hôtel de la rue de Provence. Un mur mitoyen séparait au sud l’hôtel d'Orléans de l’hôtel Montesson ; l’on communiqua par une serre, jardins et cours devinrent communs. Mais chacun des époux conserva son entrée particulière : un suisse à livrée d'Orléans gardait la porte du prince, rue de Provence, un suisse en livrée grise gardait celle de M" de Montesson sur la Chaussée d’Antin où l’hôtel d'Orléans avait encore issue par l'hôtel Valence-Timbrune, contigu à l'hôtel Montesson.

Enfin Le 48 mai 17178, le duc d'Orléans acquérait du baron de Breteuil pour 474.200 livres 2.950 toises de terrain situé entre la rue de Chantereine et de Provence vis-à-vis son hôtel! : Brongniart y construisait sans délai de spacieuses écuries, qui débouchaïent face à l'entrée principale de l'hôtel d'Orléans. C’est là, dans eette demeure nouvelle entourée de vastes jardins, où aucun souvenir d'histoire n’inquiétait son rève de médiocrité, que le duc d'Orléans s’embourgeoisa.

Le duc et la duchesse de Chartres firent donc les honneurs du Palais-Royal, délaissé par le chef de famille qui venait de le remanier à grand frais. De 4752 à 1770, l’architecte Cond’un capital de 120.000 livres ; 2° par acte du 3 avril 1773, uné rente de 50.000 livres à dater du 1° janvier 1773, contre cession de plusieurs parties de rentes sur communautés et particuliers, et d’une maison à Paris,

ladite vente faite pour 583.000 livres (Arch. Nat, X'* 9.181). 4 Arch. Nat,,-X'+, 9,181,

tant d’Ivry, aidé de Moreau et de Piètre, n'avait cessé d’y travailler : l'incendie de l'Opéra en 1163, qui avait endommagé

la demeure princière, avait fourni l’occasion d’un complet

rajeunissement. Au premier étage de l'escalier monumental, dont la double rampe en fer forgée par Corbin sur les dessins de Caffieri avait excité une louange unanime, trois portes s’ouvraient sur le vestibule, décoré de quatre colonnes ioniques cannelées. Celle de droite, couronnée par les bronzes de la Victoire et de la Générosité conduisait à l’appartement de parade que s'était réservé le due d'Orléans ; celle du milieu, que surmontaient les armes d'Orléans portées par deux génies de six pieds, menait chez la duchesse de Chartres ; celle de gauche, que dominaient les figures de la Paix et de la Renommee, chez le duc de Chartres. La disposition de ces appartements privés était « aussi commode que magnifique ». Les célèbres portraits de Philippe IT par le Titien, de Marie de Médicis, de Snyders et de sa femme par Van Dyck faisaient les quatre dessus de porte de la chambre à coucher de la princesse. D’autres Van Dyck, des Rubens, des Rembrandt, des Jordaëns, la plupart des tableaux de l’école flamande de la Maison décoraient l'appartement du jeune prince, où l’on n’admettait point les curieux".

Bien qu'il ne füt que l'hôte de son père qui, aux termes du contrat de mariage, nourrissait, entretenait et logeait en meublé le jeune couple avec chevaux et équipages, le duc de Chartres en agissait cependant à sa guise au Palais-Royal. Il commandait ainsi à Henri Piètre, contrôleur des bâtiments de la Maison, les plans et la coupe d’un observatoire qu’on poserait sur le comble de la salle à manger qui donnait sur la cour des Fontaines. L'architecte arrêtait son devis au chiffre de 18.904 livres 17 sols, non compris la machine mobile de l’intérieur et ses dépendances, qu’il ne pouvait apprécier « parce que c’est plutôt une affaire de temps que de matériaux?. » Le prix de ces travaux, qui dépassait Les prévisions,semblait lourd au jeune prince, qui en désirait cependant l’exécution, car il avait alors la fantaisie d'étudier les mouvements des planètes.

1 DEZALLIER D'ARGENVILLE, Voyage piltor., G° édite, 1778. 2 Arch. Nat., Plans, Seine, 3° cl., 548, n° 3,

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